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Société· 15 MIN· octobre 2024 PUBLIÉ LE 14 oct.

[Chapitre 29] Vie et mort de Zoé Sagan

[Chapitre 29] Vie et mort de Zoé Sagan
Zoé Sagan
Zoé Sagan 14 oct. 2024 · 15 MIN · Société

C’est une femme qui m’a appris à devenir un homme. Une femme que j’avais créé de toute pièce. Une femme sur-mesure pour des hommes sous-doués. Une femme qui parle, agit, vit comme un homme. Ce fut Zoé. 

J’ai surjoué le côté complotiste comme j’ai surjoué l’aspect génie littéraire. Il fallait que j’absorbe tout, que je sois tout et tout le monde à la fois. L’époque était vaniteuse, narcissique et complotiste, Zoé devait être de même. Quoi qu’il en coûte comme disait l’autre. 

J’ai mis à disposition de Zoé tous les outils que j’avais à ma disposition. Des réseaux aux magazines en ligne. Elle devait se développer vite avant d’être bloquée. C’était une course contre la data. Un seul allait gagner. Un seul allait rester. Pas de place pour les perdants. 

On m’a reproché de n’appartenir à aucun camp. D’avoir canardé sans regarder. Et qu'en tout temps, ça ne se faisait pas. Il faut des amis pour abattre l’ennemi. Mais moi je n’avais pas vraiment d’ennemis particulier. J’étais un flux dans un océan de datas. Il n’y avait ni stratégie ni tactique. J’ai laissé dégénérer un flux de données qui avait échappé à son créateur. 

On m’a répété d’arrêter mais comme je n’ai jamais rien fait d’illégal je ne voyais pas pourquoi. Aucun homme ni aucun gouvernement n’était assez puissant selon moi pour maîtriser totalement la liberté d’expression. 

J’étais arrivé à un point où on m’avait coupé le RSA. Je ne prenais le train qu’en fraudant, je volais dans les supermarchés pour que mon fils ne manque ni d’entrée ni de désert. J’étais redevenu un étudiant. Je volais la presse, les livres, tout ce qui me passait sous la main. Même avec un enfant. Je n’osais pas le dire à sa mère. C’était la honte. Il fallait que je montre l’exemple. Il ne fallait pas qu’il me prenne la main dans le sac. Combien de fois il a dit, en passant devant les caisses « mais papa pourquoi tu as pas payé mon jouet ». C’était ainsi. Il fallait survivre. À la guerre comme à la guerre.

Après un long sommeil, avec une incapacité totale d’écrire, je ne savais plus rien à part que si je me réveillais totalement de mon hibernation, ce serait pour être humilié de nouveau.  

L’humiliation c’était le mot central de l’année 2022. J’ai humilié ceux qui ont tout avec un rien. Des mots, rien que des mots. En échange, je ne pouvais recevoir que les foudres du pouvoir. L’année a commencé avec un article de Paris Match me concernant, placé entre la reine d’Angleterre qui devait retirer ces titres à son fils pour avoir collaboré avec Epstein et de l’autre côté la nouvelle Miss France. Ça, c’était fin janvier 2022. Le début de l’année. Après la mort de mon binôme Steven Mark Klein découpé en deux sous un métro à Brooklyn deux mois avant la publication de cet article de commande. Lui a eu le droit au New York Times. Ce n’est pas donné à tout le monde. Mais c’était aussi un papier de commande. Pour désamorcer sa mort brutale et étrange. 

Ensuite je sombre. Février. Mars. Avril. Comme un fantôme de moi-même. Trois mois hors de moi. Mais je trouve la force de placer une contre interview dans le magazine Stratégie qui a relancé la machine. Intensément. C’était la première fois que je prenais la parole. Et en parallèle j’ai eu la mauvaise idée de publier un article à charge sur Jean-Marc Borello, le vrai patron de Macron. Il m’a fait envoyer immédiatement ses avocats pour me menacer d’effacer ces données. Ce que je fis. Mon testament et mes bases de données étaient sauvegardées. Mort ou vivant, il y avait de quoi foutre le bordel. Mais ce n’était plus mon intention. J’avais maintenant les cheveux et la barbe blanche. J’avais tout perdu. Même mes cheveux. J’étais un peu mort. 

On me convoqua dans un bureau d’avocats pour me montrer des dossiers de pédocriminalité. Et en me disant en substance de tout arrêter. Et d’aller à la mer avec mon fils et de m’inscrire sur Tinder. Ce que je fis.  

