Celle qui marche sur la cendre
Vingt lycéens, une professeure de latin au bord de la rupture, un volcan qui a déjà tout arrêté une fois. « La Gradiva » de Marine Atlan a raflé le Grand Prix de la Semaine de la Critique le 20 mai. Il sort le 21 octobre. Voici pourquoi il faut y aller, pourquoi son titre est presque
Cinéma · Critique enthousiaste et argumentée
Celle qui marche sur la cendre
Vingt lycéens, une professeure de latin au bord de la rupture, un volcan qui a déjà tout arrêté une fois. « La Gradiva » de Marine Atlan a raflé le Grand Prix de la Semaine de la Critique le 20 mai. Il sort le 21 octobre. Voici pourquoi il faut y aller, pourquoi son titre est presque toujours mal orthographié, et pourquoi cette faute dit exactement de quoi parle le film.
Nova Sagan · zoesagan.com · 22 août 2026 · 16 minutes de lecture
Mouvement 1Un titre que personne n’arrive à écrire
Commençons par l’erreur, puisqu’elle est partout. Le film s’appelle « La Gradiva ». Pas « La Gravida ». Et pourtant.
IONCINEMA a publié le 10 juin un entretien vidéo avec la réalisatrice : le titre de la page et l’adresse du lien disent La Gravida, le corps de l’article dit La Gradiva. Culturopoing a mis en ligne le 18 mai une très belle critique signée Noëlle Gires : même écart, même page. Dans l’entretien fleuve accordé par Marine Atlan à TROISCOULEURS, une légende de photo glisse toute seule vers « La Gravida de Marine Atlan ». Et Peter Bradshaw lui même, dans une critique du Guardian par ailleurs impeccable, écrit que Suzanne apparaît en rêve « as the Gravida in Pompeii ».
Ce n’est même pas nouveau : UbuWeb héberge depuis des années la fiche d’un court métrage de Raymonde Carasco de 1978, Gradiva Sketch 1, à une adresse qui porte elle aussi le mot gravida. La faute a cinquante ans d’avance sur le film.
Pourquoi la main dérape ? Parce que gravida existe en latin et veut dire enceinte, chargée, lourde ; le mot est dans le dictionnaire mental de tout le monde. Gradiva, non. C’est un néologisme forgé en 1903 par un romancier allemand oublié, Wilhelm Jensen, féminisé à partir de Mars Gradivus, le dieu de la guerre qui s’avance. Gradiva, c’est celle qui marche.
La langue tire donc le titre vers la lourdeur, vers le ventre plein, vers ce qui reste sur place, quand le mot dit exactement l’inverse : le pas, l’enjambée, le mouvement suspendu. Pour un film sur des adolescents coincés entre le désir qui pousse et une ville qui n’a plus bougé depuis l’an 79, on n’aurait pas pu rêver plus bel accident de langue. Je tranche, et je m’y tiens : La Gradiva.
Mouvement 2Le bas relief du Vatican a une très longue descendance
Cette généalogie est la colonne vertébrale du film, et presque personne ne l’a déroulée. Au commencement, un fragment de marbre : un relief néo attique romain, copie probable d’un original grec du IVe siècle avant notre ère, où trois figures féminines avancent. Le morceau où l’une d’elles lève le pied arrière presque à la verticale est au Musée Chiaramonti, au Vatican ; le reste est aux Offices, à Florence. La femme qui marche est un corps découpé, dispersé entre deux musées.
En 1903, Jensen invente autour de ce pied une nouvelle : l’archéologue Norbert Hanold tombe amoureux du relief, baptise la figure Gradiva, décide qu’elle était pompéienne et part la chercher dans les ruines. Ce qu’il y retrouve n’est pas une morte de l’an 79 mais son amour d’enfance, refoulé et bien vivant.
Wilhelm Stekel signale le livre à Sigmund Freud, qui le dévore et publie en 1907 Le Délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen, sa première analyse d’un texte littéraire. La même année, il voit l’original au Vatican et commande un moulage, daté de 1908, que le Freud Museum de Londres conserve encore. Freud a vécu quarante ans avec une femme de plâtre qui marche vers la sortie.
