Critique de The Phoenician Scheme : Wes Anderson à la croisée des chemins
En mai 2025, le Festival de Cannes a dévoilé The Phoenician Scheme, le dernier opus de Wes Anderson, un cinéaste dont le style visuel inimitable et les récits excentriques ont redéfini le cinéma d’auteur contemporain.
Sorti aux États-Unis le 30 mai 2025, ce film, coécrit avec Roman Coppola, s’inscrit dans la continuité de l’univers andersonien tout en s’aventurant vers des tonalités plus sombres et cyniques. Comédie noire d’espionnage ancrée dans les années 1950, il explore les intrications de la famille, de la cupidité et de la spiritualité avec une maîtrise esthétique qui, bien que familière, révèle une évolution dans la démarche du réalisateur.
Résumé du film
The Phoenician Scheme nous plonge dans les années 1950, où Anatole "Zsa-zsa" Korda, un industriel richissime campé par Benicio del Toro, désigne sa fille, Sister Liesl, une nonne interprétée par Mia Threapleton, comme héritière de son empire Wikipedia. Ce choix improbable précipite le duo dans un enchevêtrement d’intrigues : tycoons sans scrupules, terroristes étrangers et assassins se croisent dans une toile d’espionnage où la comédie se mêle au drame. Selon IMDb, Korda lance une nouvelle entreprise qui attire les convoitises, transformant une affaire familiale en un jeu de pouvoir international. Ce résumé pose les jalons d’un récit où Anderson revisite ses obsessions : les dynamiques familiales dysfonctionnelles et les microcosmes absurdes.
Style visuel et réalisation
Wes Anderson reste fidèle à son esthétique signature : compositions symétriques, décors méticuleusement agencés et une mise en scène qui évoque autant la peinture que le théâtre. Pourtant, The Phoenician Scheme se distingue par une palette chromatique plus sobre, délaissant les teintes saturées de The Grand Budapest Hotel pour des tons atténués, comme le gris-vert industriel d’un nightclub art déco à Marseille Time. Cette retenue visuelle, loin du kitsch flamboyant des œuvres précédentes, reflète une tonalité plus mélancolique, presque introspective.Les séquences de rêves en noir et blanc, inspirées des gravures de Rockwell Kent, sont un sommet esthétique. Saluées par Time pour leur contraste avec le récit principal, elles amplifient les thèmes sombres du film – la mort, le vide spirituel – tout en offrant une parenthèse onirique saisissante. BBC Culture relève également la persistance des tableaux symétriques et des costumes colorés, mais note une structure épisodique qui, parfois, donne une impression d’improvisation. Ce dialogue artificiel et ces compositions millimétrées, hérités de la Nouvelle Vague, rappellent combien Anderson est un formaliste assumé, même lorsqu’il flirte avec l’abstraction narrative.
Performances et distribution
Le casting de The Phoenician Scheme est un écrin de talents, dominé par Mia Threapleton, dont la performance en Sister Liesl marque les esprits. The Guardian loue sa "force tranquille" et une profondeur émotionnelle qui évoque sa mère, Kate Winslet, tout en affirmant une identité propre. Face à elle, Benicio del Toro incarne Korda avec une autorité magnétique, chaque regard trahissant les failles d’un homme tiraillé entre puissance et regret. Michael Cera, en tuteur maladroit nommé Bjorn Lund, est une révélation. David Ehrlich sur X affirme qu’il est "né pour cet univers", son jeu pince-sans-rire s’intégrant parfaitement à l’absurde andersonien. Le reste de la distribution – Tom Hanks, Scarlett Johansson, Bill Murray (dieu dans une séquence céleste en noir et blanc, selon BBC Culture) – brille par des caméos savoureux, bien que The Guardian regrette leur sous-utilisation, les reléguant parfois à des figures décoratives.
Thèmes et réception
Thématiquement, The Phoenician Scheme s’articule autour d’un conflit entre matérialisme et spiritualité, incarné par l’opposition entre Korda, magnat cynique, et sa fille, nonne désintéressée Time. Paris Match y voit une méditation sur la mort, l’exclusion et les liens familiaux, avec un Korda en quête de rédemption face à une fille qu’il a négligée. Cette critique implicite de la cupidité, teintée de frustration selon Time, semble refléter une lassitude d’Anderson envers un monde obsédé par l’argent. La réception critique est contrastée. Paris Match lui attribue 4/5, le plaçant parmi les meilleurs films du cinéaste, tandis que The Guardian le juge "divertissant mais sans air", critiquant une intrigue absurde et décousue. Sur Rotten Tomatoes, certains déplorent un "manque de centre émotionnel", alors que Letterboxd salue son humour et son esthétique, tout en le trouvant en deçà de The Grand Budapest Hotel. Les réseaux sociaux amplifient cette polarisation : @filmwithyas célèbre son audace, tandis que @NextBestPicture le trouve décevant.
Comparaison avec d’autres œuvres
Dans la galaxie Anderson, The Phoenician Scheme se rapproche de The Royal Tenenbaums par son exploration des blessures familiales, mais s’éloigne de la nostalgie lumineuse de Moonrise Kingdom. Comparé à The Grand Budapest Hotel, il adopte une tonalité plus cynique et une palette visuelle moins exubérante Time. Letterboxd note un déficit d’élan émotionnel face à Asteroid City ou The French Dispatch, mais sa structure épisodique et ses dialogues stylisés évoquent toujours la Nouvelle Vague – un clin d’œil aux racines cinéphiliques d’Anderson, si cher aux Cahiers. Ce film marque une transition : moins une célébration du passé qu’une réflexion désabusée sur le présent.
The Phoenician Scheme est une œuvre complexe, à la croisée des chemins pour Wes Anderson. S’il ne retrouve pas toujours la ferveur émotionnelle de ses sommets, il excelle par son humour noir, ses performances – Mia Threapleton en tête – et une esthétique qui récompense les regards attentifs. Ses décors ciselés et ses thèmes profonds – richesse, famille, vide spirituel – en font un objet fascinant, méritant plusieurs visionnages. Anderson, maître du cinéma contemporain, signe ici un film qui, s’il divise, confirme son statut d’auteur audacieux, oscillant entre héritage et renouveau.
Sources et citations clés :
- Paris Match : Critique de Cannes
- IMDb : Synopsis et détails
- Wikipedia : Intrigue et production
- Time : Analyse thématique
- BBC Culture : Revue stylée
- The Guardian : Focus sur Threapleton
- Letterboxd : Réactions variées
- Rotten Tomatoes : Critiques agrégées
- X, NextBestPicture : Réaction critique
- X, David Ehrlich : Éloge de Cera
- X, filmwithyas : Avis positif