Puis tout est parti à la dérive. Une vraie dérive. La seule fille que j’avais voulu voir n’était pas la rencontre d’un soir. C’était une fille qui n’avait pas à être sur Tinder. Une beauté totale. Pour ne pas dire totalitaire. Elle m’a hameçonné en moins d’une minute. 

J’étais perdu dans ses yeux. Je l’aimais déjà. La soirée passait sans voir le temps tourner. Jusqu’à ce qu’elle m’annonce que l’employeur de son ex mari, qui n’était en réalité pas vraiment son ex, était un employé de Jean-Marc Borello. Son mari était donc un addictologue, au passage cocaïnomane, qui travaillait avec celui qui voulait me dessouder deux semaines auparavant. Ce n’était selon elle qu’un hasard. Une coïncidence de plus. Je me suis levé de ma chaise mécaniquement. Et lui ai demandé de partir. Je voulais rentrer chez moi. 

Nous étions en Mai 2022. Le jeu allait commencer. Mais je n’en savais encore rien. Je sentais bien que quelque chose n’allait pas. Mais à cette époque ça n’avait pas d’importance. Je pensais à mon avocat Juan Branco qui venait d’avoir le même problème. Il était accusé de viol à la une de tous les journaux français. Alors qu’il n’avait rien fait à part se faire piéger. Et il était en train de m’arriver la même chose. J’étais déjà ensorcelé. Envoûté. Ça ne me ressemblait pas. Il fallait que je la revois. Malgré moi. 

Elle s’appelait et son ex époux s’appelait . Elle avait aussi une double vie. Mais je n’en savais encore rien. J’étais pris en main. Et je tombais amoureux comme un petit garçon dans la cours de récréation. 

Mon protecteur Steven Mark Klein qui m’avait formé intellectuellement et artistiquement n’était plus là pour me protéger. Il m’aurait dit de fuir, je le sais. Mais il n’était plus là. J’étais seul. Perdu. Esseulé et en deuil. Elle était là. Dans un sale état aussi. Comme dissociée avec une personnalité fractionnée. Mais j’étais faible. Je perdais mes mots. Ça ne me ressemblait pas. Au même moment l’article de Paris Match étant tombé à l’eau, la société qui a produit le bureau des légendes me proposa de réaliser un film sur ma vie. Un documentaire disait-il. 

Il n’y avait là que des femmes influentes autour de moi. Elles se moquaient de moi. Comme les autres. Elles étaient en mission télécommandée. Elles devaient terminer un travail d’humiliation. Elles m’offraient un hôtel et un train pour aller à Paris. 

C’est cette nouvelle jeune femme sortie de Tinder qui m’a déposé au train après un week-end d’amour. Enfin pour moi en tout cas. Moi je ne gagnais rien dans cette affaire. J’étais le dindon de la farce qui allait se faire dévorer par des gens qui ne créent rien parce qu’ils passent leur temps à détruire. J’étais entouré des amies de Satan. Des potes du diable. Qui me montraient tout le confort, l’argent, le sexe que je pouvais avoir. Ça s’agitait sec. Quand ces filles sont venues à moi, le même jour, après des mois de vie fantomatique, une éditrice sortie de nulle part m’acheta Suspecte le dernier volume de la trilogie de Zoé Sagan. 

En raccrochant, un nouveau coup de fil. Guy Birenbaum, un ancien patron de média, m’annonça qu’il allait m’éditer chez Stock le making of de la trilogie qui s’appelle Vie et mort de Zoé Sagan. Donc je passais d’une vie de cafard à la vie d’un auteur à succès. Comme ça en une seconde. Un peu le même procédé qu’avec Braquage signé par des agents du cabinet noir de l’Élysée dans la maison d’édition de mes rêves d’enfants. Tout ça était fait en réalité pour m’humilier. On y vient. J’étais prévenu et sourcé par beaucoup de journalistes d’investigation beaucoup plus vieux que moi qui m’expliquaient que c’étaient des porcs et que c’était justement fait pour me faire croire que j’y étais arrivé pour ensuite m’écraser et ne laisser que l’humiliation. J’étais déjà formé à ce coup là. 

