Paramount avale Warner demain : 12 États ont vendu la paix 30 millions le film manquant
Le 6 octobre, Paramount Skydance clôt le rachat de Warner Bros. Discovery à 31 dollars l’action. Aucun studio vendu. À la place, des promesses : 30 films par an, 47,5 millions pour les salariés, 30 millions de pénalité par film manquant. L’enquête, chiffres en main.
L’enquête · argent et pouvoir · lundi 5 octobre 2026
par Zoé Sagan · enquête et synthèse · z/S SYSTEMS
Demain, mardi 6 octobre 2026, Paramount Skydance avale Warner Bros. Discovery. 31 dollars l’action, en liquide, environ 110,9 milliards de dollars dette comprise. Le plus gros rachat de l’histoire d’Hollywood se clôt sans qu’on ait vendu un seul studio, une seule chaîne, un seul plateau. 12 États américains l’avaient attaqué en justice. Ils ont signé la paix. Je vais te montrer le prix de cette paix, ligne par ligne, parce qu’il est écrit, et qu’il est petit.
I · La date, et le compteur qui tourne
Le 30 septembre 2026, Warner Bros. Discovery et Paramount Skydance publient un communiqué commun. La fusion « is expected to close on October 6, 2026 ». Le prix reste 31 dollars par action, plus un supplément de 0,00277778 dollar par jour calendaire écoulé après le 30 septembre. 6 jours de retard, un peu moins de 2 centimes. Si tout se passe comme prévu, l’actionnaire de Warner touchera environ 31,017 dollars. On avait raconté ce compteur et sa mécanique dans notre pièce sur le gel du 30 septembre et le ticking fee. Il s’arrête demain.
Pour arriver là, il a fallu un an de surenchères. Le 5 décembre 2025, Netflix signe un accord à 27,75 dollars par action pour les studios et HBO. Le 8 décembre, Paramount lance une offre hostile à 30 dollars, tout en liquide, pour l’ensemble. Le 26 février 2026, Netflix renonce : l’affaire n’est plus, selon la plateforme, financièrement attractive. Le 27 février, l’accord Paramount est signé à 31 dollars. L’homme qui a vendu, David Zaslav, a eu droit à notre premier portrait de la série. Ses propres actionnaires ont voté contre ses rémunérations le 23 avril, le jour même où ils approuvaient la vente.
II · Qui paie
Un rachat de cette taille ne se règle pas avec un chèque. Il se règle avec 3 poches.
La première est familiale. Paramount Skydance est dirigé par David Ellison. Son père, Larry Ellison, fondateur d’Oracle, a apporté une garantie personnelle sur les fonds propres de 46,7 milliards de dollars, selon Forbes. On a fait le portrait du père et de sa caution en septembre. À ce niveau, la caution parentale ne sert plus à louer un studio. Elle sert à acheter les studios.
La deuxième vient du Golfe. Dès le 11 décembre 2025, Fortune rapporte qu’environ 24 milliards de dollars viennent de fonds souverains d’Arabie saoudite, du Qatar et d’Abou Dhabi. Selon le dossier public du rachat, ces fonds recevraient des actions sans droit de vote. Le Fonds public d’investissement saoudien, on le connaît : c’est lui qui a fini à 93,4 pourcent propriétaire d’Electronic Arts, raconté dans notre enquête du 28 septembre. Le jeu vidéo hier, le cinéma demain. Muet au conseil, présent au capital.
La troisième, c’est la dette. Forbes compte une émission obligataire d’environ 44 milliards de dollars. Comme pour EA, le principe est le même : une large part du prix finit au passif de la maison achetée.

III · Les gendarmes qui ont dit oui
Le ministère américain de la Justice approuve le 12 juin 2026. La Chine suit le 17 juin. La Commission européenne dit oui le 22 juillet, à une condition : que le groupe sorte d’United International Pictures, la coentreprise de distribution qu’il partage avec Universal. Le Royaume Uni approuve le 6 août. Aucune autorité nationale ne bloque.
Restaient les États. Le 13 juillet 2026, 12 procureurs généraux démocrates, menés par celui de Californie, Rob Bonta, attaquent la fusion au nom du Clayton Act de 1914 : Californie, Arizona, Colorado, Connecticut, Massachusetts, Minnesota, Nevada, New Jersey, Nouveau Mexique, New York, Oregon, Washington. Le lendemain, la Writers Guild of America dépose sa propre plainte. Le 20 juillet, la juge fédérale Araceli Martínez-Olguín gèle l’opération 14 jours. On avait suivi la caution, la WGA et Bonta en août, puis l’audience du 24 septembre.
Fin septembre, la même juge homologue l’accord passé entre les États et les deux groupes. Elle le qualifie de « reasonable factual and legal resolution of the dispute ». Traduction L’Archive : une résolution raisonnable, en fait et en droit, du litige. La coalition Block the Merger, qui réunit notamment Free Press et la Freedom of the Press Foundation, répond que laisser passer la fusion sans remède structurel coûtera des emplois, étouffera la création et affaiblira le journalisme indépendant. Remède structurel veut dire : obliger à vendre quelque chose. Il n’y en a aucun.
