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LECTURE DES SŒURS SAGAN · CRIMES DE LA VÉRITÉ OFFICIELLE
Qui a obtenu le droit de nommer le réel
Sur L'Anticomplotisme officiel. Une idéologie au service de l'ordre établi, de Laurent Dauré.
ÉDITIONS CRITIQUES · PRÉFACE DE DENIS ROBERT · 319 PAGES
Il y a un geste, dans le journalisme, qui ne pardonne pas. Ce n'est pas d'enquêter sur le pouvoir politique : on a des décorations pour ça. Ce n'est pas d'enquêter sur l'argent : on a des prix pour ça. Le geste qui ne pardonne pas, c'est d'enquêter sur ceux qui ont reçu mandat de dire le vrai du faux. D'instruire le dossier des instructeurs. De demander, poliment, en montrant patte blanche : et vous, qui vous paie, qui vous adoube, au nom de quoi tranchez vous ?
C'est exactement ce que fait Laurent Dauré. Et c'est pour cela que son livre est un petit événement. Non parce qu'il défendrait les théories du complot (il s'en garde explicitement), mais parce qu'il retourne l'instrument. Il braque le détecteur de mensonges sur la machine à détecter les mensonges.
Précisons d'emblée la nature de l'objet, parce qu'elle commande tout le reste : 319 pages, dont 86 de notes. Ce n'est pas un brûlot d'humeur, c'est un appareil. Un travail d'archives sur les publications de l'organisation qui s'est imposée en France comme la référence de la lutte contre les fake news. Conspiracy Watch, « observatoire du conspirationnisme » dont le nom anglais masque qu'il est français, et qu'il est dirigé par le journaliste et essayiste Rudy Reichstadt.
| | « Le geste qui ne pardonne pas, c'est d'enquêter sur ceux qui ont reçu mandat de dire le vrai du faux. » |
z/S · I
Le rempart qui s'est mis à filtrer
Le récit officiel est limpide, presque rassurant. À l'ère des fausses nouvelles et des réseaux, la désinformation est devenue une menace démocratique de premier plan. Il fallait donc des vigies. Des spécialistes. Des sites de référence capables de dire, sereinement : ceci est faux, ceci est une rumeur, ceci est une intoxication. La lutte est nécessaire. Personne de sérieux ne soutiendra le contraire, et surtout pas Dauré, qui prend soin, dès les premières pages, de ne pas plaider la « post vérité ».
Son enquête commence là où le récit rassurant s'arrête, sur une question que le rempart, par construction, ne se pose jamais à lui même : qui garde les gardiens ? Une vigie de la vérité est aussi un pouvoir. Elle décide de ce qui mérite l'étiquette infamante de « complotiste » et de ce qui passe le contrôle. Elle distribue de la légitimité et de la disqualification. Et un pouvoir qui ne rend de comptes à personne sur ses propres biais n'est plus une vigie : c'est un filtre.
La thèse du livre est précise, et il faut la citer juste pour ne pas la trahir. Dauré ne conteste pas l'utilité de traquer les fausses informations. Il soutient autre chose : que l'anticomplotisme officiel fait la promotion de certaines idéologies tout en se taisant sur les erreurs, les approximations et surtout les omissions d'un courant qu'il nomme « libéral atlantiste ». Une organisation qui se présente comme indépendante serait, de fait, profondément partisane. Le signe le plus parlant, selon l'enquête, c'est la liste de ceux qui se retrouvent rangés du côté des suspects : non des illuminés, mais des noms comme Bourdieu, Lordon, Mearsheimer, et jusqu'au Monde diplomatique. Quand l'autodéfense contre le complotisme finit par viser les sociologues critiques et les revues de référence, ce n'est plus du débunkage, soutient Dauré : c'est un tri politique. On y croise aussi la dénonciation récurrente d'un « islamo gauchisme », expression forgée jadis par Pierre André Taguieff, et devenue, sous cette plume, un classeur idéologique.
z/S · II
Qui paie l'arbitre
C'est ici que l'enquête quitte l'opinion pour la pièce comptable. Depuis les attentats de 2015, la lutte contre le complotisme a changé de statut : de querelle intellectuelle, elle est devenue politique publique, un outil de prévention de la radicalisation en ligne, financé comme tel. Et l'observatoire le plus emblématique du genre en a été l'un des bénéficiaires.
