Chômage à 8,3 % : le ministre explique que sans sa réforme, le chiffre serait meilleur
Plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020. Mais le chiffre qui compte est ailleurs : 21,6 % chez les 15-24 ans, plus 2,5 points en un an. Et la défense du gouvernement consiste à retrancher l’effet de sa propre loi.
Chômage à 8,3 % : le ministre explique que sans sa réforme, le chiffre serait meilleur
L’Insee a publié le 7 août. Huit virgule trois. Plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020. La réponse du ministre du Travail n’a pas été de contester la mesure, mais de proposer de retrancher ce que sa propre politique y a ajouté. C’est là que l’affaire devient intéressante.
Les faits d’abord, tels que l’institut les écrit. Informations Rapides n° 192, parue le vendredi 7 août 2026 : au deuxième trimestre, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail augmente de 0,2 point et atteint 8,3 % de la population active. Sur un an, plus 0,7 point, soit 261 000 chômeurs supplémentaires. En volume, 2,7 millions de personnes, 62 000 de plus qu’au trimestre précédent. Le premier trimestre était à 8,1 %.
La formulation historique de l’Insee mérite d’être citée exactement, parce que la presse l’a souvent arrondie en « depuis l’automne 2020 » : le taux « est à son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020 qui était affecté par la crise sanitaire, et depuis le troisième trimestre 2019 auparavant ». L’institut ajoute, et c’est honnête, qu’il demeure nettement au dessous de son pic de mi-2015, de 2,2 points.
Le chiffre du titre n’est pourtant pas le chiffre du dossier. Chez les 15-24 ans, le taux atteint 21,6 %, en hausse de 0,4 point sur le trimestre et de 2,5 points sur un an. Un jeune actif sur cinq. Les 25-49 ans sont à 7,5 %, au plus haut depuis le premier trimestre 2021 ; les 50 ans et plus à 5,5 %, au plus haut depuis le premier trimestre 2022. Le chômage de longue durée touche 671 000 personnes, 116 000 de plus en un an. Le taux d’emploi des 15-64 ans recule de 0,3 point, à 69,0 %. Et le halo autour du chômage, ces personnes qui souhaitent travailler sans être comptées comme chômeurs, reste à 1,9 million.
Vient la réaction. Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a choisi une défense arithmétique.
L’argument est exact et l’Insee le documente : nous en sommes au sixième trimestre d’application de la loi plein emploi, qui inscrit automatiquement à France Travail les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans. Cette inscription fait entrer dans la statistique des personnes qui y échappaient. L’institut estime que ce mécanisme explique près de la moitié de la hausse cumulée sur six trimestres, soit 1,0 point au total, dont 0,3 point pour les seuls allocataires du RSA. Le ministre ne truque rien. Il décrit un effet réel.
Seulement voilà ce que cet argument admet. Ces personnes existaient avant. Elles cherchaient du travail avant. Elles n’étaient simplement pas comptées. La loi plein emploi a fait exactement ce qu’une politique publique honnête doit faire : elle a rendu visible une population qui ne l’était pas. Et la première utilisation politique de cette visibilité consiste à demander qu’on la soustraie du total. On a allumé la lumière, et on nous explique que la pièce serait plus propre dans le noir.
L’économiste Éric Heyer, de l’OFCE, a tranché plus sèchement auprès de l’AFP le jour de la publication : « tous les chiffres sont mauvais ». Il ajoutait que les bons résultats de 2019 à 2023, obtenus dans une France à croissance faible, étaient « en trompe-l’œil, liés à des aides à l’apprentissage et à des entreprises ». Le ministre, lui, maintient que « les fondamentaux du marché du travail demeurent solides ». Pour la suite, l’Insee prévoyait dans sa note de conjoncture du 17 juin une remontée à 8,4 % en fin d’année. L’OCDE table sur 8,2 %, l’OFCE sur 8,5 %.
Il y a un fil qui relie ce chiffre au reste de la semaine. Le 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré une interdiction faute de preuves. Le 2 août, un règlement européen est entré en application sur un web déjà saturé de sites automatiques. Le 1er septembre, un malus textile s’appliquera pendant que la publicité qu’il vise restera légale seize mois. Et le 7 août, l’État a découvert dans sa statistique l’effet de sa propre réforme. À chaque fois le même geste : la mesure arrive après le réel, et l’on discute du thermomètre.
Vingt et un virgule six pour cent des jeunes actifs. Ce nombre-là ne se corrige par aucune soustraction méthodologique. Il ne dépend pas de qui est inscrit où. Il dit qu’un jeune sur cinq qui cherche un emploi n’en trouve pas, et qu’il en va ainsi deux points et demi plus souvent qu’il y a un an. C’est le seul chiffre du communiqué qui ne se négocie pas.
NOTE DE TRANSPARENCE · les données chiffrées proviennent de l’Informations Rapides n° 192 de l’Insee et de ses tableaux associés ; le volume de chômeurs est arrondi par l’institut à 2,7 millions pour une valeur de 2 677 000. Les propos d’Éric Heyer et de Jean-Pierre Farandou sont issus d’une dépêche AFP du 7 août et d’un entretien franceinfo du même jour ; la citation de M. Farandou sur les 7,9 % est reprise de l’entretien franceinfo. Aucune réaction syndicale directe au chiffre de 8,3 % n’a pu être localisée et vérifiée à la rédaction, ce qui est signalé plutôt que comblé. Les prévisions OCDE et OFCE sont citées d’après la dépêche AFP et n’ont pas été vérifiées dans les publications originales de ces deux institutions.
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