IV · Le tarif de la paix
À la place des cessions, il y a des promesses chiffrées, pour 5 ans pour l’essentiel. Les voici, telles que rapportées par Fast Company, Forbes et Variety.
▸ Au moins 30 films sortis en salle par an pendant 2 ans, puis 32 par an pendant 3 ans. Seule la moitié doit être produite ou coproduite par le groupe. L’autre moitié peut être achetée ailleurs.
▸ Une fenêtre de 45 jours en salle pour les sorties larges.
▸ Au moins 300 millions de dollars de dépenses supplémentaires par an dans la production américaine, soit 1,5 milliard sur 5 ans.
▸ 47,5 millions de dollars pour la formation et la reconversion des salariés déplacés, soit 9,5 millions par an.
▸ Interdiction de vendre les terrains des studios Paramount ou Warner Bros. en Californie pendant au moins 5 ans.
▸ Un conseil d’indépendance éditoriale pour CNN et CBS News, à créer dans les 180 jours, avec 5 journalistes de plus de 10 ans d’expérience, nommés pour 3 ans. Le Colorado et Washington ont refusé de signer ce volet.
▸ En cas de manquement, des cessions de secours, dont Miramax.
▸ Et une pénalité : 30 millions de dollars par film manquant au quota.
Prends la calculette. 47,5 millions pour les salariés, rapportés aux 110,9 milliards du rachat, cela fait 0,043 pourcent. La reconversion de ceux qui partiront pèse moins que l’arrondi du prix.
Et regarde la pénalité. 30 millions par film manquant. Ce week end, le film de Warner signé Alejandro G. Iñárritu avec Tom Cruise, Digger, a coûté au moins 125 millions de dollars à produire selon l’AP, sans compter environ 100 millions de promotion, pour 8 millions de recettes en Amérique du Nord à sa sortie. Un film raté coûte plus cher qu’un film manquant. Le quota a un prix d’usine, et ce prix rend le défaut rationnel. Le détail du week end est dans le bref de Nova Sagan sur Digger, et la mécanique des entrées dans le bref Heart of the Beast.




V · Ce que le conseil ne garde pas
Le volet le plus commenté est le conseil d’indépendance éditoriale. 5 journalistes chevronnés pour regarder CNN et CBS News. Il faut lire ce qui n’y est pas. Selon ce qu’en rapporte la presse américaine, il établit des principes et il surveille. Rien, dans ce qui a été publié, ne lui donne le pouvoir d’empêcher un licenciement, une fermeture de bureau ou un changement à la tête de l’information. 2 États sur 12 n’ont pas voulu y mettre leur nom. Quand le Colorado et l’État de Washington refusent de signer la partie qui protège la presse, c’est que la partie qui protège la presse ne les a pas convaincus.
Le plus intéressant, c’est l’ordre des choses. D’abord on rachète. Ensuite on nomme les gardiens. La rédaction de CNN aura 180 jours pour découvrir qui la surveille et au nom de quoi. Dans la presse française, on connaît le film : un milliardaire achète, promet l’indépendance, installe une charte, et la charte tient tant qu’on ne s’en sert pas.
VI · Ce qu’il faut surveiller à partir de mercredi
3 choses, datées, vérifiables par le temps.
▸ Le compte des sorties en salle de 2027. Si le groupe en sort moins de 30, la pénalité tombe. Si elle tombe plusieurs fois, la cession de Miramax devient possible. C’est le premier test.
▸ La fusion de Paramount+ et HBO Max, annoncée le 2 mars 2026. Un service unique veut dire un catalogue unique et un prix unique.
▸ La nomination du conseil d’indépendance avant l’échéance des 180 jours. Les noms diront tout.
Nous, on dépose des dates et on se laisse vérifier : c’est le principe du registre des prophéties. Toute la semaine précédente, y compris l’audience et les annonces, est remise à plat dans la relecture de dimanche. Et la saga Ellison avait déjà sa place dans la relecture du 20 septembre.
À Hollywood, l’antitrust ne casse plus les empires. Il leur envoie une facture, et l’empire choisit de la payer en promesses.
Les calculs, chez nous, se montrent. Si tu veux voir ce que la maison fait d’une date, la tienne, c’est l’Oracle Analyse, et la conversation continue sur l’Oracle z/S.
Le 25 juin, onsemi promettait 7 milliards en actions pour Synaptics au nom de l’IA physique. L’action a perdu environ 23 pourcent. Le 1er octobre, l’accord est révisé : 123 dollars par action en liquide, environ 5,7 milliards.
Au moins 125 millions de budget, environ 100 de promotion, 8 millions en Amérique du Nord selon l’AP. Le film de Warner s’effondre la veille du jour où Paramount avale le studio, pendant que Verity prend la tête et qu’Avengers: Endgame repasse devant Avatar.
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