Macron : “Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle”
L’Elysée était plein d’enfants venus à l’invitation du couple présidentiel. A 17 heures, dimanche dernier, de nombreux acteurs de la protection de l’enfance étaient rassemblés pour fêter les 30 ans de la ratification de la Convention internationale des droits de l’enfant. Aucun discours, mais de longs échanges d’Emmanuel Macron avec ces jeunes. Avant que le chef de l’État convie les seuls présidents d’associations à un cocktail plus restreint. Parmi eux, Pascale Morinière, présidente des Associations familiales catholiques (AFC), qui avait décidé de « tenter sa chance » en recevant le carton, trois jours plus tôt.
Il est absurde de fêter la ratification de la convention sur les droits de l’enfant tout en acceptant la PMA sans père !
Tenter sa chance ? C’est-à-dire parler au chef de l’Etat de son opposition au projet de loi de bioéthique actuellement discuté par le Sénat, en appuyant son propos sur… la convention des droits de l’enfant justement ! « Nous avons souvent brandi l’article 7 de cette convention qui stipule qu’un enfant a le droit, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux, confie-t-elle aujourd’hui. Il est absurde de fêter la ratification de cette convention tout en acceptant la PMA sans père ».
Concrètement, Pascale Morinière a commencé par discuter avec Brigitte Macron qui a botté en touche, faisant probablement attention à rester en dehors des discussions politiques en cours. Mais c’est ensuite Emmanuel Macron lui-même que la présidente des AFC a croisé. Ça tombait bien, elle avait apporté un livre pour lui, dans lequel elle avait glissé une lettre dont elle a pu exposer le contenu de vive-voix au président de la République : sa demande de retrait du projet de loi de bioéthique, au nom du droit de l’enfant.
Un livre « non militant, exposant simplement la beauté de la paternité », précise-t-elle. Ses références ? Paternité, rédigé par Fabrice Hadjadj, illustré par François-Xavier de Boissoudy, et édité par De Corvelour. Après l’avoir feuilleté, Emmanuel Macron a demandé à ce qu’on le mette sur son bureau. S’en est suivi une conversation étonnante, en présence du secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance Aurélien Taquet et du sénateur LREM Martin Lévrier, qui a récemment voté contre la PMA.
Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle.
Pascale Morinière a tenu à la rendre publique. Lorsque cette dernière explique qu’il est incohérent de célébrer les 30 ans de cette convention tout en défendant la « PMA sans père », le président de la République répond que la paternité se divise en deux fonctions : l’une génétique et l’autre symbolique. Pour la partie génétique, poursuit-il, les enfants auront la possibilité de connaître leur géniteur. « Nous veillerons à ce que ça revienne à l’Assemblée », a même précisé le Président, faisant référence à la restriction, par le Sénat, de l’accès aux origines pour les enfants nés de PMA. Et pour la partie symbolique ? « Il n’y a pas de problème », enchaîne-t-il.
Pascale Morinière insiste, et le Président répond alors : « Je comprends. Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle. Tous les psychanalystes vous diront le contraire. » Des mots que l’intéressée jure gravés dans sa mémoire. Présent lors de l’échange auquel il n’a pas participé, le sénateur LREM Martin Lévrier, contacté par Valeurs actuelles, n’a pas souhaité faire de commentaire. Jusqu’à présent, le ministre Agnès Buzyn avait été la seule à déclarer de façon assez stupéfiante qu’un père pouvait être une grand-mère. Elle a désormais l’appui du chef de l’Etat.
Dans les quelques secondes qui lui restaient, la présidente des AFC a abordé la question financière, précisant que tous les pays qui avaient élargi l’accès à la PMA avaient été obligés d’acheter du sperme ou de rétribuer les donneurs. Emmanuel Macron lui a assuré que cette question serait sécurisée dans le texte de loi. La présidente des AFC a insisté, s’étonnant que le Président accepte alors de créer des frustrations. Emmanuel Macron s’est alors fendu d’une réponse ironique : « les lois ne sont pas là pour répondre à tous les désirs ». Exactement l’argument qu’invoquent les opposants au projet de loi de bioéthique, donc.
Source : valeursactuelles
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