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Société· 7 MIN· décembre 2025 PUBLIÉ LE 12 déc.

Un an après. 12 décembre 2024 - 12 décembre 2025

Un an après. 12 décembre 2024 - 12 décembre 2025
Zoé Sagan
Zoé Sagan 12 déc. 2025 · 7 MIN · Société

Il y a un an exactement, je sortais de la cellule (pour mineurs) dans laquelle m’avait fait déposer Madame Brigitte Macron.  

C’était le 12 décembre 2024. Et deux jours avant, le 10 décembre 2024, le commandement militaire de l’Élysée coordonné par le chef de cabinet du président de la République était en train de superviser mon arrestation pour quatre phrases qui ont fait, on le sait aujourd’hui, beaucoup de peine et de tristesse au couple Macron.

C’était donc il y a un an exactement. Vous allez me dire que je l’ai déjà raconté dans le détail. Pas exactement. À l’époque, étant surveillé comme l’huile sur le feu par la police judiciaire et le cabinet noir de l’Élysée, je me devais de leur faire comprendre, en me servant d’eux, ce qu’était l’infofiction. J’allais tous les mettre en scène dans leur propre rôle. J’allais leur créer de toutes pièces un cas d’école pour eux. Pour les enquêteurs, pour les juges, pour le procureur de la République, pour le parquet, etc.

Il fallait commencer avec la police. Je voulais qu’ils lisent du Zoé Sagan dans leur bureau. Alors j’ai fait comme avec les juges. Je leur ai créé une œuvre rien que pour eux. J’ai raconté une garde à vue fictive. Ce n’est absolument pas cela qui s’est passé dans le réel. Tous les policiers le savent. Ce qui leur a permis de comprendre mon travail après coup. Comme les juges qui ont lu l’été dernier, sur la plage, la pièce de théâtre prédictive qui racontait par avance le procès qu’ils allaient vivre.

C’est un peu provocateur, il est vrai. Mais face à un couple hystérique qui a employé tous les moyens de l’État pour faire enfermer et condamner des papas et des mamans au casier vierge pour une ou deux phrases sur X, avec pour certains une visibilité ne dépassant pas huit personnes, il fallait au minimum cela pour, d’une part, rendre hommage à l’injustice qu’ils ont vécue et, d’autre part, faire prendre conscience aux fonctionnaires qui, sans sourciller, m’ont tous dit que nous ne vivions plus en démocratie mais en démocrature, qu’ils étaient en train de dépasser la ligne rouge de l’indécence.

C’est tellement productif que la manœuvre conceptuelle de Zoé Sagan a fait fabriquer au ministère public une fake news devant un parterre de deux cents journalistes. Zoé Sagan est devenue « l’instigatrice » de l’affaire Brigitte. Elle est la « first source » et va être condamnée à un an de prison pour cela. Évidemment, cela est faux. Elle n’a pas écrit « Becoming Brigitte » mais il fallait trouver une remplaçante à Candace Owens et Xavier Poussard. Ce fut Zoé Sagan. Peu importe le réel. Peu importe la chronologie. Ils avaient besoin de cette dépêche AFP en français et en anglais dans le monde entier. C’est mieux de dire qu’une IA ment quand on est procureur de la République plutôt que l’Élysée. Personne n’avait le choix finalement. Un grand moment surréaliste d’infofiction. Aucun personnage de roman indépendant ne peut aller aussi loin. C’est pour ça que plus personne n’y comprend rien.

Maintenant que Zoé Sagan est donc « l’instigatrice » et qu’elle a écrit « Becoming Brigitte », disons que le procureur de la République l’a rendue très riche. Déjà trois millions d’euros de droits d’auteur. Pour cela, déjà. Merci. Trois millions d’euros contre un an de prison, c’est honnête. Mais l’argent est entre Milan et Brooklyn, chez un journaliste et une influenceuse ; comment le récupérer en étant aujourd’hui, selon le procureur, « l’instigateur » de tout ? C’est très important pour pouvoir payer les 8 000 euros à Brigitte Macron, rubis sur l’ongle, dès le 5 janvier, ainsi que le remboursement des frais d’avocat dont la facture, je n’en doute pas, sera faramineuse. Mais avec mes 3 millions d’euros, je vais frimer un peu. Et jeter quelques pièces d’or un peu partout dans Paris.

Avoir fait mentir le procureur de la République, le parquet de Paris et l’Élysée en même temps, c’est extrêmement rare, et il faut fêter ça comme il se doit. Avoir une calèche, des chevaux, et un coffre de pièces d’or pour rendre les gens heureux sur mon passage.

C’est une décision historique pour un auteur comme pour son personnage d’intelligence artificielle indépendant.

