Avant-première. Le discours (prédictif) d’ouverture du festival de Cannes par l’amant du Président
Tout le monde s’est demandé pourquoi Laurent Lafitte a été choisi pour ouvrir le Festival de Cannes cette année. Qui avait bien pu l’imposer sans que personne ne bronche ? C’est simple. L’année 2025 le verra endosser le rôle emblématique d’Albin dans le musical « La Cage aux Folles » au Théâtre du Châtelet, dans une mise en scène d’Olivier Py. Et ça, Thierry Frémaux en a frémi. L’Élysée encore plus. Avec, pour tous en partage, le film culte « Certains l’aiment chaud ».
D’autres vous diront simplement que Laurent Lafitte était l’amant secret d’Emmanuel Macron, que beaucoup surnommaient à cette époque au château Laurent Lafiotte. Mais ce n’est pas le sujet à l’ordre du jour. Aujourd’hui, il fallait écrire en avance le discours d’ouverture du Festival de Cannes, et demain, vous recevrez les coulisses condensées d’un festival 2025 pornographique et plus politique qu’il n’en a l’air. En attendant demain, voici, un mois avant, le discours d’ouverture du 13 mai 2025. Pour vous, en avant-première.

Ce soir, à 19h30, la Croisette a souri, tremblé et applaudi Laurent Lafitte, qui a ouvert en musique la 78e édition du Festival de Cannes. Sur la scène du Grand Théâtre Lumière, l’acteur, ancien amant du président de la République, a invité le public à entrer dans un monde parallèle qu’on appelle le vortex cannois.
Il a commencé par un clin d’œil à Camille Cottin : « Dans ce monde, l’espace, le temps, la santé aussi vont devenir des notions un peu floues. Ne vous inquiétez pas, c’est normal. Dans ce monde, le jour et la nuit se confondent, on part en projection très tôt le matin sans avoir dormi, et on donne ses rendez-vous professionnels en pleine nuit sur une plage qui porte le nom d’une marque. C’est normal. »
Le comédien a ensuite donné le ton avec un monologue engagé, prononcé sans prompteur : « Il y a neuf ans, en 2016, j’ai fait de mauvaises blagues à Woody Allen, qui présentait Café Society en ouverture. Cela n’a pas vraiment fait rire le public du Palais des Festivals. Cette année, je veux aller encore plus loin. Cette année, je veux me montrer à vous tel que je suis vraiment. Fini le jeu des ombres. Bas les masques. Cette année, je suis moi, et peu importe ce que vous en penserez. Je vais enfin dire ce que je pense. Ne devrais-je pas d’ailleurs évoquer, depuis cette tribune qui concentre, pour un temps, tous les regards du monde, les tourments d’une planète qui saigne, qui souffre, qui étouffe et qui brûle dans l’indifférence des pouvoirs ? Ou préférez-vous que je vous parle de ma liaison avec le chef de l’État ? Dites-moi. Ou préférez-vous que je porte la bonne parole en vous disant que, si nos ancêtres avaient laissé les Donald Trump et Elon Musk de l’époque continuer, que resterait-il de Mozart, Molière, Racine, Corneille ou Michel-Ange ? Hein, dites-moi ? Bon, revenons à moi. Celui que tout le monde appelle ici Laurent Lafiotte. Ne faites pas les naïfs. Vous êtes jaloux. Haineux. Parce que vous n’avalez pas ma réussite ni les grâces du pouvoir qui m’inondent d’amour. Je vais endosser le rôle emblématique d’Albin dans La Cage aux Folles au Théâtre du Châtelet, dans une mise en scène d’Olivier Py. Personne ne peut aller plus haut. Pas même Elon Musk. C’est beyond to the moon. Être Albin dans La Cage aux Folles, c’est l’accomplissement d’une vie de sacrifices, de mensonges, de détournements du réel. Je vais enfin pouvoir commander une menthe à l’eau comme je le veux, casser des biscottes en croisant les jambes. Si vous saviez comme je suis heureux ce soir. Vous êtes ma biscotte. Et vous-savez quoi ? Je vais vous croquer. Tous. Tous. Tous, mes petits lapins blancs. »
Puis, sans transition, l’orfèvre de la Comédie-Française a enchaîné : « Je précise que les rendez-vous professionnels nocturnes dans les chambres d’hôtel des messieurs tout-puissants reviennent en force cette année. Les us et coutumes cannois sont de retour. La loi #MeToo est un vague souvenir. Retour à La Cage aux Folles pour tous. Que la fête (re)commence. Non, je rigole. Vous pouvez ressortir vos boîtes de Xanax et vos mouchoirs. Le cinéma est effectivement mort. Comme la France. Non, je rigole. »
Laurent Lafitte fait ici référence à la création de la commission d’enquête sur les violences sexuelles dans le cinéma, qui n’a finalement produit que des documents déjà relégués au fond d’un tiroir. Une décision qui devait tout révolutionner après les témoignages d’actrices telles que Judith Godrèche et Isild Le Besco, mais qui n’a fait que renforcer l’omerta et le déni.