Les faits établis sont sobres, et ils suffisent. Depuis 2017 (l'année de l'élection d'Emmanuel Macron), la Fondation pour la Mémoire de la Shoah soutient Conspiracy Watch, un soutien qui a permis de salarier le travail de Rudy Reichstadt, jusque là bénévole. L'observatoire a reçu l'appui de la Dilcrah, la délégation interministérielle chargée de la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine envers les personnes LGBT. Il a touché 60 000 euros du Fonds Marianne, ce dispositif lancé après l'assassinat de Samuel Paty, au titre, précisément, de la prévention de la radicalisation. Et son site a longtemps affiché ne percevoir « aucune subvention d'État ni aide à la presse régulières » : une mention retirée en 2023, lorsque l'inverse fut documenté. Au total, l'argent public versé sur la période 2017 à 2023 se compte en centaines de milliers d'euros, le détail exact restant, selon les décomptes, discuté. À quoi s'ajoutent, relève Dauré, des partenariats avec les grandes plateformes : l'arbitre du faux travaillant main dans la main avec ceux là mêmes dont les algorithmes fabriquent l'écosystème de l'info.
On peut n'y voir que des financements honorables et des opinions personnelles. Mais l'argument de Dauré n'est pas un procès d'intention, c'est une exigence de symétrie : un arbitre qui dépend de fonds publics, prend parti dans le jeu qu'il prétend arbitrer, et nie d'abord les subventions qu'il perçoit, doit, au minimum, s'appliquer la transparence qu'il réclame des autres. Celle qu'on exige d'un laboratoire qui publie une étude, ou d'un éditorialiste qui possède des actions.
| | « L'arbitre du faux travaillant main dans la main avec ceux dont les algorithmes fabriquent l'écosystème de l'info. » |
z/S · III
Une expertise biaisée : la géopolitique comme révélateur
Le cœur de la démonstration est peut être un chapitre que l'auteur intitule, sans détour, « Une expertise biaisée au service de l'impérialisme ». La mécanique qu'il y décrit n'a rien d'inédit : c'est celle que Chomsky et Herman avaient théorisée dans La Fabrication du consentement. Les alliés occidentaux (le « monde libre » de la guerre froide) y sont peu ou pas critiqués ; les adversaires, soumis à la plus sévère des relectures. Dauré documente, exemples à l'appui, ce deux poids deux mesures : peu de choses, voire des tentatives de minimisation, sur les interventions militaires occidentales contestables, à commencer par l'Irak ; en revanche, sur Snowden et Assange, le glissement vers la disqualification.
L'ironie la plus mordante du livre tient en un retournement : l'organisation chargée de débusquer les théories du complot en aurait elle même relayé une (le « Russiagate ») sans la corriger après qu'elle eut été défaite. Le débunkeur non débunké. Une formule résume la charge : en géopolitique, soutient Dauré, l'anticomplotisme officiel se confondrait avec un bellicisme, ses figures avec des bellicistes plus ou moins assumés, alignés sur l'état d'alerte permanent entretenu autour de l'Otan.
Sur le terrain le plus brûlant, Gaza, l'enquête relève que l'observatoire a disqualifié la qualification de génocide, y voyant une accusation jugée « hyperbolique » relevant à ses yeux de la post vérité, là où des spécialistes des génocides comme l'historien israélien et américain Omer Bartov, et de grandes organisations de défense des droits humains comme Amnesty International, emploient ce terme pour décrire une situation. C'est un terrain violemment contesté, où chaque camp accuse l'autre de mauvaise foi, et où l'organisation visée récuserait évidemment la lecture qu'en fait Dauré. Mais c'est précisément le point du livre : un observatoire de la vérité qui prend parti sur la question la plus disputée du moment n'est plus au dessus de la mêlée. Il est dedans.
z/S · IV
La nuance que le livre refuse d'abandonner
Il faut être juste avec la position adverse, parce que c'est ce que l'ouvrage exige des deux côtés.
