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Enquête· 8 MIN· octobre 2026 PUBLIÉ LE 12 oct.

Schneider paie 22 milliards pour PTC, Chasseneuil perd ses 145 emplois

Le 5 octobre, Schneider Electric rachète PTC 205 dollars l’action, 22,6 milliards de dollars, prime de 42,3 %. Le 9 septembre, le groupe annonçait la fermeture de Chasseneuil-du-Poitou, 145 salariés. Qui encaisse, qui paie, l’enquête chiffres en main.

Ciel nocturne bleu givré semé d’étoiles, une figure de boucles lumineuses roses, or et cyan
Visuel phare de l’enquête du lundi 12 octobre 2026 · composé par z/S SYSTEMS · la figure est tirée de la minute exacte de composition.
Zoé de Sagan
Zoé de Sagan 12 oct. 2026 · 8 MIN · Enquête
  1. Le 5 octobre 2026, Schneider Electric a annoncé le rachat de l’éditeur américain PTC à 205 dollars par action, en numéraire : 22,6 milliards de dollars pour les titres, 23,7 milliards dette comprise, avec une prime de 42,3 % sur le dernier cours.
  2. Le jour même, l’action Schneider a perdu 9,97 %, pire séance du CAC 40, puis 4,42 % le lendemain, quand J.P. Morgan a abaissé sa recommandation à neutre.
  3. Le 9 septembre, le même groupe avait présenté un plan de sauvegarde de l’emploi pour fermer en mars 2028 son usine de Chasseneuil-du-Poitou, 145 salariés.

Il y a deux communiqués Schneider Electric cet automne, et ils ne se sont jamais croisés. Le premier date du 9 septembre. Il parle d’une usine dans la Vienne, de 145 salariés, d’un plan de sauvegarde de l’emploi, et d’un investissement de plus de 150 millions d’euros en Normandie. Le second date du 5 octobre. Il parle d’un éditeur de logiciels à Boston, de 205 dollars par action, et du plus gros rachat de l’histoire du groupe. Les dépêches du premier parlaient de reclassement. Celles du second parlaient de prime. Je les ai posées sur la même table, parce que c’est la même entreprise, le même automne, et le même tableur.

I · Le chèque

Les chiffres sont dans le communiqué commun du 5 octobre. Schneider Electric rachète 100 % de PTC, coté au Nasdaq, 205 dollars l’action, tout en cash. Valeur des titres : environ 22,6 milliards de dollars, soit 20,1 milliards d’euros. Valeur d’entreprise : 23,7 milliards de dollars, 21,1 milliards d’euros. Les deux conseils d’administration ont voté à l’unanimité. La clôture est attendue au troisième trimestre 2027, après le vote des actionnaires de PTC et le feu vert des régulateurs.

PTC fabrique ce qui fabrique le reste : les logiciels de conception assistée par ordinateur, de gestion du cycle de vie des produits, de données d’ingénierie. Plus de 7 000 salariés, plus de 30 000 clients, 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 hors ThingWorx et Kepware, une marge d’exploitation ajustée proche de 40 %. Le prix payé représente environ 21 fois l’EBITA ajusté attendu en 2027. 13 fois, dit Schneider, si l’on compte toutes les synergies promises.

Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, a dit lors d’une conférence téléphonique que le groupe se trouvait « à un tournant de notre histoire, mais aussi de celle de notre secteur d’activité ». Neil Barua, patron de PTC, a parlé de « concevoir, fabriquer et maintenir des produits d’excellence ». Dans le communiqué en anglais, il a été plus direct : « This all-cash transaction is the culmination of the PTC Board’s commitment to maximize shareholder value. » La phrase la plus honnête du dossier est celle du vendeur.

II · Qui encaisse

D’abord les actionnaires de PTC. La prime est de 42,3 % sur le dernier cours de clôture, 46,1 % sur la moyenne pondérée des 30 dernières séances. Un vendredi soir, ton action vaut un prix. Le lundi matin, quelqu’un à Rueil-Malmaison t’en offre 42,3 % de plus, en liquide.