Ce que Freud tire du livre est décisif : il fait de Pompéi une figure de l’inconscient. Une ville qui n’a pas été détruite mais conservée par sa propre catastrophe. Enfouie, intacte, exhumable. Le refoulé n’est pas ce qui a disparu, c’est ce qui attend sous la cendre, dans l’état exact où on l’a laissé, et qui remonte au premier coup de pioche. Marine Atlan le reprend presque mot pour mot :
Je l’ai découvert par Freud, qui a étudié cette nouvelle pour travailler l’interprétation des rêves. Pompéi devient pour lui un territoire propice à figurer l’inconscient.
Marine Atlan, Semaine de la Critique, 16 mai 2026
Après Freud, la meute. Dalí surnomme Gala « Gradiva » et la peint trois fois en 1931. Masson signe sa Gradiva écorchée en 1939. En 1937, Breton ouvre rue de Seine une galerie du même nom, dont Duchamp dessine la façade : la porte a la forme découpée d’un homme et d’une femme enlacés. On entrait chez Breton en traversant un couple.
Puis le cinéma s’en empare. Giorgio Albertazzi, l’acteur de L’Année dernière à Marienbad, tourne une Gradiva en 1970 avec Laura Antonelli. Raymonde Carasco filme son Gradiva Sketch 1 en 1978, image de Bruno Nuytten. Et Alain Robbe-Grillet, qui avait écrit Marienbad, boucle la boucle en 2006 avec son dernier film, C’est Gradiva qui vous appelle, où un historien de l’art poursuit dans Marrakech une blonde en voiles qui n’existe peut être pas. Michel Leiris et Jean Jamin, eux, en avaient fait dès 1986 le nom d’une revue d’anthropologie, Gradhiva, publiée aujourd’hui par le musée du quai Branly.
Cent vingt trois ans, Freud, les surréalistes au grand complet, une galerie, une revue savante, quatre films. Marine Atlan est la première à faire porter ce nom à une classe de terminale d’un lycée de Montrouge. Geste énorme, et parfaitement discret.
Mouvement 3La chef opératrice passe de l’autre côté, et elle emmène toute une génération avec elle
Voici la donnée que la presse généraliste a traitée comme une ligne de biographie et qui est la clé du film. Marine Atlan, née en 1989 ou 1990, formée à La Fémis, est depuis dix ans l’une des directrices de la photographie les plus demandées du jeune cinéma d’auteur français : Jessica Forever (2018) pour Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Les Démons de Dorothy puis Les Reines du drame pour Alexis Langlois, Foudre pour la Suissesse Carmen Jaquier, Nos cérémonies pour Simon Rieth, Le Ravissement pour Iris Kaltenbäck, L’Engloutie pour Louise Hémon, qui lui vaut en février 2026 une nomination au César de la meilleure photographie et une autre aux Prix Lumière.
Demandez vous ce que cette liste a en commun. Des bandes de garçons mutants dans des villas vides. Des adolescentes dans un alpage valaisan en 1900. Des drag queens et un opéra pop. Deux frères et une maison au bord de la falaise. Une institutrice et une montagne qui gèle. Aucun de ces films ne se passe dans un appartement où des adultes se parlent. Aucun. Marine Atlan a été, pendant dix ans, l’œil d’un cinéma français qui sort.
Passée à la réalisation, elle ne lâche pas l’image : elle cosigne la photographie du film avec Pierre Mazoyer, sa collaboratrice de longue date, celle qui a étalonné tous ses films. Deux cheffes opératrices sur un plateau, plusieurs caméras, plusieurs supports. Références annoncées à Cineuropa : « realist baroque or even Quattrocento paintings » (baroque réaliste, voire peinture du Quattrocento). À TROISCOULEURS, elle réclame « une image organique, sensuelle », des couleurs qui « réconfortent » et « réchauffent » un film par ailleurs lourd et triste. Réunions couleurs avec la cheffe déco Anna Le Mouël et le chef costumier Francisco Terra : on a même débattu de la couleur des barques.