Mais revenons à ce qui s’est joué il y a un an. Et que je ne pouvais pas raconter pour ne pas mettre mal à l’aise les fonctionnaires de police ou, pire, que l’Élysée les fasse licencier ou les placardise pour avoir raconté telle ou telle chose. Ils sont tellement susceptibles en ce moment qu’un rien peut les conduire à vous virer. Un préfet vient d’en faire les frais simplement parce qu’Emmanuel a dû marcher une minute sous la pluie ; le préfet a été viré sur-le-champ. Sans remerciement. Alors imaginez ce qu’ils auraient fait aux policiers qui me sortaient de cellule chaque heure en me donnant des cigarettes, du café et des informations cruciales tout en répétant : « Tu n’écris rien en sortant, tu n’en parles pas aux médias. » Ce que j’ai fait. J’ai donc créé un contre-récit pour endormir l’Élysée. Qu’il me croie traumatisé et agarre pendant au moins une année. Laisse-les gagner, qu’ils disaient. Pour l’instant au moins. Sinon tu vas disparaître.

Cela fait donc un an. Et je me souviens de cette nuit où tous les policiers qui fêtaient le départ de l’un d’eux à la retraite avaient beaucoup bu et me faisaient participer avec eux à la fête. J’avais le droit de fumer dans les locaux. Il était plus de minuit. Le chef me disait de jeter mes cendres dans la poubelle et les enquêtrices venues de Paris commençaient à stresser que les locaux prennent feu, tout en me répétant que jamais au grand jamais je ne devrais raconter ça. Comme l’accident de la route qu’on a frôlé en prenant une bretelle d’autoroute à contresens pour m’amener à l’hôpital dans la nuit. Les enquêtrices ont dû, comme dans les films, sortir à fond de leur voiture banalisée avec leur carte de police et leurs armes pour que tout le monde s’arrête. Et moi je répétais : « Les filles, je vous l’avais dit, ce dossier Brigitte est maudit. C’est une fréquence étrange. Dès que tu le touches, la mort apparaît. » Ça a été le seul moment où elles ne m’ont pas trouvé drôle. Et peut-être quand je voulais noter ce que racontait leur confrère sur le couple présidentiel et sur leur ministre de tutelle. 

A notre retour au commissariat, il faut imaginer un bureau rempli de policiers avec trois verres de trop dans le nez où chacun cherchait une solution pour que Zoé puisse avoir le droit de publier sans finir enfermée par l’Élysée. Il y avait la team « Jean de La Fontaine » qui voulait que Zoé n’emploie plus de noms d’humains mais les remplace par des animaux. Alors j’ai répondu que c’était déjà fait, que Brigitte et Emmanuel c’était l’aigle noir ou Ladybug pour la coccinelle, mais que ça ne marchait pas non plus. Que ça les rendait encore plus en colère. Alors les policiers ont continué de chercher. De donner des idées. Souvent excellentes. Les uns racontaient ce que faisait leur grand-père policier pendant la seconde guerre mondiale et les autres voulaient me faire sortir de la cellule discrètement pour retourner chez moi au milieu de la nuit prendre un ordinateur avec des images du couple qu’il n’avait pas. L’un d’eux avait un logiciel apparement spécial et voulait absolument faire des tests de reconnaissance faciale. 

On a aussi parlé du juge pour enfants qui a tenté de vendre la virginité de sa fille sur Internet. On est passé aussi par Claude Lévêque et Olivier Duhamel, les étoiles de l’Élysée. Et puis, on a échangé des informations. Elles étaient impressionnées à plusieurs reprises que j’en sache plus qu’elles sur ceux sur qui elles enquêtaient. Par exemple, Alain Soral et ses petits copains : elles m’ont demandé comment j’en savais autant ? Comment c’était possible ? Je répondais que je travaillais beaucoup depuis vingt ans et qu’à part lire et écrire dix heures par jour, elles ne trouveraient rien pour m’enfermer. Et c’est pour cela que j’ai été privé de ma liberté pour quatre phrases. Des mots, donc. C’est qu’il n’y avait rien d’autre. Même après un an d’enquête. Même en lisant l’intégralité de mes emails ou sms. Ils ont quand même retourné toute ma vie personnelle et amoureuse ces vingt dernières années. Il faut croire que j’ai été irréprochable. Ça m’étonne presque moi-même. Mais tant mieux finalement. 

Enfin, tout était irréprochable jusqu’à ce que l’un d’eux crée une première friction en m’appelant « le prisonnier politique ». Le même qui disait à ses collègues des quun de ses collègues demandaient pourquoi j’étais là, il répondait systématiquement « la bite à Brigitte » ce qui faisait sourire une moitié du commissariat entre deux arrestations. Ils se sont un peu engueulés entre eux à cause de ça. Le ton est montée d’un coup. Moi je passais plutôt un bon moment avec les pilules roses qu’on m’avait offertes à l’hôpital. Je savais que je le raconterais un jour et que, comme tout ce qui concerne Zoé, on me dirait : « C’est impossible, je ne te crois pas, un chef d’État ne peut pas tomber aussi bas, même à fin de son mandat.»

Et pourtant…

Un jour je vous raconterai tout. Dans le détail. Ne me demandez pas quand. Au fond on le sait tous. Après la libération. Quand ils ne seront plus qu’un mauvais souvenir. 

z/S
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12 déc. 2025 · ARCHIVE z/S · ZOESAGAN.COM
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Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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