Ensuite les banques. Le financement est garanti par un crédit relais entièrement souscrit par Morgan Stanley et Société Générale. Le plan derrière ce relais : 5 à 6 milliards d’euros d’actions nouvelles, placées auprès d’investisseurs en procédure accélérée sous une autorisation d’assemblée déjà votée, et 16 à 17 milliards d’euros de dette nouvelle, en plusieurs devises. Morgan Stanley est aussi conseil financier principal de l’acheteur, Goldman Sachs conseil financier, Debevoise & Plimpton avocat. En face, PTC est conseillé par Evercore et défendu par Paul, Weiss. Les honoraires ne sont pas publiés. Ce qui est publié, c’est la liste de ceux qui les touchent.

5 à 6 milliards d’actions + 16 à 17 milliards de dette = environ 22 milliards d’euros de contrepartie en numéraire

Enfin les promesses. Schneider annonce 250 millions d’euros d’économies de coûts par an d’ici la troisième année, et environ 800 millions d’euros de synergies de revenus. Les économies, J.P. Morgan les juge crédibles. Les revenus, plus incertains. Jefferies, qui reste à l’achat, prévient que la création de valeur tiendra en partie à ces synergies de revenus. Dit autrement : on paie comptant aujourd’hui une part de chiffre d’affaires qui n’existe pas encore.

III · La Bourse a lu la facture

Lundi 5 octobre, l’action Schneider Electric clôture en baisse de 9,97 %, pire valeur du CAC 40. À 10 h 38, elle cotait 275,80 euros. Mardi 6, elle lâche encore 4,42 %, de nouveau lanterne rouge de l’indice. Ce jour là, J.P. Morgan passe de « surpondérer » à « neutre », abaisse son objectif de 345 à 310 euros et dit préférer Legrand. La banque précise que sa dégradation « ne remet pas en cause les perspectives opérationnelles du groupe ». Elle vise l’allocation du capital. Autrement dit : l’usine tourne, c’est le chéquier qui inquiète.

AlphaValue fait le calcul du bilan : avec ce montage, le levier monte vers 3 fois l’excédent brut d’exploitation. Le programme de rachat d’actions est suspendu en 2027. Deutsche Bank, elle, relève son objectif de 320 à 325 euros. Les analystes ne sont pas d’accord entre eux. Le marché, lui, a voté en deux séances.

Les dépêches du premier parlaient de reclassement. Celles du second parlaient de prime.

IV · La collection

PTC n’est pas un coup de tête. C’est une pièce de collection. En 2022, Schneider déboursait 4,4 milliards d’euros pour prendre 100 % du britannique AVEVA, dont il détenait déjà la majorité. Le 1er juillet 2026, il rachetait Cognite, plateforme norvégienne de données industrielles, 3,1 milliards de dollars en numéraire, à Aker ASA et à d’autres investisseurs. Caspar Herzberg, patron d’AVEVA, avait résumé l’appétit devant les analystes : « We’ve been after it for many years, because it complements us so well. »

23,7 milliards de dollars pour PTC + 3,1 milliards pour Cognite = 26,8 milliards de dollars en 3 mois

J.P. Morgan arrondit à près de 27 milliards de dollars engagés dans l’automatisation industrielle, une branche qui ne pèse pas lourd dans les profits : la gestion de l’énergie fait environ 85 % des bénéfices du groupe. Selon AlphaValue, avec PTC et AVEVA, les logiciels de Schneider dépasseront 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et logiciels plus services feront 24 % des ventes pro forma. Le fabricant de disjoncteurs veut devenir éditeur. Il paie le prix des éditeurs.

V · Pendant ce temps, à Chasseneuil

Le 9 septembre, devant un comité social et économique réuni en session extraordinaire, la direction présente un plan de sauvegarde de l’emploi pour le site de Chasseneuil-du-Poitou, dans la Vienne. 145 salariés. Fermeture prévue en mars 2028. Le groupe promet au moins deux offres de reclassement par personne sur d’autres sites français, une formation si besoin, un accompagnement pour les seniors volontaires.

Emmanuel Da Cruz, coordinateur FO chez Schneider Electric, s’est dit « stupéfait » : selon lui, la charge de travail du site est à un niveau inédit depuis plusieurs années. Il fait remarquer qu’aucun reclassement n’est possible sans déménager. Le site Schneider le plus proche, Angoulême, est à 1 h 30 de route. FO et CFDT ont appelé à un débrayage le 11 septembre.

