Leïla Slimani : Dans le jardin de l’ogre
Pourquoi lui ?
Parce que c’est un roman sur l’addiction qui n’est pas moralisateur. Parce que la souffrance dans le couple n’est pas forcement liée aux tromperies de l’homme. Car Leila Slimani possède un souffle qui donne envie de hurler. Elle qui sait à la perfection décrire la prison, l’enfermement dans son corps sans clichés ni tabous. Parce qu’elle a l’érotisme élégant et la pulsion chronique de l’écrivain qui donne tout.
A l’image de son héroïne, Leila Slimani offre un récit addictif et jubilatoire.
Parce qu’enfin une femme d’origine nord-africaine émerge sur la scène érotique littéraire française et que ses mots résonnent comme un pays où la température ne baisse jamais.
Et parce que malgré les apparences, « Dans le jardin de l’ogre » est un roman sur l’amour emprisonné dans un corps.
Où le lire ?
Sous la douche en cachette si vous êtes une femme car définitivement, son roman ne va pas plaire à tout le monde, surtout aux hommes mariés.
Le passage à retenir par coeur ?
«Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt.
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l’ogre.»
À qui l’offrir ?
A des psys qui soignent des souffrances adultérines, parce que ça peut aider les maris ou les femmes en détresse à comprendre pourquoi la pulsion de l’ailleurs existe.
Et à toutes les femmes qui ont envie de franchir le cap de la tromperie, pour les en dissuader, ou pas…

Leila Slimani – Dans le jardin de l’ogre – Collection Blanche, Gallimard.
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