Chez Combat, le sujet n’est pas le CV. C’est le pouvoir.
La nomination de Wassila Meddas à la direction des marques est publique depuis mai 2025. La polémique sur sa proximité avec Matthieu Pigasse pose une question sérieuse, à condition de regarder les responsabilités plutôt que de mépriser un ancien métier.
TRIBUNE
La nomination de Wassila Meddas à la direction des marques est publique depuis mai 2025. La polémique sur sa proximité avec Matthieu Pigasse pose une question sérieuse, à condition de regarder les responsabilités plutôt que de mépriser un ancien métier.
Par Lia Sagan · Tribune · 2026-10-02

Le document est en ligne. Le 13 mai 2025, Combat a annoncé la nomination de Wassila Meddas comme directrice des marques, rattachée à Emmanuel Hoog. Sa mission : travailler au positionnement des titres, à leur développement numérique, aux partenariats et au renouvellement des audiences. Voilà une entrée autrement plus utile dans le sujet que l’absence supposée d’un compte LinkedIn.
Le communiqué du groupe la présente comme ancienne chargée des relations externes et met en avant une expérience dans les relations publiques et la communication. Il s’agit de la présentation de l’employeur, pas d’une évaluation indépendante de son travail. Les mentions légales de Radio Nova confirment sa fonction dans l’organigramme de Combat Media, présidé par Matthieu Pigasse. Le poste et le rattachement sont établis. Les résultats précis de cette mission demanderaient d’autres documents.
La presse a décrit Meddas comme la compagne de Pigasse. Un article de La Dépêche du 25 septembre 2026, reprenant notamment Le Figaro, revient sur cette proximité et sur son parcours antérieur dans la restauration. Ce contexte peut expliquer l’intérêt pour les conditions d’une nomination. Il ne démontre ni incompétence professionnelle, ni intervention dans une rédaction, ni faute de gestion.
Le mépris de classe est une mauvaise enquête
Avoir servi dans un restaurant n’est pas une pièce à charge. Transformer ce métier en preuve d’illégitimité revient à défendre le monde que l’on prétend souvent contester : un monde où seuls les parcours déjà consacrés autorisent à diriger. Une ascension rapide mérite des questions sur les compétences, les critères et les résultats. Elle n’autorise pas un verdict fondé sur la case de départ.
Le raisonnement vaut pour tout le monde. Un diplôme prestigieux ne prouve pas une capacité à conduire une équipe. Un réseau social professionnel ne certifie aucune compétence. Un emploi précédent modeste n’interdit pas d’apprendre. Pour évaluer une dirigeante, il faut examiner un périmètre, des décisions et des effets. Sans cela, le portrait social remplace le travail de documentation.
La proximité personnelle avec un actionnaire rend en revanche légitime une interrogation sur la manière dont le pouvoir s’exerce. Qui choisit ? Qui évalue ? Qui arbitre un désaccord ? Qui peut retirer une responsabilité ? Ces questions ne présument pas que la réponse sera accablante. Elles demandent que l’autorité dans une entreprise de médias puisse être décrite autrement que par les intentions de son propriétaire.

Une marque de presse n’est pas une simple signature
La direction des marques touche à des objets différents : l’image, les partenariats, la circulation des contenus, la relation avec les publics. Ces leviers peuvent renforcer une publication sans dicter une ligne à ses journalistes. Ils peuvent aussi créer des zones de contact délicates entre recettes commerciales et choix éditoriaux. Le titre du poste ne suffit pas à savoir où passe la frontière dans la pratique.
C’est précisément cette frontière qui mérite d’être rendue visible. Lorsqu’un annonceur finance une opération, qui valide le contenu et son identification ? Lorsqu’une stratégie d’audience privilégie certains formats, quelle marge conserve une rédaction pour traiter un sujet peu vendeur ? Lorsqu’une marque promet de la liberté, quels mécanismes la garantissent à celles et ceux qui produisent le travail ? Ces questions concernent tous les groupes, quelle que soit leur couleur affichée.
