François de Combret, l'homme de l'ombre qui a propulsé Bernard Arnault vers l'empire LVMH
Collaborateur de Valéry Giscard d'Estaing et associé de Lazard, François de Combret s'est éteint le 8 octobre à 84 ans. Son rôle dans l'acquisition de Boussac par Bernard Arnault en 1984, ainsi que ses conseils à des leaders africains aux côtés de George Soros, montre un homme trouble. Enquête.
Les puissants disparaissent souvent dans l’ombre, la mort de François Polge de Combret, survenue le 8 octobre 2025 à Londres, passe presque inaperçue. Pourtant, ce banquier d’affaires, figure discrète des coulisses de la finance internationale, n’était pas un anonyme. Ami et collaborateur de George Soros, il est surtout l’homme qui a ouvert à Bernard Arnault les portes de la fortune colossale de LVMH.
Une fortune bâtie sur un coup d’État financier : le rachat à prix d’ami du groupe Boussac, propriétaire de Christian Dior, qui a permis à Arnault d’escroquer l’État français, de licencier des milliers de salariés et de s’emparer d’un joyau du luxe français. Mais au-delà de ces magouilles industrielles, de Combret nourrissait une passion étrange, presque obsessionnelle, pour les petits orphelins roumains – une "aide" humanitaire qui masquait des lobbys d’adoption controversés, flirtant avec les accusations de trafic d’enfants.
Retour sur un parcours qui illustre les liens troubles entre finance, politique et pillage, y compris celui des âmes vulnérables, orchestré par ce requin en costume trois-pièces.
Un banquier au cœur du pouvoir
Né le 12 juillet 1941 à Paris, François de Combret sort major de sa promotion à l’ENA en 1963. Après un passage comme magistrat à la Cour des comptes, il intègre en 1971 le cabinet de Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre de l’Économie. Il suit le futur président à l’Élysée en 1974, devenant conseiller économique puis secrétaire général adjoint jusqu’en 1981. Recruté par la banque Lazard après l’élection de François Mitterrand, il passe trois années à New York (1982-1985), un séjour décisif qui scelle son rôle dans l’ascension d’un certain Bernard Arnault.
De retour à Paris, de Combret devient associé-gérant de Lazard pendant plus de 20 ans (1985-2005), conseillant des géants comme France Télécom, Renault ou Aérospatiale sur leurs privatisations. Il orchestre des fusions majeures : la création d’EADS et de Safran, l’alliance Renault-Nissan, ou encore le rachat de Yves Saint Laurent par PPR. En 2005, lors de la mise en bourse de Lazard, il rejoint UBS puis Crédit Agricole, avant de se recentrer sur des missions plus... personnelles. Sa mort, confirmée par son épouse Mayde Lasteryrie, survient alors qu’une enquête australienne sur des soupçons de corruption chez Rio Tinto – où il était lobbyiste pour le projet minier Simandou en Guinée – traînait encore. Un timing providentiel pour ce vieux renard qui a passé sa vie à esquiver les projecteurs... et les menottes.
Le faiseur de rois : De Combret, Soros et les conseils à Alpha Condé
Mais c’est en Guinée que de Combret révèle ses connexions les plus explosives. Depuis 2011, il conseille personnellement le président Alpha Condé, aux côtés de deux autres poids lourds : George Soros et Tony Blair. Condisciple de Condé à Sciences-Po, de Combret devient une éminence grise, mêlé à des scandales de corruption autour du gisement de fer de Simandou. Des enregistrements audio fuités en 2016 montrent Condé impliqué dans des paiements suspects de Rio Tinto à de Combret, qui touchait des honoraires pour "services rendus". Soros, lui, n’a pas toujours vu d’un bon œil ce partenaire : des analyses internes à Rio Tinto notent que le milliardaire "ne l’aime pas et a tenté de le marginaliser". Pourtant, ces collaborations forcent la main : de Combret et Soros, unis par l’intérêt guinéen (et peut-être plus), incarnent le réseau global des élites qui dictent les destins des nations, en vidant les poches des peuples au passage.
Le coup de Boussac : Comment de Combret a armé Arnault pour piller l’État
C’est à New York, chez Lazard, que de Combret rencontre Bernard Arnault en 1982-1985. À l’époque, le jeune promoteur immobilier flaire l’aubaine : le groupe textile Boussac, propriétaire de Christian Dior, est en faillite. Endetté de 800 millions de francs, il emploie 16 000 salariés et reçoit des subventions massives de l’État français pour survivre. De Combret, avec son réseau giscardien et sa position chez Lazard, introduit Arnault auprès de la banque. Résultat ? En 1984, Arnault rachète Boussac pour un franc symbolique, avec un prêt garanti par l’État de 1,4 milliard de francs.
