« Nan, j'déconne » · la phrase qu'un magistrat a écrite dans un vrai jugement
Dans une affaire d'agression sexuelle sur un garçon de 7 ans, un jugement signé décrit la mère comme « bobo » et glisse, entre parenthèses, « Nan, j'déconne même si c'est en partie vrai ». La famille a saisi le CSM.
« Nan, j'déconne même si c'est en partie vrai. » Cette phrase n'a pas été lâchée au comptoir. Elle a été écrite. Dans une décision de justice. Signée par une présidente d'audience et sa greffière.
Relisez la, parce qu'on a du mal à y croire.
L'affaire, rapportée par Ouest-France, concernait un baby-sitter poursuivi pour agression sexuelle sur un garçon de 7 ans. Le parquet avait requis sept mois de prison avec sursis, une interdiction de contact, une inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles. Le prévenu a été relaxé.
Le mépris, en toutes lettres
Mais c'est la motivation écrite du jugement qui sidère. La mère de l'enfant, psychologue, y est décrite comme « bobo, d'ailleurs plus bohème que bourgeoise ». Le texte avance qu'elle aurait pu entraîner son fils dans « un délire de victimisation de violences sexuelles ». Et puis, entre parenthèses, la fameuse vanne. « Nan, j'déconne même si c'est en partie vrai. »
Un magistrat qui plaisante, par écrit, dans le jugement d'une affaire d'agression sexuelle sur un enfant de 7 ans. L'avocat de la famille, Paul Jouty, se dit sidéré, parle de propos inédits dans une décision. Le père, lui, résume tout. « Ce n'est pas possible que des gens instruits, responsables, abordent des sujets aussi graves de cette manière. »
La mère a saisi le Conseil supérieur de la magistrature. C'est la seule réponse possible. Parce que le problème n'est pas l'issue du procès, qui appartient aux juges. Le problème, c'est le ton. Ce petit ricanement institutionnel, posé noir sur blanc, qui dit à une famille que sa douleur prête à sourire.
On confie aux magistrats le pouvoir de juger nos vies. On attend, en retour, le minimum. Le sérieux. Là, il manquait. Par écrit.
Source · Ouest-France.
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