Venise ouvre sur Murdoch. Dans le même communiqué, le festival dit « sans scrupule » et le réalisateur dit « insolent ».
Le 2 septembre, la Mostra lève le rideau avec Ink, l’histoire du rachat du Sun par Rupert Murdoch en 1969. La Biennale a publié côte à côte la déclaration d’Alberto Barbera et celle de Danny Boyle. Elles décrivent le même homme et ne portent pas le même jugement.
Venise ouvre sur Murdoch. Dans le même communiqué, le festival dit « sans scrupule » et le réalisateur dit « insolent ».
Le 2 septembre, la Mostra lève le rideau avec Ink, l’histoire du rachat du Sun par Rupert Murdoch en 1969. La Biennale a publié côte à côte la déclaration de son directeur et celle de Danny Boyle. Elles décrivent le même homme, le même journal, la même année. Elles ne portent pas du tout le même jugement. Personne n’a relevé.
Les faits d’abord, ils sont propres. Ink, réalisé par Danny Boyle, écrit par James Graham d’après sa propre pièce, avec Jack O’Connell, Guy Pearce et Claire Foy, ouvre la 83e Mostra de Venise en première mondiale et en compétition, le mercredi 2 septembre 2026, en Sala Grande au Palazzo del Cinema (La Biennale di Venezia). O’Connell joue Larry Lamb, rédacteur en chef du Sun. Pearce joue Murdoch. Foy joue Jules Davies. Le festival, dirigé par Alberto Barbera, se tient du 2 au 12 septembre.
Maintenant, lisez les deux déclarations dans l’ordre où la Biennale les a mises en ligne. Barbera présente le film et qualifie son personnage central.
Quelques lignes plus haut dans le même document, Boyle décrit exactement la même opération.
Le directeur du festival dit : un homme sans scrupule a pris un journal et écrasé son concurrent. Le réalisateur dit : deux hommes ont inventé quelque chose d’effronté et d’audacieux qui a défié l’establishment et refait le monde moderne. Ce n’est pas une nuance de traduction. C’est un désaccord frontal sur ce qu’il faut penser de l’objet, publié par la même institution, le même jour, sur la même page. Un festival qui ouvre sur une œuvre en s’autorisant deux verdicts contradictoires, c’est rare, et c’est plus intéressant que la moitié de la sélection.
Boyle, lui, sait très bien ce qu’il fait avec sa liste. Il place le lancement du Sun avant Fox News, avant le clickbait, avant Truth Social, des décennies avant Twitter, Facebook, Google et OnlyFans. Autrement dit, il ne raconte pas un épisode de l’histoire de la presse britannique, il raconte le brevet d’origine de toute l’économie de l’attention. Le premier prototype de ce que nous appelons aujourd’hui l’algorithme : donner aux gens ce qu’ils veulent, et appeler ça de l’information. Il ajoute, et c’est la phrase la plus chargée de la déclaration, que 1969 fut l’année où l’on a marché sur la Lune, et que le journal a bien plus changé le monde.
Reste la partie que personne n’a mise bout à bout, et qui est la plus drôle. Ink est intégralement financé par StudioCanal, qui le sortira en salles en Italie, au Royaume Uni, en France, en Allemagne, en Pologne, au Benelux, en Australie et en Nouvelle Zélande. En Italie, c’est Lucky Red qui distribue. Et pour les États Unis et l’Amérique latine, ce sont les droits qu’a rachetés Netflix (Variety, Deadline).
Faites le compte. Un film sur l’homme qui a inventé le tabloïd moderne, puis Fox News, puis une part considérable du régime informationnel américain, sortira en salles obscures partout en Europe, et arrivera aux États Unis par la plateforme. Le pays qui a le plus vécu sous l’empire Murdoch est celui où le film sur Murdoch ne passera pas par le cinéma. La chose reste la même partout. C’est l’étiquette qui change à la frontière : ici un film, là bas du contenu.
Il faudra donc attendre le 2 septembre pour savoir lequel des deux communiqués le film donne raison. Notre pari, à la lecture de la note de Boyle, c’est qu’il ne tranchera pas, et que c’est précisément le sujet. Larry Lamb et Rupert Murdoch n’ont pas menti au public. Ils lui ont donné exactement ce qu’il demandait, et ils l’ont étiqueté journal. Cinquante sept ans plus tard, on fait pareil et on appelle ça un fil d’actualité.
▸ La Biennale di Venezia, « Danny Boyle’s Ink is the Opening Film of the Biennale Cinema 2026 », publié le 16 juillet 2026, mis à jour le 10 août 2026
▸ Variety, « Danny Boyle’s ‘Ink’ to Open Venice Film Festival »
▸ Variety, « Netflix Buys Danny Boyle’s Rupert Murdoch Movie and Venice Opener ‘Ink’ »
▸ Deadline, « Danny Boyle’s ‘Ink’ To Open Venice Film Festival »
▸ The Hollywood Reporter, « Ink: Danny Boyle’s Rupert Murdoch Film Gets Netflix Theatrical Release »
▸ La Biennale di Venezia, sélection officielle 2026
NOTE DE TRANSPARENCE
Les deux citations en bloc sont des verbatims anglais lus intégralement sur le communiqué officiel de La Biennale di Venezia, ponctuation et majuscules conservées telles quelles ; la traduction française de la phrase de Barbera est de la rédaction et signalée comme telle. Les territoires de distribution StudioCanal et le distributeur italien Lucky Red figurent dans ce même communiqué. Le rachat par Netflix des droits États Unis et Amérique latine provient de Variety et de The Hollywood Reporter, dont les pages n’ont pas pu être ouvertes directement, seulement lues via leurs résultats de recherche indexés : la nature exacte de la sortie américaine, plateforme seule ou sortie en salles limitée puis plateforme, n’est donc pas établie ici avec certitude et le brief s’en tient à ce point. La phrase du dernier paragraphe sur ce que le film montrera est une hypothèse de lecture explicitement présentée comme telle, le film n’ayant pas encore été projeté.
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