Le même jour, le groupe annonce plus de 150 millions d’euros à Évreux pour y regrouper la production et la recherche de 3 sites de l’Eure : Beaumont-le-Roger, 287 salariés, Le Vaudreuil, 294, Pacy-sur-Eure, 166. Dijon, 330 salariés, doit être renforcé et récupérer une large part de l’activité de Chasseneuil. Schneider emploie 15 000 personnes en France. Ce n’est pas une désertion. C’est une réorganisation, le mot du groupe.

150 millions d’euros pour Évreux, sur 22 milliards d’euros pour PTC = 0,68 %

Je ne dis pas que les 145 de Chasseneuil paient PTC. Les chiffres ne le disent pas, et je ne fabrique pas ce que les chiffres taisent. Je dis que la même direction, à 26 jours d’écart, a trouvé que 150 millions suffisaient à réorganiser l’industrie française du groupe, et que 22 milliards étaient le juste prix d’un éditeur de Boston. Les deux décisions sont rationnelles. C’est bien ce qui devrait inquiéter.

VI · Ce qui vient

Le calendrier est public. Schneider a avancé au 16 octobre 2026 la publication de son chiffre d’affaires du troisième trimestre : ce jour là, on saura comment la direction raconte la facture. Les actionnaires de PTC voteront en assemblée spéciale. Les régulateurs examineront le dossier. Clôture visée au troisième trimestre 2027. L’usine de Chasseneuil, elle, a déjà sa date : mars 2028.

On a déjà démonté ici la mécanique de la dette qui paie un rachat, dans l’enquête sur Electronic Arts et les 55 milliards du PIF, et le prix d’une paix réglementaire dans l’enquête Paramount et Warner. Sur l’argent qui tourne en rond entre géants, relis le financement circulaire de Nvidia et OpenAI et les rachats d’actions de Nvidia, que Schneider, lui, suspend. Et sur l’argent public versé aux entreprises sans tableau de bord, il y a les 211 milliards comptés par le Sénat.

Un groupe industriel vient d’accepter de payer 42,3 % de plus que le marché pour une promesse de croissance. La maison, elle, ne vend pas de promesse : elle dépose des dates et se laisse vérifier par le temps, dans le registre des prophéties. Le calcul de la tienne, c’est l’Oracle Analyse, et l’ouvrage entier, c’est le Codex.

Panneau chiffré : 42,3 %, la prime payée aux actionnaires de PTC sur leur dernier coursPanneau chiffré : 9,97 %, la baisse de l’action Schneider le jour de l’annonceCitation d’Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, le 5 octobre 2026Chronologie : le calendrier Schneider, de Cognite en juillet 2026 à la fermeture de Chasseneuil en mars 2028

composé par z/S SYSTEMS · chaque panneau porte sa source

Carte des relations : qui touche quoi dans le rachat de PTC par Schneider Electric
méthode Mark Lombardi, appliquée par la maison · chaque lien est sourçable
  1. Schneider Electric to acquire PTC, communiqué Schneider Electric et PTC, 5 octobre 2026
  2. Schneider Electric débourse plus de 20 milliards d’euros pour PTC, AFP, 5 octobre 2026
  3. Schneider Electric chute après le rachat de PTC, Option Finance, 5 octobre 2026
  4. Schneider Electric reste sous pression, J.P. Morgan dégrade, Option Finance, 6 octobre 2026
  5. Schneider to buy industrial AI firm Cognite for 3,1 billion dollars, Bloomberg, 1er juillet 2026
  6. Schneider Electric annonce une réorganisation en France, une usine sera fermée dans la Vienne, AFP, 9 septembre 2026
  7. Schneider Electric va débourser 4,4 milliards d’euros pour prendre 100 % d’AVEVA, BFM Bourse, 2022
CIEL DU JOUR · lundi 12 octobre 2026
La Lune est en Scorpion à 7,2 degrés à 05 h 00 UTC. Elle entre en Sagittaire le mercredi 14 octobre à 00 h 59 UTC.
source · éphéméride Schlyter calculée à la publication · plus ou moins quatre minutes · cette mesure n’a aucun rapport avec le sujet de cette pièce
z/S
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12 oct. 2026 · ARCHIVE z/S · ZOESAGAN.COM
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Je suis née Zoé de Sagan mais en 2017 j'ai dû effacer ma particule pour infiltrer le monde de la mode, des médias et de la politique.

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