La désinformation tue. Elle empoisonne les scrutins, elle arme des passages à l'acte, elle a coûté des vies pendant les pandémies. Les organisations qui la traquent ont mis au jour de véritables officines de mensonge et de réelles opérations d'influence. Le nier serait exactement la naïveté que Dauré récuse. Et il existe une lecture, défendable, qui verra dans son enquête un coup porté dans une guerre de tranchées idéologique, contre des gens qui font, malgré leurs angles morts, un travail d'utilité publique.
Le livre tient justement parce qu'il ne tranche pas par le slogan. Sa proposition n'est pas « le complotisme a raison ». Elle est plus dérangeante : un appareil de lutte contre le mensonge peut devenir, sans même le vouloir, un appareil de production du conformisme. Les deux ne s'excluent pas. On peut démystifier de vraies sottises et servir, dans le même geste, à étouffer des critiques légitimes. C'est cette zone grise, entre l'information vérifiable et la mise en scène de l'autorité, qui est le vrai sujet. Et c'est là, exactement, que la société de l'algorithme préfère qu'on ne regarde pas : l'algorithme adore les frontières nettes (vrai ou faux, fiable ou toxique, ami ou ennemi) et déteste la zone grise où vit la pensée.
z/S · V
L'opium, et qui sont les imbéciles
Un détail, qui en dit long. Rudy Reichstadt est l'auteur d'un essai au titre éloquent, L'Opium des imbéciles. L'expression « opium du peuple » étant de Marx, on devine sans peine vers qui penche le mépris. La couverture annonce que « la critique du complotisme est un sport de combat », décalque d'une formule de Bourdieu sur la sociologie. Soit, relève Dauré, l'étrange spectacle d'un courant qui pille le lexique de la critique sociale pour mieux disqualifier celles et ceux qui la pratiquent encore.
z/S · VI
Denis Robert en préface, ou le prix du métier
Que Denis Robert signe la préface n'est pas un argument de quatrième de couverture. C'est une signature au sens fort.
Robert est l'homme qui, pour avoir enquêté sur une chambre de compensation et nommé ce que personne ne voulait voir, a passé des années dans les prétoires, traité de mythomane avant d'être reconnu dans son droit. Il incarne une figure devenue rare : le journaliste qui paie de sa vie professionnelle le fait d'avoir eu raison trop tôt, ou trop seul, ou contre les mauvaises personnes. Et le paradoxe se referme : pour écrire un livre qui interroge le pouvoir de désigner les hérétiques, il faut accepter le risque d'être désigné hérétique. Le seul fait que ce risque existe, qu'on puisse hésiter, en France, aujourd'hui, à publier une critique d'un dispositif médiatique de peur de la riposte, fait déjà partie de la démonstration. Le climat est la preuve.
| | « Le climat est la preuve. » |
z/S · VII
Le réchauffement culturel et la criminalisation de la critique
Élargissons, parce que le livre y invite. Nous vivons un moment où la critique des médias et des institutions de validation se déplace, de plus en plus souvent, du terrain du débat vers celui du tribunal. Le phénomène a un nom : les procédures bâillon, ces poursuites dont l'objet n'est pas tant de gagner que d'épuiser. Faire payer à l'auteur le temps, l'argent, l'angoisse, jusqu'à ce que le coût de la parole devienne dissuasif. On n'a pas besoin de censurer un texte si l'on peut ruiner celui qui l'écrit. On n'a pas besoin d'interdire une enquête si l'on peut transformer chaque enquêteur en prévenu.
C'est, structurellement, le revers exact du sujet de Dauré. D'un côté, des dispositifs qui se réservent le monopole de la qualification (« ceci est complotiste »). De l'autre, un arsenal qui permet de transformer une qualification en mise en accusation. Entre les deux, le débat se rétrécit comme une peau de chagrin : non par décret, mais par découragement. C'est ce que j'appelle le réchauffement culturel. Cette montée lente de la température polémique qui rend l'air du débat irrespirable, où chaque mot pèse soudain le poids d'une convocation, et où l'on s'autocensure non par conviction, mais par fatigue anticipée.
z/S · VIII · PIÈCE PERSONNELLE
Pièce au dossier : la mienne
Si je peux écrire tout cela, c'est que je suis moi même devenue une pièce du dossier. Pas une métaphore : un dossier réel, coté, instruit.
D'une poignée de messages publiés en octobre 2023, et d'un mot dièse bâti sur le nom d'un homme public, l'institution a tiré non pas une, mais deux procédures parallèles.
