Le chômage a battu un record le 7 août. Dans la même publication, l’Insee a changé le périmètre de ce qu’il compte.
Les reprises ont retenu 8,3 pourcent, 2,7 millions, plus haut niveau depuis 2020. Les Informations rapides n° 192 contiennent deux autres chiffres que l’institut publie noir sur blanc et que personne n’a mis en titre.
Le chômage a battu un record le 7 août. Dans la même publication, l’Insee a changé le périmètre de ce qu’il compte, et a écrit lui même que la moitié de la hausse venait d’un guichet d’inscription.
Commençons par ce qui n’est pas contesté. Le 7 août 2026, l’Insee a publié les Informations rapides n° 192. Au deuxième trimestre 2026, le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail augmente de 62 000 sur le trimestre, à 2,7 millions de personnes. Le taux atteint 8,3 pourcent de la population active, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an, soit 261 000 chômeurs de plus qu’au deuxième trimestre 2025. C’est le plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020, et le sixième trimestre consécutif de hausse. L’institut ajoute une donnée que peu de reprises ont conservée : le taux reste inférieur de 2,2 points à son pic de mi 2015.
La répartition par âge est nette et ne souffre aucune lecture optimiste. Les 15 à 24 ans sont à 21,6 pourcent, en hausse de 0,4 point sur le trimestre et de 2,5 points sur un an. Les 25 à 49 ans sont à 7,5 pourcent, leur plus haut depuis le premier trimestre 2021. Les 50 ans et plus sont à 5,5 pourcent, leur plus haut depuis le premier trimestre 2022. Le taux de chômage des femmes progresse de 0,4 point à 8,2 pourcent quand celui des hommes reste stable à 8,5 pourcent.
Venons en au premier élément que l’institut écrit et que personne ne titre. Le deuxième trimestre 2026 est le sixième trimestre de mise en œuvre de la loi pour le plein emploi, entrée en application en janvier 2025. Cette loi inscrit automatiquement sur les listes de demandeurs d’emploi les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans suivis par les missions locales. Et l’Insee consacre à ce point deux sections entières de sa publication, dont l’une porte en titre le résultat.
En additionnant les deux publics visés par la loi, l’institut écrit que « les bénéficiaires du RSA et des jeunes de 15 à 29 ans inscrits à France Travail contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage » sur les six trimestres cumulés. Le ministère du Travail ne le conteste pas, il le revendique même comme un effet paradoxal de la réforme. Soyons précis sur ce que cela veut dire et sur ce que cela ne veut pas dire. Cela ne veut pas dire que le chômage est une illusion comptable. Cela veut dire qu’une partie substantielle de la hausse enregistrée correspond à des personnes qui étaient déjà sans emploi et qui sont désormais comptées comme telles.
Il existe une manière simple de vérifier laquelle des deux lectures tient, et l’Insee la fournit dans la même publication. C’est le halo autour du chômage, qui regroupe les personnes souhaitant travailler sans satisfaire à tous les critères du BIT. Si l’inscription automatique avait fait entrer des gens dans l’emploi, le halo baisserait. Si elle avait simplement requalifié des inactifs en chômeurs officiels, le halo baisserait aussi, mécaniquement, par transfert. Or le halo est stable à 1,9 million, en hausse de 6 000 sur le trimestre. Le dispositif n’a donc pas vidé la réserve. Il a ajouté une file d’attente à côté d’une file d’attente qui n’a pas bougé.
Deuxième élément absent des reprises, et celui là est d’une autre nature. Cette publication est la première à porter sur le champ « France » et non plus « France hors Mayotte ». L’Insee l’écrit dans un avertissement placé en tête de page : la collecte de l’enquête Emploi couvre Mayotte depuis 2024, les séries ont été rétropolées sur le champ étendu pour rester comparables, et l’effet est chiffré. Au deuxième trimestre 2026, l’intégration de Mayotte rehausse le taux de chômage de 0,06 point et abaisse le taux d’emploi des 15 à 64 ans de 0,17 point.
Il faut dire les choses dans le bon ordre, parce que la mauvaise foi serait facile ici. Ce changement de champ ne fabrique pas le record : l’institut précise que les évolutions trimestrielles arrondies sont identiques sur les deux champs, plus 0,2 point de chômage et moins 0,3 point d’emploi. L’Insee ne dissimule rien, il documente, et c’est exactement ce qu’un institut de statistique doit faire. Le fait remarquable n’est pas là. Il est que la publication qui annonce le plus haut niveau depuis 2020 est aussi celle qui redéfinit le territoire mesuré, et que pas une reprise consultée n’a jugé utile de le mentionner. Le titre a circulé. L’avertissement est resté sur la page.
Il existe enfin une troisième mesure du chômage en France, et elle ne donne pas le même nombre. Les demandeurs d’emploi sans aucune activité inscrits en catégorie A à France Travail seraient 3,323 millions au deuxième trimestre 2026, en hausse de 0,8 pourcent. Six cent mille de plus que le compte de l’Insee. Les deux ne mesurent pas la même chose, l’un compte des inscrits administratifs, l’autre applique une définition internationale fondée sur la recherche active et la disponibilité. Aucun des deux ne ment. C’est le pays qui dispose de plusieurs chiffres officiels de son propre chômage, publiés à quelques jours d’intervalle, et qui choisit selon la phrase à écrire.
Le mot à retenir est « dynamique ». Il désigne ici six trimestres consécutifs de hausse, un objectif présidentiel de plein emploi à 5 pourcent pour 2027 qui supposerait de sortir environ 1,1 million de personnes du chômage en moins de dix huit mois, et une enquête Besoins en main d’œuvre publiée fin avril par France Travail qui anticipe des intentions de recrutement en baisse de 6,5 pourcent par rapport à 2025. Prochaine publication le 10 novembre 2026. D’ici là, le chiffre restera 8,3 pourcent, et la note de bas de page restera une note de bas de page.
NOTE DE TRANSPARENCE. La publication primaire de l’Insee a été ouverte et lue, avertissement de champ, texte des sections et série trimestrielle complète compris. Les intitulés de sections consacrées au suivi de la loi pour le plein emploi ont été lus dans le sommaire de la publication ; le corps détaillé de ces deux sections n’a pas été lu intégralement, et la citation en bloc est un intitulé de section, ce qui est signalé dans son attribution. Le chiffre de 3,323 millions d’inscrits en catégorie A provient d’un article de CNews daté du 28 juillet 2026 qui n’a pas pu être ouvert, seulement lu par son résultat de recherche indexé : il est donné comme un ordre de grandeur non recoupé, et le lecteur est invité à le traiter comme tel. La citation de Jean-Pierre Farandou est identique dans deux publications du même groupe éditorial, ce qui ne constitue pas un double sourçage indépendant, et sa source primaire n’a pas été retrouvée. Le visuel de une n’est pas une photographie : aucune image de presse de cette publication statistique n’existe, et les reprises consultées illustrent le sujet par des images de banque, ce que la charte interdit. La couverture a donc été composée typographiquement.
Insee · Informations rapides n° 192 · Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage augmente de 0,2 point et atteint 8,3 pourcent · 7 août 2026
Insee · version imprimable de la publication n° 192 (pdf)
PolitiqueMatin · Chômage à 8,3 pourcent, le gouvernement ne parvient pas à inverser la tendance · 7 août 2026
Economie Matin · Le chômage au plus haut depuis 2020 en France · 7 août 2026
Journal du Net · Sixième hausse consécutive · 7 août 2026
CNews · Demandeurs d’emploi de catégorie A au deuxième trimestre 2026 · 28 juillet 2026 (page non ouverte)
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