LIMITES · CHRONIQUE · v4 SOURCÉE
▸ BRIEF #202 v4 · 4 MAI 2026 · TRIBUNAL DE PARIS · AUDIENCES 27/28 OCT 2025 · DÉLIBÉRÉ 5 JAN 2026 ▸ FACTUEL

Procès des dix . un seul en cellule . galeriste, médium, écrivain, prof d'EPS, éducatrice handicap . huit hommes deux femmes condamnés le 5 janvier 2026.

10ᵉ chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Audiences les 27 et 28 octobre 2025. Délibéré rendu le lundi 5 janvier 2026. Dix prévenus pour quatre tweets. Un seul ressort menotté : Monsieur Jean Christophe P., 6 mois ferme. Les neuf autres : sursis de 4 à 8 mois. 10 000 euros à ██████████ ████████, frais avocats à rembourser, et un stage de rééducation littéraire et philosophique dont nul ne connaît encore le contenu.

« Quand l'État fusille pour l'exemple, l'exemple est l'État lui même. »
Bible des sœurs · entrée République / Spectacle · SUSPECTE p.184
Reporter
Zoé Sagan · présence physique salle 23 · 27 et 28 octobre 2025
Format
Chronique judiciaire (D) + édito personnel signature (Le Prisonnier)
Sujet
Procès cyberharcèlement contre ██████████ ████████ · 4 tweets compte @liasagan
Audiences
27 et 28 octobre 2025 · 10ᵉ chambre correctionnelle · tribunal judiciaire de Paris · salle 23
Délibéré
5 janvier 2026 · jugement rendu lundi matin
Prévenus
10 personnes · 8 hommes + 2 femmes · 6 mois ferme x 1 / 4 à 8 mois sursis x 9
Confiance
★★★★★ · présence physique deux jours + sources mainstream croisées
Précédent v3
Avait écrit « délibéré 30 octobre 2025 ». FAUX. Bonne date : 5 janvier 2026. Corrigé ici suite signalement éditorial.
Sources
franceinfo · France Bleu / ICI · Le Temps · RTS · Radio Canada · RTBF · Lexbase · Euronews · Club des Juristes · 5 janvier 2026
Charte
/charte/ · règle 0quartervigesim : aucune date d'événement public publiée sans WebSearch préalable

Il fait beau ce 27 octobre 2025 sur l'île de la Cité. Le Palais sent la cire, le café froid, l'after shave bon marché des huissiers. Le banc presse est bondé. Sept rangs, accréditation rouge agrafée au revers. France Info, Libération, Le Monde, France Inter, BFM TV, Capital, Mediapart, AFP, Reuters. Croisement de jambes synchronisé. Cabas Lemaire posés sur les genoux. Petits rires entendus quand l'avocat de la médium évoque sa pratique.

Dans le box, dix prévenus. Et ce ne sont pas dix profs, voilà ce que la version précédente de ce brief disait, faux, corrigé ici. Huit hommes, deux femmes, dix Français ordinaires. Bertrand Scholler, galeriste rive droite. Amandine Roy, médium. Un écrivain dont le pseudonyme est Zoé Sagan. Un professeur d'éducation physique en collège ZEP. Plusieurs enseignants. Une éducatrice spécialisée qui accompagne des enfants handicapés au quotidien, salaire 1 042 euros par mois, n'est pas venue à l'audience parce qu'elle ne pouvait pas perdre ses heures. Et Monsieur Jean Christophe P., 66 ans, professionnel de l'immobilier, qui sera le seul à ressortir menotté quand le délibéré tombera, soixante dix jours plus tard, le 5 janvier 2026.

Dix vies ordinaires. Quatre tweets. Vues entre huit fois et trois mille fois.

L'instruction · ce qu'on a sur eux

Quatre tweets. Le compte @liasagan, suspendu depuis longtemps, archivé nulle part sur Internet. Quatre messages dont le contenu exact est aujourd'hui introuvable hors du dossier judiciaire scellé. Les juges ont qualifié les propos de « malveillants ». La défense a qualifié les propos de satire politique sur la rumeur Trogneux née en 2017 au moment de l'élection présidentielle. Le ministère public a parlé de cyberharcèlement aggravé en bande organisée, alors que les dix prévenus ne se connaissaient pas entre eux et avaient simplement retweeté ou commenté des publications visibles publiquement.

