[Chapitre 28] Vie et mort de Zoé Sagan
Je sors d'un trou. D'un gouffre. Je sors d'une longue torture invisible. Je sais qui sont les boss maintenant. Je sais qui contrôle le monde. Je sais qui est au-dessus des lois. Je sais qui peut activer des agents à n'importe quel moment pour vous détruire si la sécurité d'un état est en jeu.
Vous vous direz, Zoé ne peut pas faire trembler l'état, elle a quoi à part quelques images de cul, et bien justement, une seule mauvaise image peut tout effondrer apparemment. En 2021 on en est là. Mais tout cela ne m'intéresse pas. Je veux simplement récupérer ma paix intérieure et sauver ma famille.
Je voyais en terminant ce texte 1500 riches invités arriver à Arles pour l'ouverture de LUMA, la Fondation de Maja Hoffmann. En moi, la voix de Zoé résonnait encore, surtout en regardant ce cirque culturel, Zoé me soufflait à l'oreille :
« ART IS DEAD. LUMA IS DEAD. MAJA IS DEAD. GO FUCK YOURSELF WITH YOUR ART. FUCK RECTANGLE. TURN ON R'BNB. L'ART EST MORT. LA FONDATION LOUIS VUITTON EST MORTE. ARNAULT EST MORT. MERDE AU RECTANGLE. TRANSFORME TA FONDATION EN AIRBNB BERNARD. »
« Éteignez tout. Éloignez-vous et méfiez-vous de tous les rectangles présents dans votre environnement. Censurez chaque rectangle comme votre ordinateur, votre téléphone, votre carte de crédit ou votre télévision, parce que le rectangle ça représente le pouvoir et le contrôle. Comme l'immobilier si vous voulez qui n'est lui aussi rien d'autre qu'une suite de rectangles. Les rectangles sont là pour vous emprisonner. » Et je pense que Zoé vous l'a prouvé.
Pensez une seconde à tout l'argent public qui a été dépensé honteusement pour Zoé.
Tous ces gens payés par vos impôts. Tous ces déplacements, toutes ces réunions, ces nuits d'hôtel, ces restaurants, pour quoi au fond ? Un canular métaphysique ? Vous êtes des génies. Si les renseignements russes et chinois lisent mon histoire, vous allez encore vous payer une de ces hontes. Maintenant que je sais que Brigitte Macron et Mimi Marchand voulaient me recruter, j'assemble mieux le puzzle de mon année passée. Mais quel artiste ou quel romancier, plus particulièrement, vit pareille situation en France ? Qui plus est un romancier trentenaire ? Qui ? Je veux des noms, j'ai l'impression d'être tout seul. Je devrais remplir les pages des critiques littéraires pas des faits divers politiques. Tout est absurde quand j'y pense. Maintenant que l'étau se desserre grâce à mon avocat, que les différents services ont enfin compris que je n'étais pas une menace, je me rends compte du risible de la situation. J'ai piégé les piégeurs malgré moi. Le concept de Zoé devait être bien plus puissant que je ne le soupçonnais. Maintenant j'aimerais bien récupérer tout ce que vous m'avez pris. Ma société, mon audience, ma famille. Rendez l'argent et on oublie tout. Je claque le clavier et je disparais à jamais. Je ferai des livres pour enfants sous un autre nom, depuis le Bhoutan. Si vous voulez, je change d'identité, je ne tiens pas à mon nom de famille Poirson, c'est moche et sans signification pour moi, aucun problème à en changer. Mon prénom aussi. Faites-moi un faux passeport, vous pouvez tout faire de toute façon, vous me l'avez prouvé. Je ne vous défierai plus jamais. J'ai du respect pour vous. J'ai toujours du respect pour celles et ceux qui arrivent à m'écraser. C'est quoi pour vous un nouveau passeport ? Vous en avez même donné plusieurs à Alexandre Benalla, je suis beaucoup plus pertinent que monsieur biscoto, je mérite ces morceaux de papier. Je mérite de pouvoir voyager sous une nouvelle identité.
