C’est cette bascule de perspective qui fait de Silent Friend l’un des films les plus puissants et les plus bouleversants de l’année.

Tony Leung et Léa Seydoux sont, comme toujours, d’une justesse sidérante. Ils habitent leurs personnages avec cette économie de geste et cette intensité intérieure qui leur sont propres.

Pourtant, ils se font presque voler la vedette par un arbre. Oui, un arbre. Le véritable protagoniste, le témoin discret, le seul qui reste quand les vies passent.

Il ne parle pas, il ne juge pas, il enregistre. Et c’est vertigineux.

Ildikó Enyedi, déjà immense avec On Body and Soul, pousse ici son obsession de la temporalité à un niveau de rigueur et de poésie rare.

Elle construit son film comme un regard horizontal, poreux, ouvert à tout ce qui vit : humains, végétal, lumière, vent. Rien n’est hiérarchisé.