Sound of Falling : la claque gothique qui te laisse sonné
Mascha Schilinski réussit là où Kristen Stewart a trébuché et où Sofia Coppola n’a osé qu’à moitié : transformer la douleur adolescente, le trauma aquatique et la mélancolie poisseuse en un film sombre, tranchant et hypnotique.
Porté par la bande-son funèbre d’Anna von Hausswolff, Sound of Falling est une expérience qui te prend à la gorge et ne te lâche plus.

Il y a des films qui te prennent aux tripes doucement, presque tendrement, et puis il y en a qui te les arrachent d’un coup sec, sans anesthésie. Sound of Falling de Mascha Schilinski appartient clairement à la seconde catégorie. Dark, grinçant, poisseux, magnifiquement impitoyable : c’est le genre de film qui te laisse KO sur le fauteuil, avec l’envie de reprendre une claque juste pour vérifier que tu respires encore.
Imaginez la version réussie – la version banger, comme on dit – de ce que Kristen Stewart a tenté (et raté, soyons honnêtes) avec son adaptation avortée/désastreuse de The Chronology of Water. Même matière brute : corps abîmés, trauma aquatique, mémoire qui coule et qui noie. Mais là où Stewart s’embourbait dans le prestige arty un peu vide, Schilinski plonge direct, sans bouée, et transforme la douleur en quelque chose de viscéral, presque charnel.

Ou alors, pour celles et ceux qui préfèrent les références plus cinéphiles : c’est la version gothique et germanique du seul vrai grand film de Sofia Coppola, The Virgin Suicides (on sait tous lequel c’est, pas besoin de préciser). Même atmosphère de mélancolie lourde, même fascination pour l’adolescence qui pourrit de l’intérieur, même lumière pâle qui fait mal aux yeux. Mais en plus froid, plus teutonique, plus organes-à-vif. Exit les pastels de Lisbonne, bonjour les gris berlinois et les forêts qui semblent respirer la mort.
Et puis il y a la bande-son. Anna von Hausswolff. Point. Si vous connaissez, vous savez déjà que c’est une arme de destruction massive. Ses orgues funèbres, ses drones qui rampent sous la peau, ses voix qui sonnent comme des exorcismes ratés : tout ça colle au film comme une seconde peau moite. Chaque note semble écrite pour les images de Schilinski, ou l’inverse – on ne sait plus très bien. Résultat : une expérience sensorielle qui te suit longtemps après la fin, comme un écho qui refuse de mourir.
Sound of Falling n’est pas un film confortable. Il grince, il saigne, il te regarde droit dans les yeux en te disant « oui, c’est moche, et alors ? ». Mais putain, c’est beau. D’une beauté noire, tranchante, nécessaire. Dans un paysage ciné actuel souvent lisse et prévisible, Schilinski arrive comme une bourrasque glacée qui remet les pendules à l’heure.
À voir absolument, seul, dans le noir, volume à fond. Et après, on en reparle. Parce que ce film-là, il ne te lâche pas comme ça.
Magnifique. Vraiment.
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