Pédocriminalité : pourquoi il ne faut pas mettre de photos de ses enfants sur internet
Attention : habitude à perdre de toute urgence. Si, à l’occasion des fêtes de fin d’année, vous avez pris et partagé sur les réseaux sociaux des photos de vos enfants, petits-enfants, de ceux de votre famille ou de vos amis, c’est loin d’être une bonne idée. Cette pratique a même un nom : le « sharenting », contraction de « share » – partager en anglais – et « parenting » – parentalité, et 53 % des parents français ont déjà diffusé des images de leurs enfants sur les réseaux sociaux, selon l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique. Une volonté de partager des moments heureux qui se heurte donc à la triste réalité : en cas de mauvaise protection de vos comptes, ces images peuvent tomber entre de très mauvaises mains.
Le principal risque de la diffusion des images de mineurs sur les réseaux sociaux, y compris « des photos très anodines ou très banales », envoyées sans aucune mauvaise intention, est « qu’elles soient mal utilisées » notamment « par des personnes qui ont des comportements pédocriminels », détaille à France Inter Samuel Comblez, directeur des opérations de l’Association e-Enfance/3018 et psychologue de l’enfance et de l’adolescence.
« Réserver ces photos à des cercles très privés »
Pour se préserver de toute utilisation détournée de ces photos, le plus important est de les « réserver à des cercles très privés ». Samuel Comblez indique deux précautions à prendre : « Vérifier à qui on les envoie et quel est le canal de diffusion qu’on va utiliser, que les personnes qui vont les recevoir sont saines d’esprit » et vérifier également « la façon dont on va diffuser ces photos » si on le fait sur les réseaux sociaux, notamment de manière publique. Si c’est le cas, « ça signifie que n’importe quel utilisateur dans le monde va pouvoir y accéder, les recopier et en faire n’importe quelle utilisation ». Il faut, ajoute-t-il, « avoir en tête que c’est un risque possible » et restreindre urgemment ses paramètres de visibilité, ou, par exemple, faire le tri de ses abonnés et utiliser des fonctionnalités comme « Amis proches » sur Instagram.
L’expert souligne les progrès de l’intelligence artificielle, qui permettent parfois de coller le visage d’un enfant sur le corps d’un autre, victime de violences pédocriminelles. « L’idée est de pouvoir éviter que ces photos servent à alimenter en fait ces réseaux », poursuit-il. Les équipes de juristes et de psychologues du numéro d’écoute 3018 peuvent assister des victimes d’utilisation de photos à des fins malveillantes, précise Samuel Comblez, « et surtout, quand malheureusement ces photos sont diffusées et qu’on n’en a plus le contrôle, de pouvoir faire en sorte qu’elles soient supprimées le plus tôt possible ».
Évitez certaines photos, cachez le visage…
Ainsi, pour éviter tout traumatisme, mieux vaut privilégier le partage de photos par messagerie privée et demander à son enfant, lorsqu’il est en âge de répondre, s’il est d’accord, puisque, comme le rappelait la Commission nationale de l’informatique et des libertés mi-décembre, les mineurs, aussi, disposent d’un droit à l’image. Elle précise d’ailleurs qu’au-delà des détournements malveillants, une image partagée peut fournir des informations sur les enfants, ou servir à créer une fausse identité numérique.
« Si vous décidez de publier des photos et vidéos de votre enfant, faites le tri », indique la Cnil, « évitez la publication de certaines photos et vidéos qui ont trait à l’intimité de votre enfant » et « cachez le visage de votre enfant », en photographiant votre enfant de dos, ajoutant une émoticône sur son visage avant de publier. Au final, mieux vaut se protéger car personne ne préviendra d’une utilisation malveillante. « Une copie d’écran est extrêmement silencieuse et c’est souvent pour cette raison là que les parents continuent malgré tout à diffuser ces photos sans se rendre compte qu’il y a un problème potentiel derrière. »
Source : Radio France
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