La valse des signatures au Conseil de Paris
La valse des signatures au Conseil de Paris
Tu signes une feuille. Tu ne t'assois pas. Tu repars. Et à la fin du mois, environ 50 000 euros par an tombent quand même. Ça s'appelle siéger au Conseil de Paris, et c'est tous partis confondus.
L'histoire n'est pas de moi, elle est du Parisien, le 8 avril 2025, sous un titre qui dit tout : « une valse des signatures pour sauver son indemnité ». Le quotidien raconte une mécanique simple. Pour toucher l'indemnité de conseiller de Paris, il suffit d'émarger quelques demi journées par mois. Alors certains émargent, et ne siègent pas. Ils signent la feuille à l'entrée et s'évaporent. D'autres font signer par un collaborateur. En commission, une simple connexion à distance évite la pénalité. L'hémicycle est souvent presque vide alors qu'une dizaine d'absences, à peine, ont un vrai motif.
Le montant, parlons en, puisque c'est lui le mobile. Un conseiller de Paris simple touche 4 526 euros brut par mois. Sur l'année, on approche les 54 000 euros. Pour, parfois, une signature et un manteau qui ressort aussitôt.
50 000 €Par an, brut. C'est ce que protège une signature posée sans s'asseoir. Multipliez par le nombre d'élus qui ont compris le truc, sur six ans de mandat, et vous avez le prix réel de la chaise vide.
Et là, on va faire ce que personne ne fait proprement : nommer sans accuser à tort. Parce qu'il y a deux façons de rater ce sujet. La première, c'est de désigner une coupable unique pour vendre du clic. La seconde, c'est de noyer tout le monde dans « la classe politique » pour ne fâcher personne. Nous on fait l'inverse des deux : le système ET la personne, parce que c'est la même mécanique.
Le système, c'est les 163. La personne la plus connue qu'on cite dans le dossier, c'est Rachida Dati. Conseillère de Paris, longtemps ministre de la Culture, et reine assumée du cumul. Elle figure parmi les exemples d'absentéisme indemnisé, et la question qu'on lui pose est vieille comme le cumul : comment es tu à la fois au gouvernement et sur cette chaise parisienne ? Elle n'est pas la seule. Elle est juste celle dont le nom fait tourner les têtes. C'est exactement à ça que sert une figure : à ce qu'on regarde enfin la mécanique derrière.
Parce qu'il faut remettre les pendules à l'heure de juin 2026. Quand Le Parisien sort l'enquête, au printemps 2025, Dati est ministre et candidate. Depuis, le décor a changé. Elle a démissionné du gouvernement le 25 février, elle a perdu Paris le 22 mars face au socialiste Grégoire, 51 contre 40,8. Et le 29 mars, à l'installation du nouveau Conseil, elle était absente, pour raison familiale. Une raison familiale. Pas un anniversaire de chien, ni aucune des scènes pittoresques qu'on a vu circuler. On ne brode pas. La réalité suffit.
Le scandale, ce n'est pas qu'une élue manque une séance. C'est qu'absente, elle soit payée pareil.
Voilà le chapitre. Celui où tout est criminel non pas au sens du code pénal, mais au sens où chaque petit arrangement légal, mis bout à bout, dessine un système qui se sert. Émarger sans siéger n'envoie personne en prison. C'est précisément le problème. Le scandale est dans ce qui est permis, pas dans ce qui est puni.
La Ville a fini par publier, en octobre, le détail des indemnités, transparence oblige, pression médiatique aidant. C'est un progrès. Mais une feuille de présence reste une feuille de présence : elle dit qui a signé, jamais qui est resté. Tant que la signature vaudra la séance, la valse continuera. Et nous, on tiendra le carnet de bal.
CONSCIOUSNESS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
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