15 000 sites d’info générés par IA : l’article qui devait les marquer leur laisse la porte ouverte
Près de 40 % des Français visitent chaque mois un site d’information généré par IA. Depuis le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act impose de signaler ces contenus. Il prévoit aussi l’exception qui permet de ne pas le faire.
15 000 sites d’info générés par IA : l’article qui devait les marquer leur laisse la porte ouverte
Le chiffre a doublé, puis doublé encore. Un Français sur trois lit déjà ces sites sans le savoir. Et le règlement européen entré en application le 2 août 2026 contient, au même article, l’obligation d’étiqueter et la clause qui en dispense.
La chronologie du comptage vaut déjà le détour. En février 2025, le journaliste Jean Marc Manach recense pour Next, en partenariat avec CheckNews, « plus de 1 000 médias en français générés par IA ». En décembre 2025, le corpus dépasse 8 800 sites. En juillet 2026, il franchit 15 000 sites, émanés de plus de 300 éditeurs. Manach résumait dès février 2026 la pente qu’il observait.
L’audience, elle, n’est pas mesurée par Next. C’est une distinction qui compte et que les reprises écrasent souvent. Le chiffre a été produit par Médiamétrie, commandé par le GESTE, sur le corpus de sites identifié par Next. Trois acteurs, une seule statistique. En avril 2026 : 23 millions de visiteurs uniques mensuels, soit 39,1 % des Français, contre 15,7 millions et 24,5 % lors de la première vague d’octobre 2025. Les visiteurs quotidiens passent de 2,6 à 3,5 millions, une hausse de 35 % en un an. Périmètre précis : 308 sites soumis à Médiamétrie, 232 effectivement visités.
Une divergence mérite d’être signalée plutôt que tranchée. Sur la part de trafic apportée par Google, Next écrit « plus de 50 % », le Journal du Net avance 62 %, et le GESTE parlait en décembre de « plus des trois quarts ». Les trois s’accordent en revanche sur Meta à 17 %. L’écart n’est pas anodin : il détermine si l’on a affaire à un problème de moteur de recherche ou à un problème d’écosystème. La directrice générale du GESTE, elle, désigne les deux.
Arrive alors le remède. Depuis le 2 août 2026, l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle impose quatre obligations de transparence, dont le marquage lisible par machine des contenus synthétiques et, explicitement, la divulgation des textes générés par IA publiés pour informer le public sur des questions d’intérêt public. Les sanctions montent à 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial, le montant le plus élevé des deux. Sur le papier, c’est exactement l’outil qu’il fallait.
Sauf que le même article prévoit une exception, et qu’elle est taillée à la mesure du problème. L’obligation de divulgation tombe si le contenu a fait l’objet d’une revue humaine ou d’un contrôle éditorial, avec une responsabilité éditoriale assumée. Un éditeur qui administre trois cents sites n’a donc pas besoin de cesser de générer. Il a besoin de déclarer qu’un humain relit et qu’un directeur de publication existe. Le coût de conformité n’est pas industriel, il est déclaratif. Ajoutez le délai transitoire fixé par les lignes directrices de la Commission du 20 juillet 2026, qui repousse au 2 décembre 2026 le marquage des systèmes génératifs déjà sur le marché.
Je ne dis pas que l’exception est illégitime. Elle protège les rédactions qui utilisent l’IA comme outil et assument ce qu’elles publient, et c’est nécessaire. Je dis que le critère retenu, la responsabilité éditoriale, est précisément celui qu’il est le plus facile d’affirmer et le plus coûteux à vérifier. On a écrit une règle qui distingue le journalisme assisté de la ferme de contenu, et on a confié le tri à une case à cocher.
Le calendrier, lui, ne ment pas. Quinze mille sites étaient installés avant que la règle n’entre en application. Vingt-trois millions de lecteurs mensuels aussi. Quand la loi arrive après le marché, elle ne le corrige pas, elle le légalise. Ce n’est pas l’IA qui a pris le web francophone de vitesse. C’est le calendrier législatif.
NOTE DE TRANSPARENCE · le nombre de sites recensés varie selon les vagues de l’enquête Next et selon les reprises. Le GESTE écrivait « plus de 8 800 sites » en décembre 2025 quand Next écrivait « près de 8 900 » pour la même vague ; cette divergence n’est pas tranchée ici. La part de trafic issue de Google diverge également selon les sources (« plus de 50 % » chez Next, 62 % au Journal du Net, « plus des trois quarts » au GESTE en décembre) et est restituée telle quelle. Le communiqué GESTE de la seconde vague n’a pas pu être ouvert directement à la rédaction, les chiffres d’avril 2026 sont donc établis via Next et le Journal du Net. Aucune photographie de presse de cet événement n’existe, l’enquête portant sur un corpus de sites web et non sur une scène : l’image de couverture est une composition originale z/S SYSTEMS, signalée comme telle et non présentée comme un document.
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