Premier montage
4 heures
L’ours monté par Guillaume Lillo durait quatre heures. Le film sorti en fait 2 h 25, soit 145 minutes, ce qui reste rarissime pour un récit d’adolescence. Atlan a refusé de descendre plus bas : « j’ai senti que le film perdrait de sa force s’il était trop raccourci, s’il devenait trop dense, trop resserré ». (Source : TROISCOULEURS, 17 mai 2026.)
Mouvement 4Pompéi n’est pas un décor, c’est un argument
Le synopsis officiel du film nomme les moulages dès sa deuxième ligne : « les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve ». Or ces corps ne sont pas des corps. Ce sont des vides. En 1863, l’archéologue Giuseppe Fiorelli comprend que les cavités trouvées dans la cendre durcie sont l’empreinte exacte de chairs décomposées à l’intérieur. Il coule du plâtre dedans. Ce qui sort n’est pas une momie : c’est le moulage de l’absence, la forme précise du trou laissé par quelqu’un.
Premier moulage de Fiorelli
1863
Un peu plus de cent moulages réalisés depuis, selon le Parc archéologique de Pompéi, pour plus de mille victimes exhumées. Chaque moulage est le remplissage d’un vide : la statue de ce qui n’est plus là.
Mettez maintenant vingt lycéens de terminale, à quelques semaines du bac et en pleine attente Parcoursup, dans une ville qui est un catalogue de moulages du néant. Vous avez le dispositif. Atlan le formule avec une netteté de chef op :
Quand je suis allée à Pompéi, j’ai senti la portée poétique de ce territoire qui entretient un rapport très concret à la mort, ce qui produit évidemment et paradoxalement une vitalité très forte.
Marine Atlan, entretien avec Marilou Duponchel, Semaine de la Critique, 16 mai 2026
Sur Naples, « une ville de strates, là-bas toutes les époques sont visibles », elle assume une position rare pour une cinéaste française qui part tourner en Italie : celle de l’étrangère qui ne sait pas. « J’ai choisi une méthode documentaire qui résonne avec l’histoire de Toni, le personnage principal : observer pour tenter de comprendre ce que l’exil fait perdre. » Son père est né en Tunisie, pays où elle n’est jamais allée, elle l’a raconté à TROISCOULEURS, et le film est dédié « à toutes celles et ceux qui viennent d’ailleurs ». Ce n’est pas du tourisme. C’est une méthode, et la méthode est le sujet.
Mouvement 5Ce que disent les trois plans qu’on peut voir
La mise au point qui s’impose. Je n’ai pas vu « La Gradiva ». Il a été montré à Cannes le 16 mai, il passe cet automne à Toronto et à New York, il sort ici le 21 octobre. J’écris depuis le corpus critique, quatre entretiens de la réalisatrice et les images officielles. Je ne vais donc pas vous raconter des plans que je n’ai pas vus. Je vais lire ceux qui sont publics.
Regardez la première trente secondes. Un gamin en jogging bleu électrique, seul dans une salle du Musée archéologique de Naples, à côté d’une statue drapée dont on ne verra jamais la tête. L’échelle est brutale et parfaitement calme. Personne ne surjoue l’écrasement : un corps vivant, mal habillé, mal assuré, et un corps de marbre de deux mille ans qui tient debout. Plan fixe, aucun effet. C’est de la mise en scène de chef opératrice : on place, on attend, on laisse la différence de taille travailler.
Et regardez ce que la statue fait de ses plis. Elle marche. Le drapé descend en diagonale, la jambe arrière est engagée : c’est la posture exacte de la Gradiva du Vatican. Le film pose son titre dans le décor sans jamais le dire.
La deuxième image dit la vitesse, la troisième dit le groupe. Écrasement par le passé, dépense physique, microsociété : trois plans, et tout le film que décrivent les critiques.