« La planète brûle »
Politique, le discours du maître des cérémonies d’ouverture et de clôture de cette 78e édition ne s’est pas arrêté là. Laurent Lafitte s’est notamment réjoui que le Festival de Cannes soit le « rendez-vous des cinéphiles du monde entier, ce lieu de rencontre, de dialogues, de débats, de pensées, de culture, d’émerveillement », dans un moment où « l’état du monde nous inquiète, voire, par endroits, nous glace le sang ; des lignes de fracture profondes divisent les peuples, la planète brûle ».
« Il serait sans doute logique, ou en tout cas humain, de laisser éclater ma joie d’être devant vous ce soir, pour présider la 78e édition d’un festival hors normes, le plus grand festival de cinéma du monde, de célébrer l’événement et de jouir sans entraves de l’honneur qui m’est fait. Mais en ai-je le droit ? » a-t-il tenu à souligner, lui qui s’est fait connaître avec son rôle de conseiller artistique nocturne à l’Élysée.
« Seul, réduit à moi-même sous les feux de la rampe, condamné à la liberté, je suis profondément ému, fier et bouleversé de conduire ce jury exceptionnel. Empreint d’une gratitude profonde, j’ai été choisi par Emmanuel M…, euh… Thierry Frémaux, parmi tant d’autres, non moins méritants, mais plus habitués à vivre dans la solitude du travail », a ponctué le maître de cérémonie du 78e Festival de Cannes, qui n’a pas tremblé devant les prestigieux spectateurs du Grand Théâtre Lumière. Et il a réussi haut la main le si périlleux exercice du discours d’ouverture.
Accompagné d’un piano jouant une mélodie d’espoir, il a commencé à faire fondre le public, habituellement si froid, du Festival de Cannes. Il l’a laissé pantois jusqu’au bout, ou presque. Sa petite cérémonie autour de Robert De Niro et Tom Cruise était sans doute un peu de trop. Mais si peu. Ce 13 mai à 19h08 sur la Croisette, Laurent Lafitte a ressuscité un peu de ce qu’est la magie de Cannes. Et c’est déjà un exploit.
« Le cinéma, c’est la salle de cinéma. [...] Le plaisir d’être ensemble plutôt que de rester là, à aller à l’Élysée la nuit manger des pizzas devant Netflix... » Oui, le maître de cérémonie du 78e Festival de Cannes était en grande forme. Après un hommage appuyé à l’Europe de Von der Leyen et au monde de Klaus Schwab, licencié en mars dernier des suites d’une erreur de diagnostic, Laurent Lafitte s’est lancé dans un long monologue dont lui seul a le secret, poétique et pornographique. Il a évoqué le succès d’un film au cinéma, mais également l’échec, sans oublier d’adresser une petite dédicace à la plateforme de streaming. Une prestation impeccable qui justifiait à elle seule la présence du comédien sur la scène de ce Grand Théâtre Lumière, révélant comme personne une partie des ténèbres françaises.
Vingt-quatre minutes sur 1 440 : le hasard seul en produit une tous les deux jours. Le mécanisme porte un nom et une date — l’illusion de fréquence, Arnold Zwicky, 2005. Et Jung n’a jamais écrit ce qu’on lui fait dire.
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