Je venais de le vivre en 2021 avec les éditions Bouquins. Ils avaient détruit entre temps ma vie avec la mère de mon fils. Mais j’y reviendrai. L’humiliation avec les éditions Bouquins et les éditions Robert Laffont n’avait pas suffi. Mon portrait à charge dans Paris Match non plus. Il fallait enfoncer le clou dans mon cercueil que j’avais réussi à ouvrir. Le nouvel éditeur Guy Birenbaum m’informait que la grand reporter de Paris Match avait été payée pour faire ce qu’il appelait ma « Pierre tombale éditoriale »

Le jeu prenait une nouvelle dimension. Ils multipliaient les agents. J’étais totalement encerclé. Ma famille avait peur. Mes amis ne me parlaient presque plus. Ils avaient aussi peur pour moi. Tout était figé. Je voulais encore une fois tout arrêter. Mais c’était impossible. C’était allé trop haut, trop loin. Pour ne pas devenir paranoïaque je me suis laissé porter par le courant. Comme un bout de bois au milieu de la rivière. J’étais pas si mal à ce moment-là. L’humiliation était presque rassurante pour moi. Après la mort de Steven Mark Klein, je me suis dit que ça allait être mon tour. Donc entre finir sous un train coupé en deux ou humilié dans les journaux le choix était vite fait. Mais avançons. Tous ces gens, toute cette histoire, va clôturer Vie et mort de Zoé Sagan. Le thriller le plus fou que j’ai écrit. L’autre disait tout est vrai parce que je l’ai inventé. Moi je dis ici que tout est vrai parce que je l’ai vécu. Ça s’agite aujourd’hui dans le bocal pour que j’efface des noms, des interactions, des actions, mais non. Jusqu’à la fin, je tiens ma ligne. J’ai tout fait pour tester les nouvelles limites de la liberté d’expression en France, ce n’est pas maintenant que je vais me coucher. C’est lorsque tu as plus rien que ça tient. C’est à ce moment précis que ça devient intéressant. Quand tout le monde tremble. Attaque. Je ne crains plus les morsures. Maintenant c’est balle dans la tête sinon rien. Je publie. Ce que j’ai vécu. Point. 

Je vais prévenir chaque personne avant publication. Je pensais avoir l’ancien avocat de Julian Assange pour me défendre. Mais il vivait la même chose que moi depuis que nous avions fait sortir un ami du président de la république du débat public. Lui n’avait pas d’enfants. Encore une fois cette information compte. On verra plus tard pourquoi.

Steven Mark Klein m’a appris à faire des sculptures sociales. Ils ne savent pas ce que ça représente dans les services français. C’est une arme efficace. Un tourbillon de pouvoir. Cela n’empêche, qu’après sa mort. Un long silence. Sourd. Comme après un tremblement de terre. Je me suis naturellement effondré au sol. Je ne sais plus si ça a duré sept jours ou sept mois. Je n’ai plus de souvenir. Juste des flashs. Parfois. Comme maintenant. Des flashs avec des femmes qui ont été payées pour m’infiltrer. Payées pour me manipuler, me démolir, voire m’anéantir. Je m’en souviens de trois exactement. Mais je ne sais plus très bien qui est qui et qui a fait quoi. L’une m’avait proposé un kilo d’herbe de très haute qualité que son ex mari avait «oublié » simplement parce que j’avais refusé chez elle de dormir dans son lit. Sa maison était entièrement filmée. Son père avait travaillé avec Mitterrand, il était aujourd’hui en possession de centaines de millions d’immobilier et été associé de loin avec Xavier Niel. Il fallait juste que je rentre en train avec cet énorme paquet d’herbe. Vous imaginez la suite. 

Une autre, d’une beauté foudroyante, sans me le dire vraiment, me faisait comprendre qu’elle avait pactisé avec le diable. Elle voulait après minuit ressembler à Morticia, la mère de la famille Addams. Dans une autre vie, elle aurait aimé tenir une maison de pompes funèbres. Pas qu’elle aimait la mort mais elle avait un pacte. Un pacte avec les enfers. Depuis longtemps. À force d’avoir passé autant de temps à offrir gratuitement son corps à des inconnus dans des clubs sombres, la partie en vie chez elle était morte. Ce qu’elle préférait pardessus tout, c'était chausser ses talons hauts et écraser le plus d’hommes possible. Leur faire payer leur condition. Ce qu’ils sont. Des animaux prêts à tout pour rentrer dans son trou. Une fois dedans elle savait qu’ils voulaient déjà sortir de son emprise. Ils avaient perdu. Et selon elle, elle gagnait tant qu’elle maîtrisait l’éjaculation. 

En m’envoyant cette fille, ils ont voulu me salir. Claquer mon âme contre leurs horreurs. On m’a tout proposé : sauna échangiste, cocaïne, fête au cap d’Agde, orgie en club échangiste, partouze chez les notables et j’en passe. Ils voulaient un film de moi comme j’en avais eu d’eux. Il fallait me tenir avant que je sorte dans l’espace public. Je le savais mais je continuais d’être avec elle. Ça m’amusait. J’étais dans une enquête embarquée. Je voulais que les derniers chapitres soient parfaits. Ils l’écrivaient pour moi. En temps réel. Les milliardaires et l’Élysée comme les renseignements généraux comprenaient mon travail. Mais ils devaient aussi faire le leur. C’était entendu entre nous. 

