« Tant de choses auraient pu mal tourner » : le sabotage raciste qui a privé la Belge Sonita Muluh d'un titre mondial
« Tant de choses auraient pu mal tourner » : le sabotage raciste qui a privé la Belge Sonita Muluh d'un titre mondial
21 juin 2026, Druskininkai, Lituanie. Sonita Muluh charge 334,5 kilos sur ses épaules, un poids qui vaudrait un record du monde et un second sacre planétaire. Elle descend, elle remonte. Au moment où l'assistant chargé de sa sécurité doit se retirer, son genou reste sous la barre. La barre rebondit. L'essai est déclaré nul. Cinq semaines plus tard, le même homme écrit sous une vidéo devenue virale : « Je suis raciste, je l'ai fait exprès. »
On l'appelle souvent haltérophile. Sonita Muluh pratique en réalité la force athlétique, le powerlifting, une discipline à trois mouvements (squat, développé couché, soulevé de terre) où la charge posée sur le dos peut friser les trois cent cinquante kilos. Championne du monde en 2024, double championne d'Europe en 2025, elle arrive à Druskininkai en favorite des Championnats du monde organisés par la fédération lituanienne (RTBF). Sur sa dernière tentative, elle tente 334,5 kg au squat (Reuters, via The Star). Le règlement de la discipline est pourtant écrit noir sur blanc : une nouvelle tentative doit être accordée si un athlète est privé d'un essai valable « en raison d'une erreur d'un spotter ou loader, d'un mauvais chargement de la barre ou de toute autre faute indépendante de sa volonté ». Son entraîneur réclame cette reprise. Le jury refuse. Un deuxième titre mondial s'envole, sans que personne, sur le plateau, n'y voie autre chose qu'un accident.
Ce que le règlement ne détaille pas, c'est ce que fait un spotter. Ce rôle, tenu par un bénévole, ne consiste pas à soulever la charge, mais à se tenir prêt à intervenir si elle menace de s'effondrer sur l'athlète. À 334,5 kilos, une mauvaise réception n'est pas un simple incident de concours, c'est un risque physique direct. Kristof De Coninck, le compagnon de Sonita Muluh, l'a résumé sans détour à Reuters : une mauvaise assistance à ce niveau de charge peut provoquer « de très graves blessures ». C'est ce déplacement que l'affaire impose. Un genou mal placé dans un sport de charge n'est pas un geste déloyal parmi d'autres. C'est une main qui se retire au moment précis où elle est censée retenir trois cent trente kilos au dessus d'un corps humain.
Pendant plus d'un mois, Sonita Muluh défend elle même l'homme qui vient de lui coûter un titre, persuadée qu'il s'agit d'une maladresse. Puis une vidéo de la scène circule, et sous l'un des commentaires, l'assistant, identifié par la fédération lituanienne comme Ernestas Kusinas, pareur expérimenté du plateau, écrit : « Je suis raciste, je l'ai fait exprès, bandes de demeurés. Je l'ai fait exprès parce que je te déteste » (RTBF). Le message tourne, la fédération lituanienne le suspend à vie de toutes ses compétitions. Interrogé par Reuters début août, Kusinas change de version : son commentaire ne serait qu'une moquerie adressée à ceux qui l'accusaient déjà de racisme, pas un aveu sincère, et son geste sur la barre ne tiendrait qu'à la fatigue accumulée après ses fonctions sur l'événement. La police lituanienne a ouvert une enquête le 3 août, portant à la fois sur le message et sur les faits du plateau, passible en théorie de deux ans de prison. Sonita Muluh, elle, résume à la RTBF le silence qui a suivi côté belge : « Personne ne m'a appelée. Personne de la fédération belge ne m'a contactée pour simplement me demander comment j'allais. »
Le football, lui, a un protocole écrit depuis 2009. Le règlement de l'UEFA impose à l'arbitre d'interrompre le match une première fois en cas de comportement raciste avéré, de renvoyer les équipes au vestiaire s'il persiste, puis d'arrêter la rencontre définitivement en concertation avec le délégué et les services de sécurité. Une procédure en trois temps encore invoquée en février dernier lors de la polémique opposant Vinicius Jr à Samuele Prestianni (La DH). On peut discuter son application. Elle existe, elle est écrite, elle engage des arbitres formés et des instances habituées à trancher dans l'instant. Rien de comparable n'existe en force athlétique. Aucune procédure n'a permis de repérer l'incident en direct, ce sont des vidéos, revues après coup, qui ont révélé le geste, y compris sur d'autres athlètes selon le président de la fédération lituanienne, qui évoque une lifteuse suédoise également gênée par le même homme. Aucun protocole de recrutement ne filtre les bénévoles postés à un mètre d'une barre à plus de trois cents kilos, alors que, selon plusieurs sources citées par la RTBF, Kusinas affichait publiquement des sympathies néonazies. La Fédération internationale de powerlifting (IPF) promet désormais de renforcer « le recrutement, la sélection, l'accréditation et le suivi des bénévoles ». Une promesse qui, pour l'instant, arrive après le fait, pas avant.
VIDÉO · RTBF Info, reportage du 30 juillet 2026
Sonita Muluh, une haltérophile belge, a été privée d'un titre mondial en powerlifting en raison de sa couleur de peau. Son assistant l'a volontairement disqualifiée.
« Je suis raciste et je l'ai fait exprès » : sa performance sabotée
Sonita Muluh a perdu un record, des sponsors, et l'idée que la compétition était un lieu sûr. Ce qu'elle garde, c'est une plainte en préparation auprès de la fédération internationale et une enquête policière ouverte à Vilnius. Ce que le sport garde, c'est la question que le football a fini par écrire dans son règlement et que les disciplines dites mineures n'ont, pour l'instant, pas posée : qui protège l'athlète quand la menace ne vient pas des tribunes, mais de la personne payée, ou bénévole, chargée de la retenir.
NOTE DE TRANSPARENCE · l'article de Mediapart du 5 août 2026 qui a initialement porté cette affaire à notre connaissance n'a pas pu être consulté dans son intégralité (accès abonnés). Les faits et citations de ce texte sont vérifiés et sourcés indépendamment via la RTBF (qui a recueilli la parole de Sonita Muluh) et Reuters (qui a recueilli celle de l'assistant mis en cause et de la fédération lituanienne). Le post ci dessus est un post X réel et vérifié relayant l'affaire, publié par le média L'essentiel, aucun post officiel de Sonita Muluh ou de la fédération belge de powerlifting sur ce sabotage n'a pu être localisé à l'heure de la rédaction.
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