Dominique Rizet : agent secret ou honorable correspondant ?
En février 2025, un billet publié sur le Club de Mediapart, la plateforme participative du média d’investigation, a fait parler de lui avant de disparaître. Intitulé « Dominique Rizet : agent secret ou honorable correspondant ? », il était signé par Emmanuel Glais, "historien du dimanche".
L’article suggérait que Dominique Rizet, célèbre consultant police-justice de BFMTV et ancien animateur de Faites entrer l’accusé, entretiendrait des liens avec les services de renseignement français.
Aujourd’hui, le lien direct vers cet article renvoie à un message clair : « Ce contenu a été dépublié par la rédaction de Mediapart car il ne respecte pas notre Charte de participation. » Certains y voient une censure imposée par des pressions extérieures.

Les accusations portées contre Dominique Rizet
Le billet, daté du 9 février 2025 et toujours consultable via des archives comme Wayback Machine, repose essentiellement sur les déclarations d’un homme d’affaires franco-algérien, Hamid (ou Amid) Richard Siad.
Propriétaire de plusieurs brasseries parisiennes prestigieuses (dont le Fouquet’s à une époque), Siad s’est autoproclamé « honorable correspondant » – un terme désignant, dans le jargon du renseignement, un informateur de haut niveau, non professionnel mais précieux.
Un espion sous couverture à BFM ? https://t.co/KNCODYuq3m
— Crimes de France (@CrimesDeFrance) March 1, 2025
Dans une interview YouTube diffusée en octobre 2024 par le journaliste algérien Abdou Semmar (chaîne comptant des dizaines de milliers d’abonnés), Siad raconte comment il est entré en contact avec les services français dans les années 1990, au plus fort de la « décennie noire » en Algérie. À la 29e minute de la vidéo, il affirme :
« Un ami journaliste, qui est Dominique Rizet, qui est toujours une star de BFM, m’appelle et me dit : “Hamid, j’ai un ami, il devait partir en mission, sa mission a été ratée et tout, sa femme l’a mis dehors : est-ce que tu peux l’héberger ?” Je dis “Y a pas de souci.” […] Il s’avère que cette personne qui s’appelle Patrick Robert travaillait sur l’antiterrorisme ; et la chance que j’ai eue, c’est qu’il travaillait sur l’Algérie ! »
Selon Siad, cet hébergement temporaire l’a conduit à devenir un intermédiaire entre services français (DST à l’époque) et algériens, contribuant à déjouer des attentats.
Il en déduit que Rizet, en lui présentant cet agent, jouait lui-même un rôle d’« honorable correspondant ».
Emmanuel Glais complète ces déclarations par d’autres éléments :
- Le passage de Rizet par le SIRPA (service d’information et de relations publiques des armées) durant son service militaire, structure parfois accusée de proximités avec le renseignement.
- Une révélation jugée maladroite de Rizet en 2015 pendant la prise d’otages de l’Hyper Cacher (il avait indiqué qu’un otage se cachait dans une chambre froide).
- Des liens supposés avec des médias ou syndicats policiers de droite.
L’auteur conclut sur une interrogation : Rizet est-il « Domi 007 » ?
Qui est Hamid Siad, la source principale ?
Hamid Siad a publié en 2024 un livre intitulé De Kabylie à Paris : l’histoire secrète d’un Algérien devenu honorable correspondant.
Il y raconte son ascension, ses contacts avec Emmanuel Macron, Gabriel Attal ou des personnalités algériennes, et son rôle autoproclamé dans la lutte antiterroriste.
Des enquêtes journalistiques (notamment un portrait dans Libération en 2023) confirment son impressionnant réseau : flics, juges, politiques.
Mais ses récits d’espionnage reposent uniquement sur son propre témoignage. Aucune confirmation officielle française ou algérienne n’a jamais validé son statut d’« honorable correspondant ».
Certains observateurs y voient plutôt l’automythification d’un entrepreneur ambitieux.
Et Dominique Rizet ?
Journaliste spécialisé depuis plus de 30 ans, Rizet est une figure incontournable des plateaux police-justice.
Son passage au SIRPA est public et banal pour beaucoup de conscrits de sa génération. Aucune enquête crédible n’a jamais établi de lien avec les services de renseignement.
Contacté par le passé sur d’autres sujets, il n’a jamais commenté ces rumeurs marginales...
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