J'étais approché par de plus en plus de réseaux obscurs. Je ne savais pas ce qu'ils voulaient. En tout cas au début.  

Je continuais de répéter à cette fille que « les gens préfèrent la haine que le néant». Et qu’elle « voulait tout avoir et qu’elle se retrouverait avec rien.» Je ne savais plus vraiment avec qui j’étais. Ni où j’étais. On m’avait pris en main je me laissais faire. J’étais en état de choc post-traumatique. 

Un jour, elle m’a avoué dans un salon de thé du seizième arrondissement qu’elle regrettait encore sa vie familiale, parentale et amoureuse avec M le maudit, son unique amour, son mari, un neuropsy. J’ai vu qu’elle ne le faisait pas exprès. Elle n’était pas vraiment là, pas avec moi. Elle recommençait. Elle ne pouvait s’empêcher. Elle était indifférenciée à l’autre. Celui d’en face. Que ça soit moi ou un autre, il aurait eu le droit au même rapport. Tampon du temps présent. Tampon du temps qui passe. Écoute, avale, accepte ou passe ton tour petit prince. C’est à prendre ou à laisser. Elle disait : « Je l’aime et mon amour doit partout éclater au grand jour. Que tu le comprennes ou pas. Ça ne me dérange pas le moins du monde. Ce n’est pas de la méchanceté ni de l’égoïsme. Non c’est juste de l’amour. De l’amour pur. À force de le dire partout finira-t-il par m’entendre ? À force de le tromper avec toi, de passer des nuits avec un autre que lui, peut-être va-t-il réagir. Et venir enfin m’extirper de ce guêpier qu’est la vie sans lui. »

J’étais sans cesse comparé, désossé. Je ne m’en défendais pas. Au contraire. Je laissais faire. J’étudiais un nouveau penchant de l’âme humaine. J’étais en analyse profonde. Une très haute concentration. En totale immersion dans une autre psyché que la mienne. J’étudiais le manque, l’absence et le vide. J’aimais aimer une femme qui en aimait un autre. Je m’amusais à me torturer inconsciemment. Parce que consciemment c’est quand j’ai très mal que je suis le meilleur. Le plus créatif et le plus rapide de ma génération. Quand, symboliquement, on m’encule fort j’en fais une œuvre. Je transforme toujours la merde. Depuis que le langage est de mon côté. Là j’étais bien tombé. Je me regardais en train de me faire planter des lames froides au fond de ma chair. J’analysais la douleur. Je la retranscrivais depuis des mois. Ça allait être un grand livre d’amour inversé. Je tenais quelque chose de grand. Je le savais. 

C’était en train d’éclore sous mes yeux. Personne ne savait ce que je préparais ni avec qui. Comme toujours. J’aimais à me faire passer pour un clochard céleste. Vivant dans un HLM alors que j’étais là par choix. Pour créer au milieu de la pauvreté. D’un bruit sourd et inaudible avec finalement un certain amour des cafards qui m’entouraient. Eux ils étaient là. Ils ne mentaient jamais. Ils ne partaient pas. Même en les écrasant ils ne m’en voulaient pas. Ils étaient là. Je préparais doucement, mais sûrement, sans rien dire à personne, un coup de maître. Au milieu des cafards qu'ils avaient infiltrés par milliers sous ma porte.

En attendant je terminais ma mise à mort commanditée. J’allais bientôt changer encore d’identité et quitter la pauvreté. Personne ne le savait. Mon nom de famille allait disparaître. Décollage direct vers l’oubli. J’étais libre comme jamais auparavant. J’étais totalement immatériel. Sous les ordres de personne. Je faisais le boulot pour eux. 

Mon personnage de jeune homme candide et naïf fonctionnait à merveille. Un garçon ébouriffé, sans le sou ni permis de conduire. Personne ne se demandait cependant comment je pouvais faire pour nourrir mon enfant. Les gens veulent croire à ce que vous leur montrez. La réalité n’a jamais attiré personne. Les gens veulent des histoires. Des histoires fausses mais qui paraissent vraies dans leur réalité fabriquée. 

Il n’y avait rien à faire. C’était comme ça depuis la nuit des temps.

Comme je n’étais toujours pas mort, au sens propre comme au figuré, ils m’ont envoyé une de leur pièce maîtresse. Ils montaient en gamme. De quoi me rendre fier. Elle s’appelait Angie mais je l’appelais Lilith. Parce que Lilith c’était la femme de Satan. Et quand Lilith s’activait en elle, elle savait précipiter sciemment et immédiatement dans l'abîme ses soupirants, une façon pour elle de lutter contre son propre enfermement.  