Le hold-up est magistral. Arnault, armé du soutien de Lazard, licencie 9 000 salariés en deux ans – une saignée sociale justifiée par la "restructuration". Il revend les actifs non essentiels (textile, grande distribution) pour 1,6 milliard de francs, rembourse ses dettes et garde Dior comme trophée. Ce qui était une subvention publique devient une machine à cash privée. Sans de Combret, pas d’introduction chez Lazard ; sans Lazard, pas de financement ; sans ce montage, pas d’empire LVMH, valorisé aujourd’hui à 319 milliards d’euros. Arnault lui-même l’admet : c’est ce deal qui l’a propulsé dans le luxe, transformant un "franc" en dynastie. Et de Combret ? Le marionnettiste qui a tiré les ficelles, riant sous cape pendant que l’État se faisait plumer comme un pigeon.
Les critiques fusent depuis 40 ans. Syndicats et historiens dénoncent une "escroquerie d’État" : l’argent public a financé le redressement, pour que des privés s’enrichissent sur le dos des travailleurs. De Combret, artisan invisible et cupide, a ainsi pavé la voie à l’un des hommes les plus riches du monde, tout en tissant sa toile avec Soros.
Une passion trouble pour les orphelins roumains : Humanitaire ou trafic déguisé ?
Derrière le vernis du banquier philanthrope, François de Combret abritait une fascination singulière pour les petits orphelins roumains, une "amour" qui a rapidement tourné au scandale – et qui sent le cynisme à plein nez. Dès les années 1990, dans le chaos post-Ceausescu, il se lance corps et âme dans la promotion des adoptions internationales depuis la Roumanie, pays submergé par une crise orphanale due aux politiques natalistes du dictateur. Fondateur et propriétaire de l’association SERA (Solidarité Enfants Roumanie Abandonnés), de Combret exerce une pression incessante sur les autorités françaises et européennes pour accélérer les procédures d’adoption. En novembre 1990, il adresse une lettre urgente à l’ambassadeur de France en Roumanie, réclamant la "libération" des dossiers bloqués pour des centaines d’enfants. Trois ans plus tard, en mars 1993, il obtient même une réponse personnelle du président de la Commission européenne, Jacques Delors, qui valide une "opération d’adoption internationale de l’envergure envisagée".
Mais cette ferveur n’était pas gratuite. De Combret plaidait pour que les enfants roumains "circulent librement dans l’UE, comme l’argent, les services et les biens", une vision marchandisée qui a vite attiré les soupçons. SERA, sous sa houlette, est accusée d’activités illégales : faux documents, paiements occultes, et un réseau facilitant le trafic d’enfants vers l’Occident. La whistleblower européenne Roelie Post, ancienne fonctionnaire de la Commission, dénonce publiquement de Combret comme un acteur clé dans la "légalisation du trafic d’enfants", révélant comment son association a contourné les moratoires roumains sur les adoptions internationales dans les années 2000, retardant même l’adhésion de la Roumanie à l’UE. Des milliers d’enfants, arrachés à leurs racines dans des conditions opaques, ont ainsi alimenté un marché sombre – un "humanitaire" qui puait le profit et l’exploitation. Pourquoi cette obsession pour ces "petits orphelins" ? Était-ce une rédemption bidon pour un homme de l’ombre, ou un hobby glauque pour une élite en quête de causes nobles à instrumentaliser ? Les archives roumaines et européennes regorgent de plaintes : SERA n’était pas une ONG innocente, mais un levier pour des adoptions expéditives, souvent frauduleuses. Un dernier coup tordu d’un banquier qui, même dans la charité, ne pouvait s’empêcher de monnayer les vulnérables.
Un legs empoisonné
La disparition de François de Combret, à 84 ans, ferme un chapitre sombre de la finance française. Ami de Soros dans les arcanes guinéens, introducteur décisif pour Arnault, et apôtre zélé des orphelins roumains qu’il "sauvait" à coups de lobbys sulfureux, il symbolise ces banquiers qui, des privatisations aux mines en passant par le trafic d’âmes, pillent au nom du "progrès". On se demande : qui pleure vraiment sa perte ? Les ex-salariés de Boussac jetés à la rue, ou ces enfants roumains dont les vies ont été marchandées sous couvert de charité ? Une chose est sûre : sans lui, le luxe français serait peut-être un peu moins scintillant... et un peu plus juste. Mais les ombres des orphelins qu’il chérissait si étrangement persistent, rappelant que l’humanitaire des puissants cache souvent les pires trafics – et que des types comme de Combret ne changent jamais.
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