Daniel Siad, mort à Colombes avant la première question
Recruteur de mannequins mis en cause dans la galaxie Epstein, Daniel Siad, 69 ans, a été retrouvé mort chez lui à Colombes, avant même d'avoir été entendu par la justice française. Il niait tout. Ses réponses partent avec lui.
Il est mort avant la première question. Daniel Siad, 69 ans, recruteur de mannequins dont le nom revenait dans la galaxie Jeffrey Epstein, a été retrouvé sans vie à son domicile de Colombes, dans la banlieue parisienne, le 20 juillet. La procureure adjointe Marie-Céline Lawrysz l'a annoncé deux jours plus tard. Il était mis en cause en France pour viol et traite d'êtres humains. Il n'avait encore jamais été entendu par les enquêteurs.
Ce qu'il emporte
Siad niait tout. Selon plusieurs mannequins, il aurait servi de courroie, présentant de jeunes femmes à Epstein ; lui affirmait avoir été trompé par le financier américain. Son nom figurait dans environ deux mille documents déclassifiés du dossier Epstein. C'est cela, précisément, qui rend sa mort si lourde : ce n'était pas encore un coupable, ce n'était pas non plus un simple témoin. C'était une bouche que la justice française n'a pas eu le temps d'ouvrir.
Il faut le dire nettement, parce que la prudence n'est pas une option ici : aucune cause du décès n'a été rendue publique, une autopsie a été ordonnée, et le parquet de Nanterre enquête sur les circonstances. Rien ne permet, à ce stade, d'affirmer quoi que ce soit sur la manière dont Daniel Siad est mort. Son avocate, Menya Arab-Tigrine, avance l'hypothèse d'un infarctus, en pointant « l'attente insoutenable » et « la pression subie quotidiennement ». C'est sa parole, et elle a le droit de la porter.
« Si décès par infarctus, l'attente insoutenable, la pression subie quotidiennement auront contribué. »
Menya Arab-Tigrine, avocate de Daniel Siad
La récurrence qu'on n'ose plus nommer
On peut refuser les théories, et on les refuse ici : rien n'établit la moindre main extérieure. Mais on ne peut pas non plus faire semblant de ne pas voir le motif. Epstein, mort dans sa cellule en 2019. Jean-Luc Brunel, l'autre recruteur français, mort dans la sienne en 2022. Et maintenant Siad, mort chez lui avant sa première audition. À chaque fois, ce ne sont pas seulement des hommes qui disparaissent : ce sont des réponses. Et les grandes perdantes, ce sont les femmes qui accusaient, celles qui attendaient un procès pour être enfin écoutées, et à qui l'on retire, une fois encore, la salle d'audience.
Reste une exigence simple, et non négociable : la transparence totale sur les circonstances de cette mort. Parce qu'un pays qui laisse s'éteindre, un par un, les hommes qui savaient, sans jamais rien expliquer, finit par ressembler à un système qui connaît la poudre et cache les noms. On ne demande pas une thèse. On demande une autopsie, un rapport, et la vérité.
Sources : Al Jazeera · CNN · NBC News. Enquête du parquet de Nanterre en cours.
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