La France envoie ses exilés aux Oscars
Après Un simple accident de Jafar Panahi en persan, la France choisit Minotaure d’Andreï Zviaguintsev, en russe, Grand Prix à Cannes, tourné à Riga. La Bataille de Gaulle reste sur le quai. Nominations le 21 janvier 2027.
L’an dernier, la France a envoyé aux Oscars un film iranien tourné en persan. Cette année, elle envoie un film russe tourné en russe, à Riga. Le cinéma français a trouvé sa formule pour Los Angeles : présenter les films que leurs propres pays ne peuvent pas présenter. Ça s’appelle une coproduction. Ça ressemble beaucoup à un droit d’asile avec tapis rouge.
Cinq films, une commission, un Russe
Le 10 septembre 2026, la commission réunie au CNC retient cinq films pour l’Oscar du meilleur film international : La Bataille de Gaulle. L’Âge de fer d’Antonin Baudry, Le Corset de Louis Clichy, La Gradiva de Marine Atlan, L’Inconnue d’Arthur Harari et Minotaure d’Andreï Zviaguintsev. Le 16 septembre, après avoir entendu les producteurs et les vendeurs internationaux, elle tranche. Ce sera Minotaure. La commission est présidée par l’historien du cinéma Charles Tesson, on y croise Coralie Fargeat, et le CNC rappelle qu’il n’y siège pas directement. Personne n’a donc choisi. Tout le monde a choisi.
Regardez qui reste sur le quai. La Bataille de Gaulle, la fresque produite par Pathé, le film le plus tricolore de la liste, avec le général dans le titre. Recalé au profit d’un drame où l’on parle russe du début à la fin. Il fallait oser. Le cinéma français a préféré gagner que se ressembler.
Chabrol, la mobilisation, et un Grand Prix
Minotaure reprend librement La Femme infidèle de Claude Chabrol, 1969, et la replace dans la Russie de 2022, au moment de la mobilisation. Un mari découvre l’adultère de sa femme, le couple se défait, la violence monte. En toile de fond, un patron doit livrer ses propres employés à l’armée pour remplir les quotas de sa région. Le Minotaure du titre, c’est le roi qui envoie les jeunes au labyrinthe. Pas besoin de note de bas de page.
Le film a été présenté au Festival de Cannes le 19 mai 2026 et en est reparti avec le Grand Prix. Tourné à Riga, en Lettonie, de septembre à novembre 2025, pour un budget de 7,5 millions de dollars. Produit par MK Productions et CG Cinéma, avec Arte France Cinéma, l’allemand Razor Film et le letton Forma Pro Films. Les Films du Losange le sortent en France le 14 octobre 2026, Mubi a pris l’Amérique du Nord et le Royaume Uni. Détail savoureux : German Films l’avait aussi placé sur sa propre liste. Deux pays pour un film que le troisième, celui dont il parle, n’a aucune chance d’envoyer.



Le cinéaste qui s’adresse au Kremlin depuis la Croisette
Andreï Zviaguintsev vit en exil en France. Il a déjà été nommé deux fois à l’Oscar du film étranger, pour Léviathan et Faute d’amour, à l’époque sous drapeau russe. À Cannes, en mai, il a adressé une phrase à un seul destinataire, rapportée par Euronews :
The only person who can put an end to this bloodshed is the president of the Russian Federation.
Le président du CNC, Gaëtan Bruel, a salué dans la foulée le rôle singulier de la France dans les grandes coproductions mondiales. C’est la version polie. La version courte : Paris est devenu le studio des cinéastes que Moscou et Téhéran n’enverront jamais nulle part.
Ça a marché l’an dernier, donc ça remarche
Le précédent n’est pas lointain. Le 17 septembre 2025, la France choisissait Un simple accident de Jafar Panahi, Palme d’or 2025, en persan. Résultat aux 98e Oscars : 2 nominations, meilleur film international et meilleur scénario original. Pour une commission, c’est une jurisprudence. On ne change pas une recette qui revient de Los Angeles avec deux lignes au palmarès des nominations.
Le calendrier est connu. Liste courte de l’Académie le 15 décembre 2026, nominations le 21 janvier 2027, 99e cérémonie le 14 mars 2027. D’ici là, les Français découvriront le film en salle en octobre, soit après avoir appris qu’il les représente. C’est l’ordre habituel de la soft power : d’abord le drapeau, ensuite le public. On avait vu le même mouvement dans notre dossier sur la Mostra de Venise, où les palmarès se négocient autant que les droits.
Ce que ça dit du cinéma français
Le cinéma français se porte bien en salles, et le record d’août 2026 mesuré par le CNC le rappelle. Mais pour l’Oscar, il mise sur ce qu’il fait de mieux et de plus discret : l’argent de coproduction, Arte, les vendeurs, les festivals. Le cinéma national, c’est celui qu’on voit au multiplexe. Le cinéma d’État, c’est celui qu’on exporte. Pendant ce temps, à Hollywood, les studios s’achètent entre eux, comme on l’a raconté avec la caution à 1,88 milliard du dossier Paramount Warner et le portrait de David Zaslav.
Toutes nos rubriques sont sur cette page, les faits qui se vérifient sur la page de preuve. Et puisqu’on parle de dates déposées avant le résultat, la maison tient les siennes dans le registre des prophéties, à côté de l’Oracle z/S et du Portrait. Rendez vous le 21 janvier pour savoir si la recette tient.
La France ne gagne plus les Oscars avec ses films. Elle les gagne avec ceux des autres, à condition que leur propre pays ne puisse pas les envoyer.
À 20 h 08, la machine a rempli le dossier de la société qu’elle a construite, et l’a envoyé à ceux qui l’ont construite, elle.
Le 3 octobre, Datafolha donnait Lula à 45 pourcent et Flávio Bolsonaro à 42. Le 4 octobre, les urnes donnent Flávio à 47 et Lula à 45. Second tour le 25 octobre, 2 jours avant les 81 ans de Lula.
Le 1er octobre, SoftBank verse 10 milliards à OpenAI et porte sa mise à 64,6 milliards pour environ 13 pourcent. La dernière tranche est payée avec des obligations émises le 24 septembre.
Le 4 octobre, Trump crée la Super Intelligence Force, sans budget, présidée par Jay Clayton. Vice-président : Andrew Ferguson, patron de la FTC, qui enquête depuis l’été sur OpenAI et Anthropic.
Le 25 juin, onsemi promettait 7 milliards en actions pour Synaptics au nom de l’IA physique. L’action a perdu environ 23 pourcent. Le 1er octobre, l’accord est révisé : 123 dollars par action en liquide, environ 5,7 milliards.
Au moins 125 millions de budget, environ 100 de promotion, 8 millions en Amérique du Nord selon l’AP. Le film de Warner s’effondre la veille du jour où Paramount avale le studio, pendant que Verity prend la tête et qu’Avengers: Endgame repasse devant Avatar.