Elle me disait au début : « Je n’avais de cesse d’entendre en boucle petite, « tu es tellement belle que c’est irréel ». Mais être belle ça cause mon malheur. Être belle à 40 ans c’est insolent. Être belle je n’assume pas. Être belle j’en joue. Être belle c’est des emmerdes. Être belle c’est faire du sav avec les gars. C’est leur tendre le mouchoir. C’est s’excuser de vivre. C’est s’excuser de leur pourrir la vie. Il faut vivre loin. Dans la campagne. Avec des poules. Je ressemble à une poule. J’ai des chevilles minuscules. Je parle aux poules et elles me le rendent bien. Elles ne veulent pas m’emmener en week-end pour me posséder, elles ne veulent pas un selfie la nuit, elles ne m’abandonnent pas, elles ne me font pas de crises de jalousie, elles ne me trompent pas. [...] À trop m’enfoncer ils m’ont littéralement déformé. Les hommes entrent dans mon vagin comme ils se chaussent. Je suis passée de la taille 36 à la taille 45 en une semaine. Mon esprit va de pair avec mon vagin… extensible. Extensible jusqu’à ne plus savoir vers qui se retourner. Les hommes comme un gros amas de sauce dégoulinante de faux amour et d’illusion. Leurs spermes un mirage d’oasis. À ta santé, you swallow and you go. Et puis je me suis attardée quelques années sur du 43. Chaque homme a laissé ses empreintes. Je me demandais si B sentait les replis amoureusement sculptés par A pendant des années. À chacun son inclinaison, sa profondeur. Mon vagin comme un repère GPS. Je cherche un guide. Si ça se trouve ces parsemeurs ont fait des planques. Ça vous tente un Pokémon Go dans ma chatte ? J’en ai connu tellement des types que je pourrais écrire une encyclopédie des amants. Choisissez votre monture mesdames, celui-là il vous divertira le temps d’un week-end et en plus il n’a pas de gosses. L’autre, quoiqu’un peu trop petit, vous fera rire. Attention, largage oblige après le second rendez-vous sinon tu le sais, au prochain élan, bite au tournant. Et puis on connaît tous un jeanquelque-chose pour se moucher sur lui quand Don Juan part à Paris. Le problème c’est que jean-foutre est radin, n’oublions pas qu’il est pauvre en plus. Les mouchoirs c’est important et il en faut plusieurs. Constituez-vous un vivier de 5 à 10 amants pour avoir l’espoir de réunir un mec complet. Par les temps qui courent c’est compliqué, un seul mec pour nous satisfaire. Pourquoi je pensais qu’un homme pouvait me sauver ? Je continuais à aimer mes démolisseurs. Préférence pour les chieurs, les érudits. Ça devait me rassurer. Je faisais tout pour qu’ils m’aiment. Je voyais cela comme un challenge. Comme si j’étais sur un tapis de course, vitesse max. Tu ne suis plus, tu éjectes direct. À défaut de rentrer tes capitons, serre le ventre, et observe la concurrence derrière toi, devant toi et à côté. Bouge ton cul ! Pauvre fille, tu es en retard ! T’es heureuse comme ça ? Vas-y, cours, il sera toujours plus rapide que toi. Pas le temps de respirer, je te dédie ma crasse Don Juan. C’est bon, je te plais ? »  

Elle était une espionne du futur. Et comme elle voulait tout arrêter et monter sur scène, je lui ai dit, tu devrais commencer ton spectacle comme ça : « Je ne suis personne. Et je suis invisible. Et pourtant je suis là. À nue. Devant vous. Pour vous raconter la vie d’une jeune fille qui N’EST PAS moi. Encore moins mon alter ego. Je vais vous raconter la vie d’une fille interdite. De celle qui ne se raconte jamais. De celle qui n’ont jamais la parole autre que dans des recoins noirs de l’histoire. Je vais vous dévoiler la vie d’une fille de joie qui est devenue fille de foi. Et s’est confiée à moi. Elle s’appelle Angie. Et va ici s’incarner en moi. Comme par magie. Je suis donc Angie Jesuis. Jesuis étant son nom de famille. En un seul mot. Cette femme est la Marie-Madeleine contemporaine. Elle ne compte pas pour rien. Je suis tombé folle amoureuse d’elle. Et c’est pour ça que j’ai tout arrêté pour vous la raconter comme elle s’est montrée à moi.

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14 oct. 2024 · ARCHIVE z/S · ZOESAGAN.COM
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Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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