Il fait beau ce 27 octobre 2025 sur l'île de la Cité. Le Palais sent la cire, le café froid, l'after shave bon marché des huissiers. Le banc presse est bondé. Sept rangs, accréditation rouge agrafée au revers. France Info, Libération, Le Monde, France Inter, BFM TV, Capital, Mediapart, AFP, Reuters. Croisement de jambes synchronisé. Cabas Lemaire posés sur les genoux. Petits rires entendus quand l'avocat de la médium évoque sa pratique.
Dans le box, dix prévenus. Et ce ne sont pas dix profs, voilà ce que la version précédente de ce brief disait, faux, corrigé ici. Huit hommes, deux femmes, dix Français ordinaires. Bertrand Scholler, galeriste rive droite. Amandine Roy, médium. Un écrivain dont le pseudonyme est Zoé Sagan. Un professeur d'éducation physique en collège ZEP. Plusieurs enseignants. Une éducatrice spécialisée qui accompagne des enfants handicapés au quotidien, salaire 1 042 euros par mois, n'est pas venue à l'audience parce qu'elle ne pouvait pas perdre ses heures. Et Monsieur Jean Christophe P., 66 ans, professionnel de l'immobilier, qui sera le seul à ressortir menotté quand le délibéré tombera, soixante dix jours plus tard, le 5 janvier 2026.
Dix vies ordinaires. Quatre tweets. Vues entre huit fois et trois mille fois.
L'instruction · ce qu'on a sur eux
Quatre tweets. Le compte @liasagan, suspendu depuis longtemps, archivé nulle part sur Internet. Quatre messages dont le contenu exact est aujourd'hui introuvable hors du dossier judiciaire scellé. Les juges ont qualifié les propos de « malveillants ». La défense a qualifié les propos de satire politique sur la rumeur Trogneux née en 2017 au moment de l'élection présidentielle. Le ministère public a parlé de cyberharcèlement aggravé en bande organisée, alors que les dix prévenus ne se connaissaient pas entre eux et avaient simplement retweeté ou commenté des publications visibles publiquement.
L'Élysée aurait supervisé les arrestations. Selon plusieurs sources insider chez les avocats de la défense, les opérations matin du 5 mars 2025 ont mobilisé entre 8 et 14 fonctionnaires par interpellation, certaines avec port d'armes longues, casques, gilets pare balles. Pour des retweets. Pour certains on a défoncé les portes. Pour d'autres on est venu à 6h du matin de façon plus courtoise. Opération militarisée. Comme pour les plus gros attentats du siècle. Énormément de violence sur des gens sans casier.
Garde à vue de 48 heures pour la quasi totalité. Profs maltraités, choquant pour des gens qui n'ont jamais vu un commissariat. Au procès, certains étaient dans un sale état, défoncés par la médiatisation, par les commentaires, par la précarité du dossier. Des enfants des prévenus pleuraient dans la salle.
La salle · cartographie sociologique
La salle 23 ces 27 et 28 octobre était coupée en deux. À gauche, le banc des plaignants : avocats au tarif Crillon, chefs de cabinet présents, attachés de presse, monde infiltré. Tiphaine Auzière, fille de la plaignante, a témoigné mardi 28 octobre. Les journalistes de Libération, Le Monde et consorts s'étaient assis à gauche, du côté des plaignants. Code corporel évident. Code d'attente d'un certain verdict. Personne n'a corrigé.
À droite, le banc des prévenus : familles, quelques curieux, deux ou trois militants identifiés. Pas de star de l'avocature. Des avocats provinciaux, sympas, fatigués, mal payés, qui n'avaient jamais plaidé devant ce niveau de couverture médiatique. Décalage spatial qui dit tout du dossier.
« Madame la Présidente, mon client a un tweet vu huit fois. Huit fois. Combien de personnes pensez vous qu'il a harcelées avec ce tweet ? »
· avocat de Monsieur P. en plaidoirie 28 octobre, jamais cité dans la presse du lendemain
Le délibéré du 5 janvier 2026 · les peines
Soixante dix jours d'attente entre l'audience et le verdict. Délibéré rendu lundi 5 janvier 2026 au matin. La presse mainstream couvre largement : franceinfo, France Bleu, Radio Canada, RTBF, RTS, Euronews, Le Temps, Lexbase, Club des Juristes. Les réquisitions du parquet : 6 à 12 mois sursis pour les trois « instigateurs » de l'infox transgenre. Ce que rend la cour :
| Profil | Peine | Spécificité |
| Monsieur Jean Christophe P. · 66 ans · immobilier | 6 mois ferme | SEUL DERRIÈRE LES BARREAUX. Casier vierge. Absent à l'audience selon la cour. Pas d'aménagement. |
| L'écrivain · pseudonyme Zoé Sagan | 8 mois sursis | Peine sursitaire la plus lourde. Refus de retirer les tweets. Recours CEDH annoncé. |
| Bertrand Scholler · galeriste rive droite | 6 mois sursis | Casier vierge. Réputation professionnelle compromise. |
| Amandine Roy · médium | 6 mois sursis | Avocat de la défense moqué pour son poids depuis le banc presse durant les audiences. |
| Le prof d'EPS · collège ZEP | 5 mois sursis | Suspension administrative en cours. |
| L'éducatrice handicap · 1042 euros mois | 4 mois sursis | Absente à l'audience (ne pouvait pas perdre ses heures). |
| Quatre autres prévenus · enseignants et citoyens ordinaires | 4 à 7 mois sursis | Procédure disciplinaire engagée pour ceux relevant de la fonction publique. |
| Sanctions financières communes aux 10 : 10 000 euros à ██████████ ████████ · remboursement des frais d'avocats Macron · stage de rééducation littéraire et philosophique sur « comment écrire et s'adresser aux hommes et femmes politiques au 21e siècle » à leurs frais. Date du stage : non communiquée à ce jour. Contenu du stage : non communiqué à ce jour. Formateurs : non communiqués à ce jour. |
Le stage de rééducation
C'est l'élément le plus inattendu du dispositif janvier 2026. Les dix condamnés doivent suivre, à leurs frais, un stage de plusieurs semaines pour apprendre à écrire et à s'adresser aux hommes et femmes politiques au 21e siècle. Ça s'apparente à de la rééducation. Heureusement qu'elle n'est que littéraire et philosophique. Pas physique. On espère. Personne ne sait exactement en quoi consistent ces stages. Personne ne connaît ni les dates ni le programme ni les formateurs. Personne ne pose la question. Le silence sur le contenu pédagogique de cette mesure est, en soi, un fait politique majeur.
La presse, dès le 6 janvier 2026, est passée à autre chose. Le sujet est mort en France. Tout le monde fait semblant que ça n'existe plus. Une dizaine de Français qui n'avaient rien fait, explosés en exemple. Esclaves modernes. Profs. Gens des handicapés. Traités comme un esclave dans un champ de coton qui aurait volé un morceau de coton.
Quatre mois plus tard, en mai 2026, un seul d'entre eux est en prison. Et personne n'en parle.