[Chapitre 5] Vie et mort de Zoé Sagan
La qualité de mes sources augmentait avec le temps. Il y a trois ans, au début, c'était les gossips de Saint-Germain-des-Prés, rien de bien sérieux, des journalistes et des mondaines qui se déchaînaient sur leur voisin de bureau ou de bistro. Rien de bien méchant. Un crachoir contemporain. Savoir qui baise qui peut en revanche toujours être utile. Sans jamais verser dans la séduction sexuelle, Zoé a pu malgré tout se servir de toutes ces informations.
La première année. Ensuite, les sources et les informations sont devenues professionnelles. Là, j'ai commencé à halluciner. Des fortunes privées au fonctionnement interne de l'État. L'État de droit était apparemment baisé. Il n'y avait rien à faire, tout était vérolé. On ne pouvait tenter de sauvegarder l'innocence et quand j'ai essayé de le faire, les ennuis ont vraiment commencé. La première fois que j'ai eu un peu peur, c'est quand j'ai reçu une photo de ma porte d'entrée avec le nom de mon fils et de sa maman dessus.
Ce jour-là, j'ai su que je devais m'organiser pour les mettre à l'abri, pour les sécuriser. Je commençais à publier la vérité, il fallait que je sois le seul à abattre. Personne d'autre. N'écrivez jamais sur la pédocriminalité des réseaux. Jamais. Moi, personnellement, je ne recommencerais pas. Avoir entraperçu les arcanes du diable m'a suffi. Là, j'ai eu peur. Là, ce n'était plus de la fiction. Alors, je vais faire comme tout le monde, oublier pour rester dans le déni. Je n'ai rien vu, je ne connais rien, je suis dissocié. Je suis en train de mettre une balle à Zoé à votre place. On en reste là. On s'échange la base de données en crypto-monnaie sur les réseaux et je disparais. À jamais. Je choisis la vie. Pas la mort.
Mais revenons à la qualité de mes sources. Avant d'avoir des fiches des renseignements généraux, de grands enquêteurs m'ont confié ce qu'ils savaient sur les réseaux qui voulaient m'étrangler. Grâce à eux, j'ai tout l'organigramme. Je savais même qui avait été payé par qui pour arrêter de travailler avec moi. Des sommes hallucinantes, je n'en reviens toujours pas, des maisons entières, je ne comprends pas pourquoi ils ne m'ont pas directement donné cet argent pour que je disparaisse dans la nature. C'est que je devais vraiment leur faire peur ou du moins avoir publié, comme mes sources me le racontaient, des informations très compromettantes dans ce qui semblait plus réel que mes romans.
Pour le dire plus brutalement, ils me disaient que Kétamine et Braquage avaient agi comme des bombes à fragmentation. Les milliardaires et les « services » commençaient à dire que j'étais « un problème à régler ». Je n'ai rien trouvé de mieux à faire à cette époque que de doubler la dose et de remettre en continue des pièces dans la machine. Je ne pouvais m'arrêter, pas après avoir reçu autant d'amour et de soutien de lecteurs inconnus.
Il y avait un travail à finir. Quoi qu'il m'en coûte. Et ça n'a pas raté, j'ai tout perdu. J'écris ce chapitre le 5 mai 2021, et je n'ai plus rien. Absolument plus rien. Ils m'ont démonté mois après mois. J'étais un boxeur culturel. J'ai pu tenir un sacré paquet de rounds violents mais j'ai fini par m'effondrer. Le KO de trop.
Ils m'avaient pris ma vie privée, ce qu'ils étaient en train de faire à tous les provocateurs de ce pays. Il fallait réduire tout le monde au silence. C'était la peur ou le silence. Et pour les quelques irréductibles réfractaires, pour ceux qui continuaient de dire non à la propagande, c'était la prison, l'hôpital psychiatrique ou un assassinat médiatique avec une fausse affaire de sexe ou de drogue.
Moi qui avais pensé que ce projet allait tester les limites de la liberté d'expression en France, au 21e siècle, je m'aperçois que c'est en fait allé beaucoup plus loin. Ça m'a permis de réinitialiser ce qu'était la « liberté d'expression » en France. Et il y a une nouvelle règle numéro 1. À savoir, personne n'a le droit de critiquer le roi Arnault, de son prénom Bernard. Et personne n'a le droit de s'intéresser dans les détails à la disparition de milliers d'enfants en France. Personne.
J'en parlerai plus longuement aussi ici. De cette famille et de pourquoi c'est eux que j'avais choisis pour illustrer la vente de la France au parti communiste chinois. Bernard appelle Xi sur ton portable direct et personne ne vous le dira jamais. Un jour, il faudra expliquer à ce vieux peuple français, qui a fait quoi et pourquoi. Je crois que l'histoire, le temps long, juge la trahison. Tout ça, ça se règle dans les cieux. Tout ça, c'est en haut que ça se passe. Pas dans leur bas-fond.
Dimanche 23 août à 02h19 UTC le Soleil quitte le Lion pour la Vierge, Mercure le suit mardi 25 à 11h04. Le signe le plus bruyant du zodiaque se vide, il n'y reste que Jupiter.
Victor Wembanyama a été désigné capitaine des Bleus la veille du match. Le lendemain, il finit à 10 points, la Serbie gagne 90 à 87, et c’est Amine Noua qui termine meilleur marqueur français avec 14. Le brassard est un titre, le tableau de marque est une mesure.
On l’appelle la plus grande rétrospective Gianni Versace montrée en France depuis la fin des années 80. Elle est prolongée jusqu’au 31 octobre. Elle est produite par une société qui s’appelle Dreamrealizer, sans association officielle avec Gianni Versace S.r.l. ni avec la famille.
Le 2 septembre, la Mostra lève le rideau avec Ink, l’histoire du rachat du Sun par Rupert Murdoch en 1969. La Biennale a publié côte à côte la déclaration d’Alberto Barbera et celle de Danny Boyle. Elles décrivent le même homme et ne portent pas le même jugement.
Plus 1,0 pourcent de nuitées au deuxième trimestre. Le chiffre sorti le 19 août porte sur avril, mai et juin. Entre la fin de la période mesurée et le jour de sa publication, 42 000 hectares sont partis en fumée en Gironde et 220 000 personnes ont été évacuées.
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