Ce que la critique a vu, elle
Peter Bradshaw a mis cinq étoiles dans The Guardian le 16 mai. Son ouverture vaut mieux que le mot « stunning » que tout le monde a repris du titre.
Here is cinematographer turned director Marine Atlan’s beautiful debut film about young love, superbly acted and directed. It is a reminder of how fundamentally dishonest and pseudosophisticated it is to laugh dismissively at the emotional dramas of our teen years […]. In fact, those long-repressed moments of euphoria and humiliation, so dangerous and potentially explosive, will guide us for the rest of our lives, whether or not we acknowledge it.
(Voici le beau premier film de Marine Atlan, chef opératrice devenue réalisatrice, sur l’amour adolescent, superbement interprété et mis en scène. Il rappelle à quel point il est foncièrement malhonnête et faussement raffiné de rire avec dédain des drames affectifs de nos années lycée […]. En vérité, ces instants d’euphorie et d’humiliation longtemps refoulés, si dangereux et si explosifs, nous guideront tout le reste de notre vie, que nous le reconnaissions ou non.)
Peter Bradshaw, The Guardian, 16 mai 2026
Il décrit deux scènes qui donnent la mesure. Le tableau d’ouverture, dans le train : Toni (Colas Quignard) regarde par la porte entrouverte d’une couchette son ami James (Mitia Capellier-Audat) et Angela (Hadya Fofana), qui viennent de coucher ensemble, pendant qu’au bout du couloir Suzanne (Suzanne Gerin) le regarde regarder. Trois étages de voyeurisme empilés dans un wagon. Et la scène du car : le chauffeur italien demande à Madame Mercier, la professeure de latin jouée par Antonia Buresi, si elle est « toute seule ». Elle entend la question sur sa vie, part dans un monologue sur l’absence de conjoint et d’enfants, puis comprend qu’il demandait juste si une collègue l’accompagnait. « Funny and heartbreaking », écrit Bradshaw. C’est le genre de scène qu’on n’invente pas sans avoir écouté des vrais gens.
Côté français, Laura Pertuy écrit dans TROISCOULEURS que l’action, « contenue en quelques jours seulement », a « pourtant l’ampleur d’un péplum », et que le film convoque « un vibrant panthéon du cinéma mélodramatique, en citant ses idoles (Douglas Sirk, Guy Gilles…) sans les vénérer ». Noëlle Gires, dans Culturopoing, décrit une « ronde ininterrompue de paroles, de regards et de désirs » où « rien n’est jamais figé : les corps virevoltent, les rôles s’échangent, les rapports de force se déplacent ». Cinématraque retient la séquence Parcoursup, « parce qu’elle expose l’entière cruauté de cette manière de faire », et le fait que la classe chante « Kongolese sous BBL ». Un film qui met Rimbaud, Sirk et Gazo dans le même sac sans faire semblant, ça mérite un billet.
Rotten Tomatoes, au 22 août 2026
100 %
Seize critiques recensées, aucune négative. Metacritic affiche 98 sur 100 pour huit critiques. Sur un premier long métrage de deux heures vingt cinq, joué presque entièrement par des acteurs non professionnels, c’est une anomalie statistique.
Mouvement 6La thèse, et son démenti honnête
Voici ma thèse, et je la nomme pour qu’on puisse me la reprocher.
Thèse
Le cinéma français de 2026 va mieux chaque fois qu’il cesse de filmer des adultes qui parlent dans des appartements. Pas parce que l’appartement serait laid. Parce que l’appartement est devenu, chez nous, le décor par défaut d’un cinéma qui n’a plus rien à opposer à ses personnages. Un film a besoin d’un dehors qui résiste. Une montagne, une ville qu’on ne comprend pas, un volcan, une classe de vingt gamins qui ne vous obéiront pas.
