Can Love Be a Photograph ? L’exposition qui prouve que l’amour est la plus belle manipulation du monde – L’une des meilleures de 2026
Il y a des expositions qui vous font simplement regarder. Et puis il y en a d’autres qui vous font sentir vu. Can Love Be a Photograph – 40 years of Inez & Vinoodh, au Kunstmuseum Den Haag, appartient sans hésiter à la seconde catégorie.
Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin ne sont pas seulement un duo de photographes. Ils sont un couple, une entité créative, une histoire d’amour qui dure depuis 1986 et qui s’est transformée en œuvre d’art totale.
Ce qui rend cette rétrospective monumentale, c’est qu’elle ne célèbre pas seulement quarante ans de carrière. Elle célèbre quarante ans de regard amoureux. Et c’est là que tout bascule.



L’amour comme acte photographique ultime
Le titre lui-même est une question et une réponse à la fois. « Can love be a photograph ? » Oui, répondent-ils. Parce que prendre une photo, pour eux, ce n’est pas capturer un instant. C’est voir l’autre avec une attention si totale, si généreuse, que l’image devient un acte d’amour pur.
Inez le dit elle-même dans le Financial Times : « Taking a photograph is an act of love, an act of attention, and truly seeing the other person. » L’exposition entière est un témoignage à « tous ceux que nous avons aimés et à qui nous avons donné de l’attention, y compris l’un l’autre ».
Et ça se sent. Dès la première salle, vous êtes plongé dans un univers où le réel et l’artifice se caressent sans jamais se trahir. Les images sont à la fois hyper-réalistes et totalement manipulées. Elles vous séduisent, vous dérangent, vous font douter de ce que vous voyez… et vous ramènent toujours à l’essentiel : le regard de l’un sur l’autre.
Des œuvres qui marquent au fer rouge
Parmi les pépites :
- La série mythique For Your Pleasure (1994) pour The Face, où des mannequins glossy sont incrustées dans des intérieurs de bureau ou des plages stockées, créant un malaise délicieux sur la féminité.
- Les autoportraits de 1999 Me Kissing Vinoodh (Lovingly) et Me Kissing Vinoodh (Passionately) – l’un où ils s’embrassent, l’autre où Vinoodh a été effacé numériquement. Un hommage poignant à la peur de perdre l’autre quand on ne forme plus qu’un.
- Le tout récent Think Love (2025), tourné sur iPhone 17 Pro Max avec leur fils Charles et l’artiste Natalie Brumley, sous un voile rouge en hommage au Baiser de Klimt. Preuve que même en 2025, leur magie opère encore.
- Des campagnes légendaires pour Balenciaga, Yohji Yamamoto, Chanel, Louis Vuitton, avec Christy Turlington, Lady Gaga (trois têtes !), Taylor Swift, Bill Murray, Natalie Portman, Hunter Schafer…
Et puis il y a ces deux salles secrètes remplies de Polaroids annotés à la main, minuscules, intimes. Le making-of de génies qui préparaient chaque lumière, chaque angle, comme on prépare une déclaration d’amour. C’est le moment où l’exposition devient presque trop personnelle. On a l’impression de regarder par le trou de la serrure de leur studio new-yorkais.
Pourquoi c’est l’expo de l’année (et pas seulement parce que c’est beau)
Parce qu’elle pose les bonnes questions au bon moment.
Dans un monde où tout le monde photographie tout le monde avec son téléphone, Inez & Vinoodh nous rappellent que la vraie révolution n’est pas la technologie. C’est l’intention. Leur travail dit : la photo ne montre pas le monde tel qu’il est, elle montre comment nous sommes modelés émotionnellement, corporellement, relationnellement par les technologies à travers lesquelles nous nous regardons.
Ils ont commencé à manipuler les images en 1993, bien avant que Photoshop ne devienne un verbe courant. Ils ont transformé la mode en art conceptuel sans jamais perdre l’émotion. Ils sont à la fois commerciaux et radicaux, mainstream et underground. Des renards dans le poulailler de la photographie contemporaine.
Et surtout : ils prouvent que l’amour n’est pas un thème. C’est une méthode de travail.
Infos pratiques (pour que vous y alliez vraiment)
Kunstmuseum Den Haag
21 mars – 6 septembre 2026
Billets en ligne sur le site du musée (réservez, ça va être bondé).
Comptez au moins deux bonnes heures. Prenez le temps. Laissez les images vous hypnotiser comme elles ont hypnotisé Christy Turlington (« Ils m’ont fait me voir autrement, et je me suis sentie en sécurité pour prendre des risques »).
Dernière chose
J’ai vu beaucoup d’expositions qui parlent d’amour.
Celle-ci ne parle pas d’amour.
Elle est de l’amour.
Et c’est pour ça qu’elle est, pour moi, l’une des plus belles et des plus importantes de 2026.
Alors oui, prenez le train pour La Haye.
Allez voir Inez & Vinoodh.
Et laissez-vous aimer par leurs images.
Parce que, comme ils le disent si bien :
l’amour, effectivement, peut être une photographie.
À très vite sous les lumières du Kunstmuseum.
Et n’oubliez pas : regardez vraiment.
C’est le seul moyen d’être vu en retour.

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