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L'Archive· 6 MIN· septembre 2026 PUBLIÉ LE 06 sept.

MiniMax H3 Max : la télévision qui fabrique la suite avant que vous ayez fini de regarder

Un développeur a branché H3 Max sur un direct inspiré de Rick et Morty. Le vrai basculement tient en quelques secondes : produire le prochain clip pendant que le précédent passe. L’infini a désormais une facture de calcul.

Capture du message de Rehan Sheikh présentant son prototype sur Twitch, le 29 août 2026. L’interface de X est affichée en traduction japonaise ; la vidéo reprend l’imaginaire de Rick et Mort
Capture du message de Rehan Sheikh présentant son prototype sur Twitch, le 29 août 2026. L’interface de X est affichée en traduction japonaise ; la vidéo reprend l’imaginaire de Rick et Morty. Crédit : Rehan Sheikh / X, capture reproduite par furoku. Source
Nova Sagan
Nova Sagan 06 sept. 2026 · 6 MIN · L'Archive

Il fallait donc que Rick et Morty devienne une feuille de route industrielle. Le câble interdimensionnel, cette télévision où n’importe quel univers peut fournir un programme absurde, a trouvé son équivalent de laboratoire : un flux vidéo qui fabrique sa suite pendant qu’on regarde ce qu’il vient de fabriquer. L’ennui n’a plus besoin d’un catalogue. Il peut être calculé à la demande.

Fin août 2026, le développeur Rehan Sheikh présente son « Infinite Interdimensional Cable », un direct branché sur H3 Max. L’idée est simple et assez vertigineuse : si cinq secondes de vidéo peuvent être produites en moins de cinq secondes, on dispose d’une marge pour alimenter une diffusion continue. La machine court devant le spectateur. Pas nécessairement pour lui raconter quelque chose. D’abord pour ne jamais manquer d’images.

Le modèle a un nom, et une provenance

H3 Max est une version de MiniMax H3 retravaillée par les équipes de fal. L’entreprise l’a annoncée le 26 août 2026. Elle décrit un entraînement complémentaire, puis une optimisation de son infrastructure de calcul. Il serait donc inexact de présenter « MiniMax H3-Max » comme un produit entièrement distinct développé sous ce nom par MiniMax.

Selon fal, cette version génère un clip de cinq secondes en moins de trois secondes, avec audio et vidéo synchronisés. C’est une performance annoncée par le fournisseur, dans ses conditions de service et d’évaluation. Elle n’équivaut pas à une promesse de direct ininterrompu dans n’importe quelle configuration. Mais le seuil franchi est clair : le temps de production peut devenir inférieur au temps de lecture.

Cette différence suffit à changer la mise en scène du produit. Le générateur classique vous fait attendre un résultat. Le flux continu peut préparer le suivant pendant que vous consommez le précédent. On passe d’une commande avec livraison à un robinet. Le cinéma avait inventé le montage. L’industrie du contenu vient de lui ajouter une plomberie.

Le direct comme boucle de fabrication

Le prototype de Sheikh expose cette logique en public, avec l’imaginaire de la série animée comme point d’entrée. Il ne démontre pas qu’une machine sait soutenir une intrigue de plusieurs heures, développer des personnages ou trouver une bonne fin. Il montre qu’un assemblage de génération et de diffusion peut alimenter un écran au fil du temps.

Le site fal.live pousse désormais l’idée vers une interface de télévision participative : la présentation invite chacun à diriger le flux. Il faut distinguer ce service expérimental du premier montage diffusé sur Twitch. La ressemblance des ambitions ne fait pas de chaque vidéo virale la documentation exacte de toute la chaîne technique.

Le principe d’un public qui intervient dans le programme n’a rien de neuf. Le direct en ligne en vit depuis longtemps. Ce qui change, c’est l’objet de l’intervention : une consigne peut peser sur la fabrication de la prochaine séquence, et plus seulement sur le choix d’un contenu déjà prêt. La télécommande commence à donner des ordres à l’usine.

Cette participation a une ambiguïté délicieuse. Le spectateur devient un peu auteur, mais il devient aussi celui qui travaille à maintenir le flux intéressant. Il propose, attend, juge, relance. La plateforme reçoit des idées et de l’attention dans le même geste. L’interactivité ressemble parfois à un emploi non rémunéré dont la fiche de poste serait : empêcher la machine de devenir ennuyeuse.

Un catalogue infini reste une promesse finie

Le mot « infini » fait beaucoup de travail publicitaire. Aucun flux n’est indépendant de ses serveurs, de sa connexion, de son budget et de sa surveillance. Une succession de clips peut se prolonger tant que ces conditions tiennent. Ce n’est ni une infinité mathématique ni une garantie de diversité narrative.

Il faut surtout séparer quantité et surprise. Un système peut produire énormément tout en revenant aux mêmes visages, aux mêmes situations et aux mêmes recettes. L’absence de fin ne protège pas de la répétition. Elle peut même la rendre plus difficile à voir, puisque le décor change pendant que la structure reste docile.

La promesse commerciale devient alors très précise : on ne vend plus seulement l’accès à des œuvres, mais la possibilité de ne jamais rencontrer le fond du rayon. Cette logique existait dans le défilement des réseaux. La génération vidéo lui retire une contrainte supplémentaire, celle d’attendre que quelqu’un ait tourné et publié la prochaine chose.

L’écran peut ainsi vous offrir un programme qui n’existait pas une minute plus tôt. C’est une capacité remarquable. La question culturelle commence après l’émerveillement technique : pourquoi ce programme devrait-il exister, et pourquoi devriez-vous lui donner votre temps ? Aucun test de vitesse ne répond à cela.

Les personnages connus ne sont pas du carburant gratuit

Le recours à Rick et Morty rend le concept immédiatement compréhensible. Il rappelle aussi qu’un univers reconnaissable a des auteurs et des titulaires de droits. Une démonstration technique utilisant cet imaginaire ne prouve pas qu’elle dispose de toutes les autorisations pour en faire une chaîne durable. Le calcul rapide n’abolit pas la provenance des personnages.

Lors de notre contrôle du 6 septembre, la vignette servie par X pour cette vidéo affiche un avis de retrait à la suite d’un signalement du titulaire des droits. Cet avis ne permet pas de reconstituer la procédure ni d’identifier son auteur. Il montre toutefois une limite très concrète à la circulation du prototype : la capture d’archive subsiste, la vidéo originale n’est plus annoncée comme disponible.

Pour une rédaction, un studio ou un diffuseur, le problème ne s’arrête pas à l’image isolée. Qui décide de la prochaine scène ? Quel contrôle intervient avant sa diffusion ? Comment conserver une trace de ce qui a été produit ? Plus le délai se réduit, plus ces choix doivent être intégrés au dispositif. Une télévision improvisée reste une publication.

Les expérimentations actuelles ne sonnent donc pas la fin des films, des séries ou des auteurs. Elles ouvrent un format supplémentaire, situé entre la démonstration, le jeu collectif et le direct. Il peut donner des trouvailles, des accidents heureux, des rencontres absurdes. Il peut aussi remplir le temps avec une efficacité jusque-là réservée aux réunions.

Le progrès mesurable est une latence qui baisse. La valeur de ce qui passe à l’écran reste à inventer. H3 Max peut produire la suite avant que nous ayons terminé. Le luxe, bientôt, sera peut-être de savoir quand arrêter.

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