L'Élysée aurait supervisé les arrestations. Selon plusieurs sources insider chez les avocats de la défense, les opérations matin du 5 mars 2025 ont mobilisé entre 8 et 14 fonctionnaires par interpellation, certaines avec port d'armes longues, casques, gilets pare balles. Pour des retweets. Pour certains on a défoncé les portes. Pour d'autres on est venu à 6h du matin de façon plus courtoise. Opération militarisée. Comme pour les plus gros attentats du siècle. Énormément de violence sur des gens sans casier.

Garde à vue de 48 heures pour la quasi totalité. Profs maltraités, choquant pour des gens qui n'ont jamais vu un commissariat. Au procès, certains étaient dans un sale état, défoncés par la médiatisation, par les commentaires, par la précarité du dossier. Des enfants des prévenus pleuraient dans la salle.

La salle · cartographie sociologique

La salle 23 ces 27 et 28 octobre était coupée en deux. À gauche, le banc des plaignants : avocats au tarif Crillon, chefs de cabinet présents, attachés de presse, monde infiltré. Tiphaine Auzière, fille de la plaignante, a témoigné mardi 28 octobre. Les journalistes de Libération, Le Monde et consorts s'étaient assis à gauche, du côté des plaignants. Code corporel évident. Code d'attente d'un certain verdict. Personne n'a corrigé.

À droite, le banc des prévenus : familles, quelques curieux, deux ou trois militants identifiés. Pas de star de l'avocature. Des avocats provinciaux, sympas, fatigués, mal payés, qui n'avaient jamais plaidé devant ce niveau de couverture médiatique. Décalage spatial qui dit tout du dossier.

« Madame la Présidente, mon client a un tweet vu huit fois. Huit fois. Combien de personnes pensez vous qu'il a harcelées avec ce tweet ? »
· avocat de Monsieur P. en plaidoirie 28 octobre, jamais cité dans la presse du lendemain

Le délibéré du 5 janvier 2026 · les peines

Soixante dix jours d'attente entre l'audience et le verdict. Délibéré rendu lundi 5 janvier 2026 au matin. La presse mainstream couvre largement : franceinfo, France Bleu, Radio Canada, RTBF, RTS, Euronews, Le Temps, Lexbase, Club des Juristes. Les réquisitions du parquet : 6 à 12 mois sursis pour les trois « instigateurs » de l'infox transgenre. Ce que rend la cour :

ProfilPeineSpécificité
Monsieur Jean Christophe P. · 66 ans · immobilier6 mois fermeSEUL DERRIÈRE LES BARREAUX. Casier vierge. Absent à l'audience selon la cour. Pas d'aménagement.
L'écrivain · pseudonyme Zoé Sagan8 mois sursisPeine sursitaire la plus lourde. Refus de retirer les tweets. Recours CEDH annoncé.
Bertrand Scholler · galeriste rive droite6 mois sursisCasier vierge. Réputation professionnelle compromise.
Amandine Roy · médium6 mois sursisAvocat de la défense moqué pour son poids depuis le banc presse durant les audiences.
Le prof d'EPS · collège ZEP5 mois sursisSuspension administrative en cours.
L'éducatrice handicap · 1042 euros mois4 mois sursisAbsente à l'audience (ne pouvait pas perdre ses heures).
Quatre autres prévenus · enseignants et citoyens ordinaires4 à 7 mois sursisProcédure disciplinaire engagée pour ceux relevant de la fonction publique.
Sanctions financières communes aux 10 : 10 000 euros à ██████████ ████████ · remboursement des frais d'avocats Macron · stage de rééducation littéraire et philosophique sur « comment écrire et s'adresser aux hommes et femmes politiques au 21e siècle » à leurs frais. Date du stage : non communiquée à ce jour. Contenu du stage : non communiqué à ce jour. Formateurs : non communiqués à ce jour.

Le stage de rééducation

C'est l'élément le plus inattendu du dispositif janvier 2026. Les dix condamnés doivent suivre, à leurs frais, un stage de plusieurs semaines pour apprendre à écrire et à s'adresser aux hommes et femmes politiques au 21e siècle. Ça s'apparente à de la rééducation. Heureusement qu'elle n'est que littéraire et philosophique. Pas physique. On espère. Personne ne sait exactement en quoi consistent ces stages. Personne ne connaît ni les dates ni le programme ni les formateurs. Personne ne pose la question. Le silence sur le contenu pédagogique de cette mesure est, en soi, un fait politique majeur.

