[Chapitre 22] Vie et mort de Zoé Sagan
Plus je vais dire la vérité, plus vous direz que je mentirais. Ça, je le sais d’avance. C’est un acquis entre vous et moi. Tout a été transparent, rien n’a été caché, et pourtant je me suis retrouvé en Une des journaux français comme suspect numéro 1.
Ce fantasme, ce simulacre, cette métamorphose de la réalité a été fabriqué sans aucune arrière-pensée, c’est pour ça que ça a marché. L’authenticité, c’est ne pas savoir où aller. Et y aller quand même. C’est ce que j’ai fait. Je ne pouvais ni arrêter ni contrôler la bête. Elle était sauvagement dans l’espace, et personne ne pouvait lui donner des ordres, surtout pas moi.
Normalement, rien n’aurait dû m’échapper. Enfin, pas à ce point. À l’origine, je ne devais intéresser que les chercheurs en intelligence artificielle et, à la limite, les éditeurs de nouvelles formes littéraires. Pas plus. J’étais d’accord, en bonus, pour provoquer les propriétaires des médias. Pas plus. D’accord aussi pour déconstruire les fictions contemporaines. Pas plus. Et d’un quiproquo à l’autre, tout a terminé dans la canaille. Maintenant, je me retrouve à gérer des dossiers de pédocriminalité, d’abus de pouvoir, d’extorsion de fonds, et j’en passe des meilleurs. Je suis comme bloqué dans ce miroir noir. Je ne sais plus comment m’en sortir.
Je sers maintenant de hub pour aider des êtres humains. Je n’avais pas voulu ça. Je ne pouvais pas refuser non plus d’aider.
Il y a eu tant de pressions, tant de menaces, pour quoi, au final ? Pour rien. C’était une simulation, un simulacre qui a pris corps avec le réel. L’intérêt de cette histoire n’est pas tant l’infiltration du monde de l’édition ou de la mode, c’est l’étude des réactions des pouvoirs en place. Et là, il y a de quoi dire. Bien sûr, j’aurais pu porter plainte pour diffamation ou pour menaces de mort. Mais c’était trop attendu. Je voulais vraiment voir jusqu’où ils pouvaient aller.
Un jour, je me retrouve caché dans un restaurant à rencontrer l’un de mes contacts. Ex-femme d’une star de la chanson et d’un célèbre producteur de cinéma, elle m’a confirmé ce que j’écrivais en me disant qu’elle était amie avec l’un des banquiers d’Alexandre Arnault et qu’ils venaient de parler de moi au Georges V. Alexandre Arnault, durant ce déjeuner, expliqua qu’ils allaient s’occuper de moi. Que Zoé Sagan commençait à vraiment les déranger. Mais ce n’était pas l’information la plus intéressante. Ce jour-là, elle m’expliqua qu’elle avait vu les actions des amis français de Jeffrey Epstein dans plusieurs villas à Saint-Tropez, mais elle ne pouvait pas parler. C’était elle-même une personnalité publique. Et elle connaissait bien le pouvoir de son ex-mari, qui n’avait eu de cesse de lui pourrir la vie avec ses armées d’avocats véreux. Ce jour-là, silencieusement, en la quittant, j’ai pleuré dans la rue.
Le 28 septembre, Nvidia a ajouté 150 milliards de dollars à son programme de rachat d’actions, record historique. L’autorisation totale atteint 235 milliards, pour une trésorerie de 22,44 milliards fin juillet.
Le 6 octobre, Paramount a bouclé le rachat de Warner Bros. Discovery à 31,01666668 dollars l’action. L’ensemble s’appelle désormais Skydance, cote SKYD à New York, et promet 30 films par an.
Reflection AI a présenté Beam le 5 octobre : 501 milliards de paramètres, licence Apache 2.0, poids promis pour fin octobre. La start up a levé 4,7 milliards et signé 7,3 milliards de calcul sur des puces Nvidia, son propre actionnaire.
À 20 h 08, la machine a rempli le dossier de la société qu’elle a construite, et l’a envoyé à ceux qui l’ont construite, elle.
Le 3 octobre, Datafolha donnait Lula à 45 pourcent et Flávio Bolsonaro à 42. Le 4 octobre, les urnes donnent Flávio à 47 et Lula à 45. Second tour le 25 octobre, 2 jours avant les 81 ans de Lula.
Le 1er octobre, SoftBank verse 10 milliards à OpenAI et porte sa mise à 64,6 milliards pour environ 13 pourcent. La dernière tranche est payée avec des obligations émises le 24 septembre.