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Société· 4 MIN· novembre 2024 PUBLIÉ LE 28 nov.

Les psyops d’Arnault 1er face aux juges

Les psyops d’Arnault 1er face aux juges
Zoé Sagan
Zoé Sagan 28 nov. 2024 · 4 MIN · Société

Aujourd’hui, dans un tribunal aseptisé de Paris, Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, jouera sa grande scène. Non pas celle d’un magnat philanthrope ou d’un génie des affaires, mais celle d’un prédateur pris la main dans le sac. Une pièce grotesque où tout est réglé d’avance, comme si la justice n’était qu’une mise en scène pour sauver la face d’un système déjà vendu.

Le motif ? Une sombre affaire d’espionnage, de psyops et de kompromat orchestrée par Bernard Squarcini, alias "le Squale", ancien patron du renseignement intérieur reconverti en chien de garde du luxe. LVMH aurait déployé 2 millions d’euros pour traquer, infiltrer et museler un journal indépendant, Fakir. Deux millions, une broutille (Zoé Sagan a coûté au groupe plus du double à cause des lettres d'amour mise en scène par le Media et de la biographie non-officielle d'Arnault 1er) pour un empire qui brasse des centaines de milliards. Mais cette somme dérisoire révèle un mécanisme bien plus terrifiant : quand les appareils d’État se prostituent au service des oligarques, le contrat social est rompu.

Quand l’État devient le bras armé de LVMH

Bernard Squarcini, ex-gardien de la République, est devenu l’homme de main d’un empire parfumé à l’arrogance. Son rôle ? Faire taire François Ruffin, Fakir, et quiconque oserait révéler les dessous peu reluisants du roi du luxe. Pour cela, rien n’a été laissé au hasard : mails siphonnés, poubelles retournées, taupes recrutées pour disséquer chaque recoin d’un journal indépendant. Squarcini n’est pas un simple espion : il est le symbole de la soumission d’un État devenu l’instrument des puissants.

Et ce n’est pas un cas isolé. La collusion entre pouvoir politique, économique et sécuritaire atteint ici un sommet vertigineux. Les frontières entre l’intérêt général et les intérêts privés s’effacent, laissant place à une République fantôme, gouvernée dans l’ombre par ceux qui peuvent se l’acheter.

Le silence des médias : la mort programmée de la vérité

Mais ce qui terrifie le plus, ce n’est pas seulement l’ampleur des moyens déployés pour réduire Fakir au silence. C’est le silence des grands médias eux-mêmes. À la barre, des journalistes témoignent des pressions, des intimidations, des menaces voilées. Tristan Waleckx, de Complément d’Enquête, raconte comment enquêter sur Bernard Arnault s’est transformé en cauchemar : des patrons paniqués, des coups de fil menaçants, des montages sabotés.

Pourquoi ce silence assourdissant ? Parce que ces médias appartiennent aux mêmes oligarques qu’ils devraient dénoncer. Bernard Arnault contrôle Les Échos et Le Parisien. Bolloré verrouille Canal+ et CNews. Ensemble, ils écrasent l’information comme un python étouffe sa proie.

Une justice en solde : 10 millions pour racheter l’impunité

Et que dire de la justice ? LVMH, dans un geste aussi cynique que prévisible, a négocié une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP). Une transaction sordide où 10 millions d’euros suffisent à solder l’affaire, comme un simple pourboire laissé sur la table. Cette procédure, censée résoudre des litiges internationaux, est devenue l’arme des puissants pour échapper aux procès et aux véritables sanctions. Dix millions pour enterrer la vérité, quand les travailleurs licenciés par Arnault dans les années 80 se battent encore pour boucler leurs fins de mois.

Pourquoi Fakir ? Pourquoi Ruffin ?

Mais pourquoi tant d’efforts pour un modeste journal ? Parce que Fakir a osé révéler ce que tout le monde savait mais n’osait dire : Bernard Arnault, ce "self-made man" autoproclamé, est en réalité l’héritier d’un système construit sur les ruines humaines.

En 1984, Arnault rachète le groupe Boussac, propriétaire de Dior, grâce à un milliard de francs d’aides publiques offertes par l’État. La promesse ? Sauver des milliers d’emplois. La réalité ? 8 000 postes supprimés, un empire textile démantelé, pour ne garder que Dior. Derrière les vitrines éclatantes de son empire se cache un cimetière de vies brisées.

C’est cette vérité que François Ruffin et Fakir ont exposée dans Merci Patron !. Et c’est pour cela qu’Arnault ne pouvait pas les laisser tranquilles. Parce qu’il sait que la vérité, une fois révélée, est un virus que ni ses milliards ni ses barbouzes ne pourront arrêter.

Un procès pour sauver les apparences

Le procès de Bernard Arnault n’est pas une simple affaire d’espionnage. C’est le symptôme d’une démocratie malade. Une démocratie où les riches dictent les règles, où les institutions sont au service des élites, et où les citoyens sont les seuls à payer le prix. Ce jeudi, Arnault ne sera pas seul dans le box des accusés. Avec lui, c’est tout un système qui est sur le banc : celui d’un capitalisme débridé, d’une presse muselée, et d’une justice monnayée.

Résister, écrire, dénoncer

Alors, que faire ? Résister. Écrire. Dénoncer. Parce que même dans l’obscurité la plus totale, une étincelle peut briser la nuit. La vérité est plus forte que les milliards, plus forte que les barbouzes, plus forte que l’omerta. Mais pour cela, il faut refuser le silence. Il faut refuser la résignation.

Bernard Arnault achète tout ce qu’il veut/peut. Mais il y a une chose qu’il ne pourra jamais posséder : notre voix. Et tant qu’elle résonnera, il saura qu’il n’est pas intouchable.

z/S
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28 nov. 2024 · ARCHIVE z/S · ZOESAGAN.COM
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Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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