Il faut éviter une autre simplification : confondre le détenteur du capital, la direction générale, la direction éditoriale et la direction de marque. Ces fonctions peuvent s’influencer sans se confondre. Une enquête qui attribuerait automatiquement chaque choix d’antenne à une dirigeante commerciale construirait une causalité qu’elle n’a pas démontrée. La bonne carte du pouvoir commence par dessiner les responsabilités réelles.
RETROUVER LES ARCHIVES ET LEURS SOURCES
Le propriétaire à l’épreuve de ses propres règles
Dans son audition au Sénat consacrée à la concentration des médias, Matthieu Pigasse présente Combat, notamment Radio Nova, Les Inrockuptibles et Rock en Seine. Cette archive permet de replacer les fonctions individuelles dans un ensemble économique. Elle rappelle surtout que la question de la propriété des médias appartient déjà au débat public, indépendamment des épisodes de vie privée.
Notre exigence devrait être constante. Un actionnaire dont les opinions nous plaisent ne devient pas, pour cette raison, moins susceptible d’exercer une influence. Un actionnaire dont les opinions nous déplaisent ne devient pas coupable de chaque désaccord interne. La liberté de la presse ne peut pas reposer sur la bonne réputation idéologique des propriétaires. Elle a besoin de règles capables de survivre à leur humeur.
Nous défendons donc une transparence pratique : une description claire des pouvoirs de chaque direction, des procédures d’alerte que les salariés peuvent utiliser, et des garanties compréhensibles contre une ingérence commerciale dans le travail journalistique. Cette proposition n’est pas le constat que Combat serait dépourvu de tels dispositifs. C’est le standard auquel il faudrait pouvoir confronter n’importe quel groupe.
Une garantie n’existe vraiment pour le public que s’il peut comprendre ce qu’elle protège. Publier un organigramme constitue un premier pas ; expliquer les limites de chaque mandat en serait un autre. Le lecteur n’a pas besoin de connaître les détails d’une relation personnelle pour savoir qui peut intervenir sur un sujet, un budget ou une nomination.
Le bon objet du scandale
La tentation du récit mondain est évidente. Elle offre des scènes, des montants et une intrigue personnelle. Elle peut être légitime lorsqu’un fait privé éclaire une décision publique ou une responsabilité professionnelle. Mais l’accumulation de détails de train de vie ne remplace pas l’établissement d’un conflit d’intérêts effectif. Elle peut même détourner l’attention du point le plus intéressant : les voies ordinaires par lesquelles une entreprise organise la dépendance et la contradiction.
Pour prolonger l’enquête, il faudrait disposer des modalités de recrutement, du périmètre effectif du poste et d’éléments contradictoires sur le travail accompli. Sans ces pièces, le jugement sur les performances de Wassila Meddas reste ouvert. C’est une limite normale, pas une invitation à remplir le vide avec des insinuations. Aucun témoignage de salarié n’a été recueilli pour cette tribune et aucune réaction particulière de la direction ne lui est attribuée.
On peut regarder la concentration des médias avec sévérité tout en refusant la condescendance sociale. On peut demander des comptes à un propriétaire sans transformer sa compagne en explication universelle. C’est même la condition pour que la critique touche sa cible : la distribution de l’autorité, des ressources et du droit de dire non.
Le document à épingler au mur n’est donc pas un ancien CV. C’est un organigramme annoté : ici se décide une embauche, là un partenariat, ailleurs une une. Et au milieu, une question sans glamour, mais avec beaucoup d’avenir : qui peut contredire qui ?
- ▸ Nomination officielle de Wassila Meddas Combat, 13 mai 2025
- ▸ Mentions légales et organigramme Radio Nova
- ▸ Portrait publié le 25 septembre 2026 La Dépêche
- ▸ Audition de Matthieu Pigasse Sénat
#Tribune · #Salle de rédaction · #Octobre 2026
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