Tirez les rideaux. Ils ont la clim.
La climatisation de masse est une maladaptation. C'est vrai. Mais servir rideaux et ombrage à des gens entassés dans des fours, c'est une bombe de classe.
L'Archive · Le coup de chaud
Tirez les rideaux. Ils ont la clim.
Le Haut Conseil pour le Climat a raison : la climatisation de masse est une maladaptation. Le problème n'est pas la science. C'est qu'on serve la leçon, rideaux et ombrage, à des gens entassés dans des fours pendant que ceux qui peuvent se le payer restent au frais.
Quarante degrés dans le studio sous les toits. À la radio, on explique qu'il ne faut surtout pas climatiser. Techniquement, c'est vrai. Humainement, c'est une gifle.
Reprenons, parce que la science mérite mieux qu'un tweet rageur. Le Haut Conseil pour le Climat, dans son rapport 2024 Tenir le cap de la décarbonation, protéger la population, classe la climatisation généralisée parmi les maladaptations. Le mot est technique et il est juste. Une maladaptation, c'est une réponse qui soulage à court terme et aggrave à long terme. La clim rejette dehors la chaleur qu'elle retire dedans, réchauffe la rue, sature le réseau électrique aux pires heures, et tourne souvent à l'énergie carbonée. Le climatologue Christophe Cassou le résume sans détour : la climatisation rend le système vulnérable. À la place, on recommande le passif : isolation, volets, stores, végétalisation, et oui, des rideaux clairs.
Tout est exact. Et tout, dans la manière dont c'est asséné, sonne comme du mépris de classe. Parce qu'on ne tire pas des rideaux sur une 9 mètres carrés sous zinc orientée plein ouest. Parce qu'on n'isole pas un appartement qu'on loue et que le propriétaire ne rénovera pas. Parce que la sobriété thermique, comme par hasard, on la prêche toujours à ceux qui n'ont déjà ni volet, ni arbre, ni étage frais, ni résidence secondaire. Les bureaux d'où sort le conseil sont climatisés. Les beaux quartiers ronronnent. Et la consigne descend, du frais vers le chaud, comme tout le reste.
La sobriété, on la prêche toujours à ceux qui n'ont déjà rien.
Et voilà le tour de magie, le même que partout. On va passer l'été à s'engueuler entre nous. Les uns traiteront d'égoïstes ceux qui climatisent. Les autres traiteront de donneurs de leçons ceux qui culpabilisent. Pro-clim contre anti-clim, deux camps de gens qui crèvent de chaud, sommés de se haïr pendant que la vraie question reste au frigo : pourquoi, après des années de plans logement et de promesses de rénovation, des millions de personnes vivent-elles encore dans des passoires thermiques ? La colère monte tout droit vers le voisin et jamais vers le bailleur, le marché, la politique du bâti. C'est commode. C'est même tout le sujet de cette grande déclassée qu'on regarde suer en silence.
La vraie adaptation existe, et elle n'a rien de sexy. Elle s'appelle isolation massive, logement social, façades végétalisées, réseaux de fraîcheur, droit à un toit vivable. Elle coûte cher, elle prend dix ans, elle ne tient pas dans un conseil du matin. Un rideau, c'est ce qu'on propose aux gens quand on a décidé de ne pas faire le reste. Alors oui, tirez les rideaux. Mais demandez-vous qui, exactement, vous a laissés dans le four.
Le climat ne nous tuera pas tous pareil. Il a toujours su lire un avis d'imposition.
L'Archive · z/S SYSTEMS
SOURCES
· Haut Conseil pour le Climat, Tenir le cap de la décarbonation, protéger la population, rapport annuel 2024 (climatisation classée en maladaptation, priorité aux solutions passives)
· Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherche CNRS, coauteur du GIEC (« la climatisation rend le système vulnérable »)
· AFIS, Climatisation : maladaptation ou nécessité face au réchauffement climatique ?, 2024
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