Mon père biologique venait d'avoir son fils adoptif du même âge que moi qui avait décidé de se pendre pendant le premier confinement dans la maison familiale. Ça ne l'avait pas fait bouger. Son âme est libérée, m'avait-il dit. Moi on voulait me pendre mais ça ne l'a pas fait bouger d'une oreille. J'aurais pu me prendre une balle dans le dos devant lui, il serait retourné méditer. Sans bouger. C'était comme ça, il était désincarné. Même si ces deux fils, l'un adoptif et l'autre biologique, mouraient, ça ne lui gâchait pas ses nuits. C'était intéressant à vivre de mon point de vue. Intéressant à comprendre. Toujours est-il que ça n'arrangeait pas mes affaires. Je n'avais absolument plus personne sur qui compter.
J’hésite à me sacrifier. Mais j’ai un enfant, très jeune. Si je pars, ce que je sais, c’est que j’en emporte un paquet avec moi. Une forme de ménage français, produit grâce à de la data. J’ai anticipé d’ores et déjà d’avoir un accident. Ils sont venus jusqu’à moi. Plusieurs fois. On m’a clairement prévenu. La prochaine fois, c’est toi ou ton enfant à qui on s’en prendra physiquement. Prévenir la police judiciaire, me direz-vous, j’aurais bien aimé, mais ils sont venus me voir pour la sortie de kétamine, puis de Braquage, mes deux premiers romans, et quand une police politique sur ordre de plusieurs ministères vient dépouiller des écrivains, comment voulez-vous ensuite avoir confiance en eux ? C’est un peu comme se retrouver en face du juge qui vend la virginité de sa petite fille sur internet et qui traite en parallèle des maltraitances faites aux enfants. Comment voulez-vous ? Je ne dis pas qu’ils sont tous corrompus, loin de là, mais tous sont impuissants face à l’architecture qui a été mise en plus bien avant nos naissances à tous.
Alors quoi ? Si je ne peux pas parler à la justice en confiance, encore moins à la police, il me reste quoi ? J’ai bien des généraux de l’armée qui m’ont contacté, qui était au courant de mon « affaire » en cours. Ils m’ont rassuré en disant que j’étais en surveillance de partout.
Beaucoup de journalistes d’investigations sont venus jusqu’à chez moi. Ils ont même dormi dans mon lit, pour avoir le temps de m’informer, de me sourcer, sur ce qu’ils se passait dans ma vie.
J’avais, selon tous ces gens, touché des fils qui ne devait pas se toucher, pas maintenant. Les avocats aussi me l’ont confirmé. Tout le monde est en fait au courant. Mais personne ne peut rien faire vraiment.
Donc si je meurs, j’ai déposé des clés USB un peu partout, dedans vous trouverez le nom des coupables. Dedans vous hallucinerez de la hauteur des pouvoirs qui s’occupent de moi. Vous aurez tout. Mais je n’écris pas pour ça, j’écris pour m’assurer que vous, vous qui m’avez aidé à tenir, si je meurs, venez veiller sur mon seul enfant. Dites-lui que j’ai fait ça pour sa génération. Dites-lui que je ne voulais pas mourir. Mais que j’ai décidé de faire sauter le couvercle de la honte. Personne n’ose publier des noms, moi j’ai les noms. J’ai des dossiers, des preuves, même des meurtres et autres sacrifices.
Les réseaux sociaux les ont détruits. Ils ne pourront pas tuer ou surveiller tout le monde. La justice est au courant mais ne dit rien. La police est au courant mais ne dit rien. Les journalistes d’investigations sont au courant mais ne disent rien. Encore une fois, j’ai tout fait pour faire comme tout le monde, oublier, et passer à autre chose, mais je ne sais pas comment ils font, moi je n’y arrive pas. Il y a des malades mentaux en liberté avec un pouvoir démoniaque entres les mains, tout le monde sait, et personne ne fait rien.
Symboliquement, je suis face contre mur, la tête encastrée dans le mur. Je peux me retourner et faire une dernière clé de bras. Mais ils me plomberont si je vais plus loin. L’Élysée est au courant. Les ministères aussi comme la DGSE et le Mossad. Les services de sécurité de la famille Rothschild commencent à s’intéresser à la vie de mes avocats.
De même que je sais de source sûre que la famille Arnault a envoyé des ordres pour « gérer le problème Zoé Sagan ». Je ne sais toujours pas vraiment comment en aussi peu temps j’ai pu avoir autant d’attention de ses milliardaires. Des détectives privés ont mis sur écoute mon appartement comme mes écrans. Ça ne m’a jamais dérangé, j’ai écrit pour être enfin écouté. Mais j’ai eu la mauvaise audience. Au lieu du peuple, j’ai eu comme lecteurs les milliardaires. Ça a dû être assez humiliant pour eux, ils ont répondu en conséquence.