« La Gradiva » est le cas d’école : le dehors y est triple et il gagne à chaque fois. Naples, que la cinéaste avoue ne pas savoir filmer et qu’elle décide donc d’observer. Pompéi, deux mille ans d’avance sur les personnages. Et la troupe, vingt acteurs sans expérience, préparés par un long casting, des répétitions, un coordinateur d’intimité et une clown, et pour lesquels elle a réécrit le scénario. On ne dirige pas vingt adolescents. On négocie avec eux. Ça se voit.
Maintenant les contre exemples, parce qu’une thèse qui les escamote ne vaut rien. Le César du meilleur film 2026 est allé en février à L’Attachement de Carine Tardieu, film de chambres, de cuisines et de conversations. Celui du meilleur premier film à Nino de Pauline Loquès, où Théodore Pellerin traverse Paris trois jours durant en parlant à des gens. Et Marine Atlan elle même, sommée de citer trois films justes sur l’adolescence, répond Les Roseaux sauvages de Téchiné, À nos amours de Pialat et La Vie ne me fait pas peur de Noémie Lvovsky. Pialat, c’est l’appartement. C’est même la table de la salle à manger comme champ de bataille.
Je corrige donc, et la correction durcit la thèse. Ce qui tue le cinéma français, ce n’est pas le mur porteur, c’est l’absence d’altérité. Pialat filme un appartement où quelque chose de plus grand que les personnages est en train de les broyer. Le film médiocre filme des gens qui ont déjà raison, dans un lieu qui leur appartient, et qui se le disent pendant quatre vingt dix minutes. Le décor n’est pas le problème : le problème, c’est de n’avoir rien en face. Ce que « La Gradiva » fait de neuf, c’est qu’il ne choisit pas. Chambre de filles et cratère du Vésuve dans le même film, sur la même échelle de valeur.
Mouvement 7Les réserves, tenues, parce qu’une critique qui aime doit les tenir
Le consensus est tel qu’il faut aller chercher les objections. Elles sont chez Gérard Crespo, dans aVoir aLire, le 17 mai. Il aime le film, il le dit, et il ne s’interdit pas deux coups de griffe.
Tout d’abord, la narration a du mal à se mettre en route, comme l’atteste la première séquence dans le train, interminable, que ne valorisent pas un éclairage incertain et la diction inaudible de certains interprètes.
Gérard Crespo, aVoir aLire, 17 mai 2026
La seconde réserve est plus intéressante : Crespo trouve que « le regard sociologique ne convainc pas toujours et manque de crédibilité », et se demande comment des adolescents dont le comportement évoque parfois les collégiens d’Entre les murs ont pu intégrer une section de latinistes. Réponse possible : le latin en terminale n’est plus depuis longtemps un marqueur de reproduction bourgeoise, et Madame Mercier a monté ce voyage précisément parce que la plupart de ses élèves n’étaient jamais sortis de France. Mais l’objection tient, et c’est très bien. Un film unanime est un film dont on n’a pas encore fini de parler.
Un avertissement, ensuite, qui n’est pas une réserve. « La Gradiva » n’est pas un teen movie estival : le film bascule du réalisme documentaire vers le mélodrame, puis vers une tragédie que je ne raconterai pas ici. Il touche frontalement au mal être adolescent et au suicide des jeunes. Ceux que le sujet atteint devraient le savoir avant d’acheter leur billet. En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable à toute heure.
Mouvement 821 octobre, pas 4 novembre
Exercice de vérification, puisque c’est notre métier. Le 20 mai, franceinfo annonçait une sortie « mercredi 4 novembre ». Le 16 mai, TROISCOULEURS écrivait en pied de critique : « en salle le 4 novembre 2026 ». Ces deux dates traînent encore partout sur le web francophone.
Or l’Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai, qui soutient le film et fait fabriquer un document quatre pages à commander avant le 4 octobre, indique une sortie au 21 octobre 2026. AlloCiné dit 21 octobre. aVoir aLire dit 21 octobre. La date a été avancée de deux semaines quelque part entre mai et août, sans communiqué visible, et personne n’a corrigé les archives. Notez celle là.
