Quatre milliardaires détiennent plus de richesses que 750 millions de personnes, alerte Oxfam
Un an après la publication choc d'Oxfam en juillet 2024, qui révélait déjà l'ampleur des disparités économiques sur le continent africain, l'ONG anti-pauvreté frappe à nouveau avec un rapport actualisé.
Selon les données fraîchement publiées cette semaine, les quatre milliardaires les plus riches d'Afrique possèdent une fortune cumulée supérieure à celle de la moitié de la population du continent, soit environ 750 millions de personnes. Cette situation, qualifiée de "crise d'inégalités extrêmes", met en lumière un système économique truqué qui favorise une élite restreinte au détriment des masses, dans un contexte où la pauvreté et l'insécurité alimentaire continuent de s'aggraver.
Le rapport d'Oxfam, intitulé Africa's Inequality Crisis and the Rise of the Super-Rich, publié il y a à peine deux jours, pointe du doigt les mêmes protagonistes qu'en 2024 : le Nigérian Aliko Dangote, magnat du ciment, du sucre et des engrais ; le Sud-Africain Johann Rupert, roi des biens de luxe ; son compatriote Nicky Oppenheimer, héritier de l'empire diamantaire De Beers ; et l'Égyptien Nassef Sawiris, géant de l'industrie et de la construction. D'après les classements Forbes mis à jour en 2025, leur fortune combinée s'élève à environ 57,8 milliards de dollars – un chiffre quasiment inchangé par rapport à l'année précédente, malgré les fluctuations économiques mondiales
Aliko Dangote reste en tête avec une richesse estimée à 23,9 milliards de dollars, suivi de Johann Rupert (14 milliards), Nicky Oppenheimer (10,4 milliards) et Nassef Sawiris (9,5 milliards).
Ces chiffres contrastent violemment avec la réalité quotidienne de centaines de millions d'Africains. Selon la Banque mondiale, environ 464 millions de personnes vivaient encore sous le seuil d'extrême pauvreté en 2024, un nombre qui n'a que marginalement diminué en 2025 malgré une croissance économique projetée à 3,5 % pour le continent.
Oxfam va plus loin en soulignant que près de 850 millions d'Africains sont désormais en situation d'insécurité alimentaire modérée ou sévère, soit une augmentation de 20 millions depuis 2022.
Les richesses de l'Afrique ne manquent pas, elles sont dilapidées par un système truqué qui permet à une petite élite d'amasser d'immenses fortunes tout en privant des centaines de millions de personnes des services les plus élémentaires", déclare Fati N’zi-Hassane, directrice d'Oxfam en Afrique, dans une citation reprise du rapport de 2024 mais toujours d'actualité.
Un système fiscal défaillant au cœur du problème
Oxfam accuse les gouvernements africains de manquer de volonté politique pour inverser la tendance. Le continent reste la seule région du monde où les taux d'imposition effectifs n'ont pas augmenté depuis 1980. Les milliardaires et les grandes fortunes exploitent des structures corporatives opaques pour placer leurs actifs à l'étranger, évitant ainsi une taxation proportionnelle à leur richesse. Selon l'ONG, une augmentation modeste de 1 % sur la taxation des patrimoines des plus riches et de 10 % sur leurs revenus pourrait générer suffisamment de fonds pour universaliser l'accès à l'éducation et à l'électricité en Afrique.
Cette analyse fait écho au rapport plus large d'Oxfam sur les inégalités mondiales publié en janvier 2025, qui dénonce comment les super-riches perpétuent un "colonialisme moderne" en extrayant des ressources sans redistribution équitable. En Afrique, plus des trois cinquièmes de la fortune des milliardaires proviendraient de népotisme, de corruption, d'abus de pouvoir monopolistique ou d'héritages, aggravant les fractures sociales.
Menaces pour la démocratie et le développement
Les inégalités extrêmes ne sont pas seulement une question morale ; elles constituent une menace directe pour la stabilité du continent. Oxfam avertit que ces disparités sapent la démocratie, freinent la réduction de la pauvreté et exacerbent la crise climatique. Elles accentuent également les injustices de genre et privent les citoyens ordinaires de leurs droits fondamentaux. La Banque mondiale, dans son rapport Africa's Pulse d'avril 2025, confirme que la croissance per capita, bien qu'en accélération à 1,8 % pour 2025-2027, ne suffira qu'à une baisse modeste du taux de pauvreté.
Lors de la réunion semestrielle de l'Union africaine cette semaine, Oxfam a rappelé l'engagement du bloc à réduire les inégalités de 15 % d'ici 2035. Pourtant, les progrès restent lents, et les pays riches en ressources naturelles – souvent les plus inégalitaires – peinent à réformer leurs politiques fiscales.
Vers des solutions concrètes ?
Pour briser ce cercle vicieux, Oxfam plaide pour une refonte urgente des systèmes fiscaux, une lutte accrue contre la corruption et une redistribution plus équitable des richesses. "Il est temps que les leaders africains priorisent le bien-être de leurs peuples plutôt que les intérêts d'une élite", insiste l'ONG. Des initiatives comme la taxation progressive des milliardaires, déjà débattues au niveau mondial lors du Forum économique de Davos en janvier, pourraient servir de modèle.
Un an après l'alerte initiale, cette mise à jour d'Oxfam souligne que peu de choses ont changé. Les quatre milliardaires continuent de dominer, tandis que la moitié du continent lutte pour survivre. Cette analyse exclusive met en évidence l'urgence d'une action collective : sans réformes radicales, l'Afrique risque de voir ses inégalités s'enraciner davantage, au détriment de son avenir.
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