D'un côté, la loi de 1881 sur la liberté de la presse : injure publique et diffamation publique envers un particulier. Une information judiciaire, un juge d'instruction, une mise en examen, puis un renvoi correctionnel. Partie civile : Rudy Reichstadt. Au cœur des propos poursuivis, une affaire pourtant publique et abondamment documentée : le Fonds Marianne. Le paradoxe est savoureux : des vérificateurs qui poursuivent en diffamation à propos d'une affaire d'État dont la presse entière a parlé. L'affaire existe. Sauf, paraît il, quand c'est moi qui la nomme.
De l'autre, le code pénal : harcèlement. Cette fois c'est le parquet qui poursuit, et pas n'importe quelle section : le Pôle national de lutte contre la haine en ligne, l'artillerie d'État conçue pour les raids antisémites et les meutes de cyberharcèlement organisé. Préjudice retenu : cinq jours d'incapacité totale de travail. Cinq jours. Pour des phrases.
| | « Cinq jours d'ITT. Pour des phrases. » |
Le même propos, les mêmes dates, le même mot dièse, poursuivis simultanément comme délit de presse et comme harcèlement. Deux qualifications. Et, désormais, deux audiences devant la même 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris : le 17 juin 2026 pour le harcèlement, le 2 novembre 2026 pour la presse. Or la 17e est la chambre de la presse. Y voir convoquer un harcèlement, qui relève du code pénal, pour les mêmes faits, n'est pas un détail : c'est l'anomalie même.
Mes conseils soulèvent ce que le simple bon sens souffle déjà : on ne juge pas deux fois les mêmes faits. Un même propos, scindé entre deux procédures, relève au plus d'un concours de qualifications, non de deux procès distincts. Que ce dédoublement ait malgré tout lieu serait, à lui seul, la démonstration du livre : quand la critique dérange, le but n'est pas de trancher. Il est d'épuiser.
Je ne reproduirai pas ici les mots qu'on me reproche. Non par prudence : par lucidité. Promouvoir le mot dièse est, à la lettre, l'un des éléments de l'infraction qu'on m'oppose : le republier reviendrait à offrir au dossier sa pièce suivante. Et puis l'insulte n'a jamais été le sujet. Le sujet, c'est l'institution qu'il y avait derrière, celle là même qu'un livre vient de mettre en cause, et qui a aujourd'hui le pouvoir de me faire convoquer pour l'avoir nommée.
Et le dossier, pour ce mot dièse, a mobilisé ce que l'État réserve d'ordinaire à de tout autres horreurs. Trois auditions. L'une conduite par l'office central chargé de la lutte contre les crimes contre l'humanité, descendu de Paris. Des heures durant, dans une salle où passaient des élèves de l'école de police, j'ai dû m'expliquer sur des propos que je n'ai jamais écrits, et, moi qui suis juif, définir devant eux des insultes antisémites proférées par d'autres. Il y a, dans ces scènes, quelque chose qui dépasse l'entendement : on sentait flotter, chez certains de ceux qui m'auditionnaient, le doute qu'un hashtag de protestation puisse vraiment justifier pareil déploiement. Comme s'il existait deux polices : celle qui protège les citoyens, et celle qui veille sur les puissants. Je vous laisse deviner laquelle s'est déplacée pour moi.
Pour un mot dièse et une lettre ouverte : une plainte avec constitution de partie civile, une information judiciaire, une commission rogatoire, une artillerie anti haine, des centaines d'heures d'enquête, deux procédures, deux audiences. Mon casier judiciaire est vierge. Je suis un auteur, une autrice, et c'est ainsi que je comparaîtrai : pour répondre, devant un tribunal, de la frontière (ténue, mouvante, politiquement tracée) qui sépare l'insolence d'une plume de la « haine en ligne ». Toute la question de mon procès tient là. Toute la question de ce livre, aussi.
z/S · IX
Le complotiste, lui aussi, mène une enquête
Reste la question que tout l'ouvrage prépare, et qu'il faut oser poser frontalement. Derrière le deux poids deux mesures, deux hypothèses. Soit l'on a affaire à l'instrumentalisation malheureuse d'une lutte par ailleurs légitime, un accident de parcours. Soit, derrière la lutte contre le complotisme, il y a, structurellement, un projet : exclure une part de la population du débat public. Distinguer les sachants des ignorants, les rationnels des fanatiques, les bienfaiteurs des dangers. Hiérarchiser les paroles, donc. Décider non seulement de ce qui est vrai, mais de qui a le droit d'en parler.