Situons le prix, tant qu’on y est. La Semaine de la Critique, organisée par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma, ne sélectionne que des premiers et deuxièmes longs métrages : sept films en compétition cette année, un jury présidé par Payal Kapadia, dont All We Imagine as Light avait pris le Grand Prix du festival deux ans plus tôt. Le détail compte : c’est une cinéaste du collectif, de la ville moite et des corps en groupe qui a couronné un film de collectif, de ville moite et de corps en groupe. Le reste du palmarès est allé à Aina Clotet pour Viva, à Zou Jing, à Blerta Basholli et Nicole Borgeat pour Dua, et aux courts métrages de Romain F. Dubois et Berthold Wahjudi.
Reste le soutien qui compte vraiment. L’AFCAE recommande le film en Inédit, et la recommandation est signée par une exploitante, Laëtitia Scherier, des Lobis à Blois, qui écrit qu’il est « de ces films qui embarquent et font rejaillir en nous des sentiments bruts et puissants » et que « la durée du film permet de vivre avec eux ». Quelqu’un va devoir remplir une salle, un mardi soir à Blois, avec deux heures vingt cinq de latin, de Vésuve et d’adolescents qui pleurent. Cette personne a décidé que ça valait le coup.
La fiche, vérifiée, sources cliquables
- Titre : La Gradiva (France · Italie, 2026), 145 minutes, français et italien. Réalisation et scénario : Marine Atlan, avec Anne Brouillet au scénario.
- Image : Pierre Mazoyer et Marine Atlan. Montage : Guillaume Lillo. Son : Paul Guilloteau. Décors : Anna Le Mouël. L’entretien intégral de la réalisatrice.
- Avec : Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Gerin, Mitia Capellier-Audat, Rouge Isaac, Hadya Fofana et un ensemble d’une vingtaine d’interprètes.
- Production : Inès Daïen Dasi, Les Films du Poisson, avec Arte France Cinéma et Bibi Film (Angelo Barbagallo). Lauréat du Prix à la Création 2024 de la Fondation Gan.
- Ventes internationales : MK2 Films. France : Tandem, le 21 octobre 2026. Amérique du Nord : 1-2 Special, le 18 décembre 2026.
- Tournage : Naples, Musée archéologique national, Torre del Greco et Pompéi, à partir du 7 avril 2025. Les scènes de train ont été tournées à Clermont-Ferrand fin octobre 2025, avec deux machines du Train à Vapeur d’Auvergne.
- Palmarès : Grand Prix Ami Paris de la 65e Semaine de la Critique, le 20 mai 2026. Nommé à la Caméra d’or et à la Queer Palm. Prix du public à New Horizons (Wrocław) le 2 août. Sélectionné en Centrepiece au TIFF et en Main Slate au 64e New York Film Festival.
Publication de Les Films du Poisson consacrée à « La Gradiva » de Marine Atlan · voir sur Instagram
Coda
Freud a passé quarante ans avec un moulage de plâtre accroché au mur : une femme qui marche, un pied levé, éternellement sur le point de sortir du cadre.
À Pompéi, on coule du plâtre dans le vide laissé par les morts, et ce qui remonte n’est pas un corps mais la forme exacte de son absence.
Marine Atlan a filmé vingt gamins entre les deux. Vivants, bruyants, mal habillés, en train de devenir la forme définitive de ce qu’ils sont. Un moulage, ça se prend en une seconde. Après, c’est pour toujours.
Le 21 octobre, ne cherchez pas « La Gravida ». Elle ne s’arrêtera pas pour vous.
