Deauville annonce 11 films, la directrice en dit 13, la liste en compte 13
La 52e édition du Festival du Cinéma Américain dévoile sa compétition. Deux chiffres qui ne peuvent pas être vrais ensemble, dans le même article, et personne n’a recompté.
Deauville annonce 11 films, la directrice en dit 13, la liste en compte 13. Personne n’a recompté.
La 52e édition du Festival du Cinéma Américain dévoile sa compétition. Dans le même article, deux chiffres qui ne peuvent pas être vrais ensemble. C’est une broutille. C’est aussi le seul endroit où l’on peut observer, à l’œil nu, comment une information de festival circule sans jamais être vérifiée.
Le 12 août, Boxoffice Pro publie la sélection de Deauville, qui se tiendra du 4 au 13 septembre 2026. Le chapô annonce « une sélection de 11 longs métrages ». Deux lignes plus bas, la directrice du festival Aude Hesbert est citée entre guillemets : « 13 films cette année qui dessinent une Compétition aux enjeux artistiques et éthiques ambitieux. » Sous la citation, la liste. Nous l’avons comptée trois fois : 13 titres (Boxoffice Pro).
Onze contre treize. Un chiffre de communiqué mal recopié, sans doute, et corrigé nulle part depuis 7 jours. On pourrait passer. Sauf que l’écart est instructif : il apparaît dans un média professionnel, spécialisé, adressé aux exploitants de salles, c’est à dire aux gens dont c’est littéralement le métier de compter des films. Le chiffre juste était disponible dans le paragraphe suivant. Personne n’a regardé, parce que personne ne regarde jamais un chiffre de festival. Ce sont des nombres décoratifs.
Passons à ce que la sélection dit vraiment, puisqu’elle est là. Sept des 13 films sont annoncés en première française, 4 sont des premiers films. On y trouve Company de Casey Affleck, Club Kid de Jordan Firstman, Mouse de Kelly O’Sullivan, Queen At Sea de Lance Hammer, The Liberation of Rita Cooper de Guy Nattiv. Le jury est présidé par Roschdy Zem, avec Simon Abkarian, Camille Chamoux, Cécile de France, Euzhan Palcy, Raphaël Personnaz, Lola Quivoron, Mohamed Mbougar Sarr et Laura Smet. Cinq femmes sur 9 jurés. Le jury Révélation est présidé par Lio. Ethan Hawke reçoit le Deauville Talent Award en ouverture, Sophie Thatcher le Rising-Star Award, et le Prix d’Ornano-Valenti va à La Gradiva de Marine Atlan.
Maintenant mettez ce chiffre en regard d’un autre, publié par le même média trois semaines plus tôt. La 83e Mostra de Venise, du 2 au 12 septembre, soit exactement les mêmes dates que Deauville, présente une sélection officielle marquée par « un net recul de la parité », avec une seule femme cinéaste parmi les 20 films en compétition.
Une réalisatrice sur 20 à Venise. Cinq juré·es femmes sur 9 à Deauville. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose et il serait malhonnête de les additionner : l’un compte des autrices d’œuvres sélectionnées, l’autre des membres d’un jury nommé. C’est justement pour cela qu’ils sont intéressants ensemble. Nommer un jury paritaire est une décision qu’un festival prend seul, en une réunion, sans contrainte. Sélectionner des films de réalisatrices suppose que le financement, la production et la distribution aient suivi 3 ans plus tôt. Le premier chiffre est un affichage. Le second est un état du système.
Aucune règle n’oblige un festival à l’un ni à l’autre. Il n’existe pas d’autorité de la parité en compétition, pas de seuil, pas de sanction, et c’est bien pourquoi Venise peut passer de la parité affichée à 1 sur 20 sans que rien ne se déclenche, sinon une ligne dans un article professionnel. Là encore, la règle est absente et chacun compte comme il veut. C’est la même mécanique que nous suivons ce matin, de la loi anti fast fashion sans ses décrets à un règlement européen sans autorité désignée. Sauf qu’ici il n’y a même pas de texte à ne pas appliquer.
Un dernier détail, pour la route. Dans le même article, le film Her Private Hell présenté avec Sophie Thatcher est daté d’une sortie The Jokers au 23/09/25, soit 11 mois avant la tenue du festival qui doit le montrer. Coquille évidente pour 2026. Trois erreurs de chiffres dans un seul papier de festival, aucune corrigée. Ce n’est pas une faute professionnelle, c’est une habitude collective : dans le cinéma, on vérifie les noms et on recopie les nombres.
Boxoffice Pro, « Le Festival de Deauville dévoile sa compétition 2026 », 12 août 2026
Boxoffice Pro, « Mostra de Venise 2026 : le cinéma français en force sur le Lido », 23 juillet 2026
Festival du Cinéma Américain de Deauville, films en compétition de la 52e édition
franceinfo, jurys et invités de la 52e édition
Numéro, « Festival de Deauville 2026 : tout ce que l’on sait »
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