Le bon CV, le bon sourire, six victimes.
Consultant de 28 ans, condamné à 16 ans de réclusion pour avoir drogué et violé six anciennes compagnes. Sur la respectabilité qui protège les prédateurs. Par Lia Sagan.
L'Archive · Justice
Le bon CV, le bon sourire, six victimes.
Vingt-huit ans, consultant dans un grand cabinet international. Condamné le 26 juin à seize ans de réclusion pour avoir drogué ou étranglé six anciennes compagnes afin de les violer. L'histoire d'un homme que son allure a longtemps protégé.
On se figure le prédateur en marge, inquiétant, repérable. La vérité judiciaire, encore une fois, dit l'inverse. Il avait un poste, un costume, et la confiance de tout le monde.
Le verdict est tombé le 26 juin 2026 devant la cour criminelle du Var. Seize ans de réclusion criminelle pour Fabien Amphoux, 28 ans, consultant dans un grand cabinet de conseil international. L'accusation avait requis vingt ans, la peine maximale ; les juges y ont ajouté dix ans d'interdiction de séjour dans la région. Les faits, eux, courent sur sept années, de 2016 à 2023. Six anciennes compagnes, droguées ou étranglées jusqu'à l'inconscience pour être violées. Ce n'est pas un fait divers. C'est une série, méthodique, menée par quelqu'un que personne, autour de lui, n'aurait soupçonné.
Les faits, sobrement
Arrêtons-nous sur ce dernier point, parce qu'il dit tout. Il a fallu qu'une victime, des mois après, suive un cours universitaire sur le consentement pour mettre un nom sur ce qu'on lui avait fait. Pas par naïveté. Parce que rien, dans le décor, ne ressemblait à l'idée qu'on se fait d'un crime. Un compagnon présentable, une vie rangée, une violence sans témoin et sans bleu visible. La sidération n'est pas une faiblesse des victimes. C'est l'effet recherché par les agresseurs qui choisissent l'arme du sommeil et de la nuit, précisément parce qu'elle ne laisse pas de traces et qu'elle entretient le doute, y compris chez celle qui l'a subie.
Le monstre n'a pas une tête de monstre. C'est, justement, son meilleur déguisement.
Il faut donc redire une chose simple, et la redire sans relâche. La respectabilité n'est pas un alibi. Le diplôme, le poste, le réseau, le sourire du gendre idéal ne disent rien de ce qui se passe une fois la porte fermée. Et chaque fois qu'une affaire comme celle-ci éclate, le même réflexe revient, le fameux « pas lui, c'est impossible, je le connais ». Ce réflexe, aussi sincère soit-il, est exactement la faille dans laquelle ces hommes prospèrent. Six victimes en sept ans, c'est aussi le temps qu'il a fallu pour qu'on cesse, collectivement, de lui accorder le bénéfice du doute.
Alors saluons ce qui doit l'être : le courage de celles qui ont parlé, et la chaîne qui a fini par tenir, de la plainte à la condamnation. La justice est lente, imparfaite, et elle laisse derrière elle des vies abîmées que seize ans de réclusion ne répareront pas. Mais elle a, cette fois, regardé le costume sans se laisser intimider par lui. C'est le minimum. C'est déjà beaucoup.
On nous apprend à craindre l'ombre au coin de la rue. Le danger, le plus souvent, a dîné à notre table.
L'Archive · z/S SYSTEMS
SOURCES
· Cour criminelle du Var, verdict du 26 juin 2026 : 16 ans de réclusion criminelle (20 ans requis), 10 ans d'interdiction de séjour en PACA
· Reprises presse du procès : profil de l'accusé (consultant, 28 ans), faits entre 2016 et 2023, six victimes, chronologie de la plainte (découverte en juin 2021, dépôt en novembre 2022)
· Les éléments d'instruction ne sont pas détaillés ici, par respect pour les victimes
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