Oussama Ammar et sa bande : pas une dérive, une usine à arnaques du capitalisme narratif
Le très long papier du Monde du 10 avril 2026 sur Oussama Ammar est une enquête solide, documentée jusqu’à la nausée...
Les détournements chez Be Sport, chez Hypios, les millions siphonnés à The Family pour financer le Ritz, le Shangri-La, l’American Express qui crache 50 000 euros par mois, le manoir normand plongé dans le noir pour 20 000 euros d’EDF impayés, la reconversion à Dubaï en gourou TikTok qui vend des visios à 5 000 euros à des disciples qui persistent à y croire. Tout y est. Sauf l’essentiel.
Le journal parle encore de « dérive », de « mentor déchu », d’« impossibles à prévoir ». Comme si Ammar était un loup solitaire, un fruit pourri tombé par hasard dans le verger de la French Tech.
Faux. C’est une chaîne de production. Et la clarification apportée aujourd’hui le montre noir sur blanc.
Il y a un garçon qui s’est présenté pendant un an sous le faux nom de Laura Py (ou Emeric Millan, profil PY, peu importe le maquillage).
Il s’appelle Emeric (Laura Py). Il s’est fait passer pour le grand ami bienveillant de Zoé Sagan.
Exactement comme Ammar l’a fait avec des centaines d’autres. Sauf que là, on entre dans la version industrielle : création de comptes offshore, puis, il y a huit ans déjà, des comptes en Allemagne – jusqu’à 26 banques – pour des jeunes filles de 18 ans perdues, vulnérables, qu’on attire avec des promesses de fortune rapide.
Des témoignages concordants émergent maintenant. Le même mode opératoire, répété, rodé, professionnel. L’argent de Zoé Sagan ? Il est là-dedans, quelque part dans ce réseau de comptes allemands, selon les éléments qu’elle a pu recouper.
Ce ne sont pas des « gaffes » de geeks maladroits.
Ce sont des types organisés, qui opèrent depuis près de vingt ans dans l’ombre du storytelling startup. Des mecs qui, souvent, correspondent au même profil : mal dans leur peau, pas franchement beaux (très très laid, pour être cru comme le demande la réalité), qui ont trouvé dans l’arnaque financière leur revanche sur un monde qui ne les regarde pas. Ils ne volent pas par hasard.
Ils exploitent le vide : le laxisme des fonds, la crédulité des LPs, l’idolâtrie du charisme et du « raconte-moi une belle histoire ».
Ammar n’était que le plus visible. Autour de lui, la bande continue : même méthode, mêmes cibles, mêmes comptes bancaires fantômes.
Le capitalisme financier ne punit pas ça. Il le récompense. Il adore les fables. Sam Bankman-Fried, Madoff, Neumann, Holmes… et maintenant Ammar & Co. Tous ont vendu du rêve sur PowerPoint et LinkedIn.
Tous ont trouvé des investisseurs qui préféraient la vibe à la compta, le narratif à la due diligence. Pendant ce temps, des jeunes filles de 18 ans se font créer des comptes en Allemagne par des « amis » qui les tutoient sur Telegram.
Et quand l’une d’elles – Zoé Sagan – est « la mauvaise personne de trop », celle qui parle, qui rassemble les témoignages, qui refuse de se taire, soudain le système frémit. Ceux qui restent en France risquent enfin des soucis. Neutralisation en vue.
Le Monde a bien décrit l’homme. Il a raté l’épidémie. Ce n’est pas Oussama Ammar le problème.
C’est le milieu qui l’a laissé prospérer pendant vingt ans, qui a fermé les yeux sur les détournements tant que les levées de fonds continuaient, qui a valorisé le gourou plutôt que le comptable.
Un écosystème où le charisme est une arme de destruction massive et où la régulation arrive toujours trop tard, quand le manoir est déjà dans le noir.
Ammar, Emeric Millan et les autres ne sont pas des anomalies. Ils sont le produit logique d’un système qui a fait du mensonge bien emballé sa matière première.
Tant qu’on continuera à acheter des histoires plutôt que des bilans, il y aura toujours des Laura Py pour créer des comptes en Allemagne et des gogos pour y croire. Le vrai scandale, ce n’est pas qu’ils escroquent.
C’est que le capitalisme financier ait été conçu pour leur faciliter la tâche. Et qu’il continue.
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