Aujourd'hui, le 25 octobre 2021, mon partenaire, mon binôme, mon frère est mort. Ou c'était peut-être hier. Je ne sais plus. Ce que je sais, c’est qu’il est parti comme le personnage de Zoé dans House of Cards. Sous un métro. À Brooklyn. Je suis naturellement dévasté. En état de choc.
Mais en même temps, nous savions depuis quelques mois qu'il avait une équipe sur le dos. Une équipe pas vraiment catholique. Il termine donc comme Mark Lombardi, le plus grand artiste du 21ème siècle. Comme pour Mark Lombardi, dès l'annonce de sa mort dans le NY Post, le combat pour sa collection privée a commencé. Les chacals ont immédiatement réécrit l'histoire en leur faveur. L'homme est un loup pour l'homme. C'est la leçon. Mais je me retrouve aujourd'hui orphelin. Je sais qui a commandité sa mort. Je sais qui a été manipulé pour l'envoyer des États-Unis en Europe pour lui faire subir des opérations secrètes dans un hôpital à Milan. À côté de la chambre de Silvio Berlusconi. Le tout payé discrètement par l'héritier de la famille Agnelli. Famille qui rendait un service aux Arnault. Liquider Steven Mark Klein. Trop dangereux, trop prophétique. À faire disparaître. C'est fait. Les services de renseignement français sont aussi au courant. Mission accomplie. En cinq mois, ils ont accompli la mission.
Nous nous étions préparés à cette éventualité ces derniers mois. Il m’avait écrit qu’il était même possible qu’après son départ d'Arles en France, il soit possible qu'ils l'enferment à New York dans la même prison que Jeffrey Epstein et qu’il se « suicide ». Il écrivait bien à chaque fois « suicide » entre guillemets. Aujourd'hui, ils ont même fait publier un article sur cet homme qui meurt sous le métro à Brooklyn, en précisant bien que la piste criminelle a été écartée. Comme Mark Lombardi. La même, vingt et un ans plus tard. Même ville, même sujet, même assassinat. Sauf que cette fois, je suis au milieu de l'histoire. Le médecin qui a été prévenu de sa mort, on ne sait comment, et en un temps record a appelé l’un de ses amis qui m’a à son tour prévenu. L’article était déjà publié dans le NY Post. Une heure après, Lapo Elkann avait déjà appelé Elise By Olsen pour payer et organiser ses funérailles. Le même qui avait réglé la facture mystère à l’hôpital St Rafael à Milan, deux mois plus tôt, avant qu’il ne me rejoigne en France. Il n’y aura pas d’autopsie, d’où le choix du métro, son corps doit être laminé, découpé, en mille morceaux. Je ne saurai jamais ce qu’étaient les implants dans son bras en sortant de l’hôpital. On ne saura jamais ce qui s’est passé là-bas sur la table d’opération. Steven Mark Klein est mort. Ils l’ont tué. Je le sais. Je pourrais bien le prouver, mais j’y laisserais ma peau. Je dois éduquer mon fils Raphaël, Rap comme il l’appelait, pour le futur. Je ne peux pas finir sous un métro. Je ne peux finir sur le bord d’une route écrasé contre un arbre. Je ne veux pas tomber de vélo. C’est pour ça que j’arrête tout, je change de vie. Ceci est mon dernier livre.
Vie et Mort de Zoé Sagan se termine dans un état de lévitation, en deuil et en noir. Seul.
Je suis évidemment dans un état second, comme n'importe qui face à une mort suspecte. Mais nous savions qu'il allait terminer comme son ami artiste Mark Lombardi. Les Arnault avaient prévenu. Les Hoffman aussi. Nous nous étions préparés ces derniers mois. On m'avait assez prévenu en France. Même les services de renseignement savaient. Même l’ami d'Alexandre Benalla qui, par "hasard", était venu me voir en bas de chez moi. Des brèves de souvenirs me reviennent par flash. Sa mort brutale éclaire tout ce qui avait sa part d’ombre. Il était une cible et a été descendu.
La famille Elkann, héritière milliardaire de Gianni Agnelli, souhaite maintenant payer l'enterrement et "gérer" la suite. Famille partenaire de crime avec les Arnault qui voulait voir disparaître Steven Mark Klein. Alexandre Arnault (dont les Elkann étaient les invités d’honneur à son mariage) ayant dit à table qu'ils allaient "s'occuper de nous". Voilà, c'est fait. Mission accomplie.