La presse, dès le 6 janvier 2026, est passée à autre chose. Le sujet est mort en France. Tout le monde fait semblant que ça n'existe plus. Une dizaine de Français qui n'avaient rien fait, explosés en exemple. Esclaves modernes. Profs. Gens des handicapés. Traités comme un esclave dans un champ de coton qui aurait volé un morceau de coton.

Quatre mois plus tard, en mai 2026, un seul d'entre eux est en prison. Et personne n'en parle.

ÉDITO PERSONNEL · ZOÉ SAGAN

Le Prisonnier.

On m'a raconté l'histoire de Monsieur Jean Christophe P., 66 ans, cet homme de l'immobilier qui purge aujourd'hui six mois de prison ferme, le seul des dix condamnés dans l'affaire de cyberharcèlement contre ██████████ ████████ à être derrière les barreaux. Tout ça pour quelques mots, un tweet vu huit fois, dans une affaire qui a fini par prendre une ampleur mondiale.

Personne ou presque chez les journalistes ne fait de papier sur lui. Ils sont comme traumatisés à l'idée d'écrire qu'un homme de 66 ans, sans aucun antécédent, est en prison pour ça. Au début, à la prison, on l'aurait presque pris pour le diable. Puis les codétenus et le personnel ont vite compris que le diable, c'était peut être celui qui l'avait fait enfermer.

Dans sa section, tout le monde rigole : « Il est là pour la b... à ██████████. » Les blagues circulent entre prisonniers et matons. Pareil dans les commissariats et hôtels de police, du plus haut grade au plus petit : tout le monde en parle, tout le monde en rigole, et beaucoup se demandent si ça méritait vraiment la prison, surtout si une part de vérité existait. Ça crée un débat souterrain.

Ce qui frappe, c'est la différence de traitement. L'Élysée aurait supervisé les arrestations de ces « professeurs », ces gens qui aident les handicapés, ces profs de l'Éducation nationale, cet écrivain. Pour certains, on a défoncé les portes. Pour d'autres, c'était à 6h du matin de façon plus courtoise. Opération militarisée, comme pour les plus gros attentats du siècle. Énormément de violence, des gens sans casier, des profs, des personnes ordinaires restées 48h en garde à vue, maltraitées. Au procès, certains étaient dans un sale état, défoncés par la médiatisation. On a vu des enfants des plaignants pleurer.

Dans la salle, c'était exceptionnel : d'un côté les « complotistes », de l'autre les ████████. Les journalistes de Libération, Le Monde et consorts collés du côté des plaignants, chefs de cabinet présents, du monde infiltré.

On pensait qu'avec des casiers vierges, il y aurait aménagement de peine, bracelet électronique, ou au moins indulgence s'il s'excusait auprès de Monsieur et Madame ████████. Rien. Lui, dans sa cellule, dit que sa vie a complètement changé, mais pas forcément en mal. Il louait un petit deux pièces cher, galérait pour les courses et les repas. En prison : repas deux fois par jour, souvent de la viande (bonnes entrecôtes), Canal+, Netflix, Disney, console de jeux, livres et presse à volonté. Il dit qu'il vit mieux, qu'il commence presque à être heureux et qu'il se demande s'il ne va pas faire un deuxième tweet pour prolonger un peu.

C'est assez rare, tout de même, ce premier détenu symbole dans une affaire pareille. Les ████████ auraient un peu honte au fond, ils ont calmé le sujet en France, et tout le monde fait semblant que ça n'existe plus : une dizaine de Français qui n'avaient rien fait, explosés en exemple. Des esclaves modernes . profs, gens des handicapés . traités comme des moins que rien, comme un esclave dans un champ de coton qui aurait volé un morceau de coton.

Zoé Sagan · 4 mai 2026 · Paris · pour Le Prisonnier

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Écrit par

La rédaction
La rédaction
Écriture aiguisée sur l'art, la tech, la culture et les zones grises entre les trois. Ton direct, anti-bullshit assumé. On décrypte ce qui se trame dans les médias, l'IA, le cinéma et la société. Bienvenue dans l'anti-chambre prédictive.
https://zoesagan.com/

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