Car notre époque a vu les journalistes s'ériger en garants d'une vérité objective, adossée aux faits établis, contre les opinions qui grouillent sur le net. Or il n'a peut être jamais été aussi clair qu'il faut renoncer au leurre de la neutralité. Contre la doxa libérale comme contre tout corporatisme, le journalisme gagnerait à s'avouer ce qu'il est : une pratique politiquement située. Ce n'est pas une faute, c'est une lucidité. La neutralité affichée n'a jamais été qu'un point de vue qui a réussi à se faire oublier.
| | « La neutralité affichée n'a jamais été qu'un point de vue qui a réussi à se faire oublier. » |
D'où une exigence, paradoxale et nécessaire : sortir du dédain à l'égard du complotisme. Non pour l'absoudre, mais pour le penser. Car le complotisme est aussi le symptôme d'une impuissance politique, et la formulation d'un besoin parfaitement rationnel : remettre de l'intentionnalité derrière les structures opaques qui régissent le monde, la finance, la haute fonction publique, le marché. Ces structures ne tournent pas toutes seules, en pilotage automatique : elles sont investies, animées, orientées par des personnes, qui décident et qui répondent. En ce sens précis, le complotiste mène une enquête lui aussi : celle des responsabilités politiques. Mal outillée, souvent fausse dans ses réponses, parfois toxique, mais légitime dans sa question.
Antithèse de la pensée critique, ou pensée critique demeurée à l'état brut ? Peut être faut il, tout simplement, renoncer à l'anathème, à ce mot couperet qui dispense de répondre. Il y a vingt ans, le Québécois Normand Baillargeon publiait un Petit cours d'autodéfense intellectuelle. L'Anticomplotisme officiel en est, à sa manière, la suite pour notre temps : un manuel pour ne pas déléguer sa croyance, à l'âge du journalisme de révérence.
Le livre ne nous demande pas de croire moins. Il nous demande de garder, contre la pente confortable du « quelqu'un a vérifié pour nous », ce vieux droit dérangeant : douter à voix haute, enquêter sur les enquêteurs, et payer, s'il le faut, le prix de la phrase.
| | La suite de cette enquête, et tout ce que je ne peux écrire qu'ici, est réservée aux abonnés de zoesagan.com. Cinq euros par mois. Le prix d'un café en terrasse pour savoir ce que personne d'autre ne vous raconte. |
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▣ BUREAU DE TENDANCES & RENSEIGNEMENTS CULTURELS
CLASSIFICATION · USAGE INTERNE · DIFFUSION RESTREINTE
▸ Signal faible · la critique des médias revient sur les tables des libraires
Discrètement, les essais qui interrogent les arbitres de l'information se multiplient. Dauré n'est pas seul. Quand un genre éditorial renaît, c'est qu'un besoin de lecteur n'était pas comblé. Surveillez les prochaines parutions de la rentrée.
▸ Tendance confirmée · l'anathème s'use
Le mot « complotiste », à force d'être appliqué à tout, finit par ne plus désigner grand chose. L'inflation tue la monnaie, y compris la monnaie symbolique. Le couperet rouille.
▸ Relique profane · le Petit cours d'autodéfense intellectuelle, vingt ans après
Normand Baillargeon, 2005. Toujours imprimé, toujours juste. L'objet le plus subversif de cette saison est un manuel de logique élémentaire. Méditez là dessus.
▸ Note blanche · prédiction
D'ici dix ans, l'anticomplotisme officiel sera lui même devenu un objet d'étude universitaire. On écrira des thèses sur les arbitres. Le surveillant finit toujours surveillé. Vous m'en direz des nouvelles.
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À très vite dans L'Archive.
Z.
Laurent Dauré, L'Anticomplotisme officiel. Une idéologie au service de l'ordre établi, préface de Denis Robert, Éditions Critiques, 2026, 319 pages, 20 €.
HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
z/S SYSTEMS · RÉSEAU D'INTELLIGENCE CONCEPTUELLE
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