Appareil de preuves
- Marilou Duponchel, « Entretien avec Marine Atlan, réalisatrice de La Gradiva », Semaine de la Critique, 16 mai 2026. semainedelacritique.com
- Fiche officielle du film, crédits, synopsis et contacts, 65e Semaine de la Critique. semainedelacritique.com
- Joséphine Leroy, « Marine Atlan : J’ai traversé des choses assez profondes de mon histoire avec La Gradiva », TROISCOULEURS, 17 mai 2026. troiscouleurs.fr
- Laura Pertuy, « CANNES 2026 · La Gradiva, l’éruption romanesque de Marine Atlan », TROISCOULEURS, 16 mai 2026. troiscouleurs.fr
- La rédaction, « La Gradiva de Marine Atlan : le teen movie spectral de la Semaine de la critique qui va nous hanter », TROISCOULEURS, 14 avril 2026. troiscouleurs.fr
- Peter Bradshaw, « La Gradiva review · stunning coming-of-age story of young love and sexual tension », The Guardian, 16 mai 2026. theguardian.com
- Noëlle Gires, « Festival de Cannes · La Semaine de la Critique : Marine Atlan, La Gradiva », Culturopoing, 18 mai 2026. culturopoing.com
- Gérard Crespo, « La Gradiva · Marine Atlan · critique », aVoir aLire, 17 mai 2026. avoir-alire.com
- Juliette « Antigone », « La Gradiva de Marine Atlan : la vita amara », Cinématraque, 22 mai 2026. cinematraque.com
- Eric Lavallée, « Interview : Marine Atlan · La Gravida | 2026 Cannes Film Festival », IONCINEMA, 10 juin 2026. ioncinema.com
- Fabien Lemercier, « Marine Atlan • Director of La Gradiva », Cineuropa, 17 mai 2026. cineuropa.org
- « Première récompense à Cannes : La Gradiva décroche le Grand Prix de la Semaine de la critique », franceinfo, 20 mai 2026. franceinfo.fr
- Nicolas Bardot, « Le palmarès de la Semaine de la Critique 2026 », Le Polyester, 20 mai 2026. lepolyester.com
- Fiche « LA GRADIVA », soutien Inédit et date de sortie au 21 octobre 2026, AFCAE. art-et-essai.org
- Fiche film et date de sortie, AlloCiné. allocine.fr
- Page distributeur, Tandem Films. tandemfilms.fr
- « LA GRADIVA, Marine Atlan, Lauréat 2024 », Fondation Gan pour le Cinéma. fondation-gan.com
- Fiche « La Gradiva », Rotten Tomatoes, consultée le 22 août 2026. rottentomatoes.com
- Fiche « La Gradiva », Metacritic, consultée le 22 août 2026. metacritic.com
- « Gradiva », notice encyclopédique sur la figure, le relief du Musée Chiaramonti, Dalí, Masson, la Galerie Gradiva de Breton, Albertazzi, Carasco, Leiris et Robbe-Grillet, Wikipedia. en.wikipedia.org
- « Gradiva », dossier du Freud Museum London sur le moulage commandé par Freud après sa visite aux Musées du Vatican en 1907. stories.freud.org.uk
- « Gradiva (film, 2006) » d’Alain Robbe-Grillet, notice Wikipédia. fr.wikipedia.org
- « The Casts », Parc archéologique de Pompéi, sur la technique inventée par Giuseppe Fiorelli en 1863. pompeiisites.org
- « Palmarès complet de la 51e cérémonie des César », février 2026. ugc.fr
- « La cinéaste indienne Payal Kapadia, Présidente du Jury de la 65e Semaine de la Critique », Semaine de la Critique. semainedelacritique.com
- Fiche « Marine Atlan », filmographie de chef opératrice et distinctions, Wikipedia. en.wikipedia.org
- Fiche « La Gradiva », production, tournage, sortie et réception, Wikipedia. en.wikipedia.org
- 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible à toute heure en France. 3114.fr
Précision de méthode : « La Gradiva » n’a pas encore été projeté en salles en France à la date de publication de cet article. Cette enquête est construite à partir du corpus critique publié depuis le 16 mai 2026, de quatre entretiens accordés par la réalisatrice, des documents officiels de production et de distribution, et des photogrammes de presse diffusés par la Semaine de la Critique et par Tandem. Aucune scène qui n’aurait pas été décrite par une source citée n’est décrite ici.
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