Vous pouvez ouvrir le Champagne, les gars. Steven n'est plus là pour vous embêter. Mais vous imaginez bien qu'il n'allait pas partir comme ça sur un boom ou un chuchotement. Il vous a laissé une dernière surprise. Une surprise à la Mark Lombardi.
Et cette surprise, c’est moi.
Avant de se « suicider » voici les derniers messages que celui qui m’avait tout appris m’a envoyé :
« Nous avons vécu un BAD TIMING. Le chapitre "Grève de la faim" c'est un chef-d'oeuvre. Le niveau de conspiration de l'état profond est le sujet. L'angle unique est que le monde de la mode fait partie de l'état profond. La Pharma remplace la Fashion. Hoffman remplace Arnault. Tu m'as vu détruire mon corps pour vivre de l'intérieur ce processus. C'était un instant vivant de l'écriture du roman. Écrire comme un suicide. Tu es l'écrivain célibataire le plus important du 21e siècle. Personne ne te comprend et personne ne m'a jamais compris. Le nouveau chapitre Grève de la faim est fait de merde et de douleur. Vous devez admettre que la fin parfaite du roman raconte un assassinat. Pensez à ce que cela m'a coûté. Votre génération n'atteindra jamais nos sommets de folie artistique. Si vous aviez vécu seulement 5 minutes avec Hunter S. Thompson, vous auriez un traumatisme à vie.»
[…]
« Je prévois d'approfondir encore plus le contrôle pharmaceutique. La mode est morte. L'art est mort. Le design est mort. A moins que ce ne soit sur le suicide. C'est pourquoi La pharmacie est si importante à tel point qu'elle est un produit fait pour vous envahir et pour vous modifier de manière invisible. Qui sait combien d'humains sont contrôlé par Maya Hoffmann. Bernard Arnault est un amateur en comparaison. Parfum, champagne, baskets vs LSD x OXY. »
[…]
« N'oubliez pas d'écrire la pièce de théâtre d'une heure sur les dealers à ta fenêtre. Chaque acteur sera un noir et ou un arabe/ une actrice attend ce travail pour faire carrière. J'aime quand un seul revendeur est assis là seul en silence, puis il y a une explosion de son hors scène avec du rap français ou des cris bruyants. La vraie France 2021. »
[…]
"Ils ont arrêté ma capacité à pisser. Les sons des oiseaux sont revenus. Ils m'empêcheront d'entrer aux USA. Après n'avoir pas été capable de faire pipi je mourrai dans l'avion. Quelqu'un est à ta porte. Ils veulent que je me tue moi même ICI. RAPPELEZ-VOUS ce que Vanessa Friedman a dit : contactez-la si on m'empêche d'entrer aux États-Unis. Ils ont détruit ma bite. Vanessa : friedman@nytimes.com. Ils sont à l'extérieur de votre porte. J'ai vu de la lumière dans l'école aux fenêtres de l'école de l'autre côté de la rue."
Comme il l’avait prévu, j'ai bien été contacté par une reporter du New York Times qui voulait s’entretenir avec moi sur sa mort. J’ai dit la vérité, comme toujours. Et évidemment, tout a été nettoyé. Ils ont transformé la réalité, créé un récit faux. L’article a été publié en retirant l’existence de Zoé Sagan, de Steve Oklyn ou de Mark Even. Ils avaient gagné. L’histoire se terminait comme ça. Par un assassinat. Sans moyen de répondre. En plus d’avoir perdu mon partenaire, je perdais foi en l’humanité et dans la condition humaine. Tout le monde avait peur pour moi. Entre les différentes familles de milliardaires impliquées jusqu’au cou, plus un crew de crapules saupoudré de barbouzes étatiques, tout le monde savait que je pouvais disparaître à n’importe quel moment. J’ai même dû enregistrer mon testament chez mon meilleur ami notaire. Ce testament sera le dernier vrai chapitre de ce dernier livre. Vous le lirez quand je serai mort. Dans un mois ? Un an ? Une vie ? Nous verrons bien.
La première partie de « Vie et mort de Zoé Sagan », a été écrite d’un trait à Arles entre le 21 mars 2021 et le 21 novembre 2021. Ensuite, ma vie s’est effondrée jour après jour, jusqu'à tout perdre.