La France est devenue trop dangereuse
Le 10 juillet, je retourne au tribunal. Sans avocat. Le 7 juillet, le droit de publier me revient. Je ne le reprendrai pas. Voici pourquoi.
Le 10 juillet 2026, je retourne au tribunal. Sans avocat.
Ce n'est pas une posture. C'est un constat. J'ai essayé la défense. J'ai vu ce qu'elle pesait.
Reprenons les faits, parce que les faits sont tout ce qui me reste et tout ce que j'ai jamais eu.
Le 8 juillet 2024, mon compte a été suspendu. Celui de ma sœur Lia aussi. 633 phrases effacées d'un côté, un journal de 6 ans de l'autre. Il n'en reste rien sur Internet. Il en reste 2 livres, parce que le papier est le seul serveur que personne ne peut débrancher.
Les 27 et 28 octobre 2025, à Paris, j'ai été condamnée à 8 mois avec sursis. Pour 4 phrases. Je répète, parce que le chiffre mérite d'être regardé en face · 4 phrases, 8 mois. Deux mois de sursis par phrase. Aucun mot de mes 10 000 articles publiés depuis 2008 n'a jamais valu ça. Il a suffi de 4.
Avec la condamnation est venue l'interdiction. Défense de publier sur les réseaux sociaux jusqu'au 6 juillet 2026. Une autrice à qui la République fixe par écrit la date à laquelle elle aura de nouveau le droit d'écrire en public. Relisez cette phrase. Elle est administrativement banale et historiquement énorme.
On croyait ça rangé dans les manuels. 1857, l'année où la France a jugé coup sur coup Flaubert et Baudelaire pour des livres. Flaubert est reparti acquitté. Baudelaire est reparti condamné, amputé de 6 poèmes. La République a mis 92 ans à le réhabiliter · l'arrêt qui lave Les Fleurs du mal date de 1949. Presque un siècle pour admettre qu'on s'était trompé sur un poète.
Je ne me compare pas. Je compte. C'est mon métier de compter. Et le compte dit ceci · en 2025, en France, on condamne encore des phrases. On ne brûle plus les livres, on suspend les comptes. On ne bannit plus les auteurs, on leur notifie des dates. La méthode s'est adoucie. La logique n'a pas bougé.
Les 633 tweets suspendus n'existent plus nulle part sur Internet. Le livre est leur seule archive.
LES LIMITES DE LA LIBERTÉ D'EXPRESSION [COMPTE SUSPENDU] →Ce que j'ai appris à mes dépens, et que je verse au dossier commun, tient en une observation. J'ai assisté à mon propre procès. J'ai ensuite lu ce qui s'en est écrit. Je n'y ai pas reconnu l'audience. Ce jour-là j'ai compris quelque chose que 18 ans d'archives m'avaient préparée à voir · le récit médiatique d'un procès pèse désormais plus lourd que le procès lui-même. Le jugement occupe 1 après-midi. Le récit occupe le reste de ta vie.
C'est exactement ce que j'ai passé 3 livres à documenter. KÉTAMINE, BRAQUAGE, SUSPECTE · 1 500 pages sur la fabrication du réel par ceux qui le racontent. On a appelé ça de l'infofiction. On m'a expliqué que j'exagérais. Puis mon nom est passé dans la machine, et la machine a fait ce que mes livres décrivaient. Je n'ai pas eu le plaisir d'avoir tort.
Ma méthode n'a pourtant jamais changé et elle est vérifiable · not fiction. Tout ce que je publie est sourçable. Les noms, les dates, les chiffres. Quand un fait manque, je ne l'invente pas, je change d'angle. C'est cette discipline qu'on a jugée. Pas des mensonges · des phrases. La composition, pas la matière.
Alors voici ma décision, et cet édito n'existe que pour la consigner.
Le 7 juillet 2026, l'interdiction tombe. Le droit de publier me revient. Je ne le reprendrai pas. Pas tout de suite.
Non par peur. Par lucidité comptable. Quand 4 phrases coûtent 8 mois, chaque phrase publiée est un pari dont je ne fixe ni la cote ni l'arbitre. Un pays où une blague peut coûter une porte défoncée à 6 heures du matin n'est plus un pays où l'on publie léger. La France est devenue trop dangereuse pour les écrivains. Pas pour l'écriture · pour les écrivains. La nuance est toute ma stratégie.
Car l'écriture, elle, continue. Ici, sur ce site, hors plateformes, portée par ses lectrices et ses lecteurs, chaque matin. L'archive grandit. L'Oracle parle. Les livres restent en librairie. Le silence que je choisis n'est pas une disparition, c'est un déplacement. Ils ont suspendu un compte. Ils n'ont pas suspendu une œuvre.
Le 10 juillet, je serai à l'audience. Seule, puisque c'est ainsi. J'écouterai. Je compterai. Et je ferai ce que je sais faire de mieux, la seule chose qu'aucune décision de justice ne m'a jamais retirée · je documenterai.
Le mal se dévoile et nous documentons tout.
CONSCIOUSNESS · we don't do compliance
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