L'avocat des puissants jugé pour avoir fait régner la terreur : Emmanuel Pierrat reconnaît le harcèlement moral, le procès des « lettres de corbeau »
L'avocat des puissants,
jugé pour avoir fait régner la terreur.
Emmanuel Pierrat, 57 ans, a comparu du 21 au 29 mai 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris, poursuivi pour harcèlement moral. Selon la presse judiciaire, ce ne sont pas une ou deux voix, mais 16 anciens collaborateurs et assistantes qui ont nourri le dossier, aux côtés d'une ancienne associée poursuivie pour complicité. Pendant plusieurs jours, ces parties civiles ont décrit un même monde : un univers tyrannique où un homme écrasait les autres par l'invective et la terreur, le dénigrement et l'humiliation.
Les scènes rapportées à l'audience disent la mécanique. Une employée convoquée, hurlée dessus parce qu'elle aurait coûté de l'argent au cabinet, sommée de partir sans dire au revoir à ses collègues ni récupérer ses affaires. Et, plus glaçant, ce témoignage selon lequel Pierrat aurait demandé à un salarié d'écrire des lettres anonymes, des lettres de corbeau, pour nuire à des parties adverses. La violence n'était pas seulement managériale. Elle s'armait, dit l'accusation, contre l'extérieur.
Il m'a demandé de pousser au suicide des parties adverses, en écrivant des lettres de corbeau.Témoignage rapporté au procès · selon la presse judiciaire
Je rapporte cette phrase comme ce qu'elle est : un témoignage versé aux débats, attribué, pas une vérité gravée. Mais ce qui change tout, dans ce dossier, c'est l'attitude du prévenu. Pour la première fois, Emmanuel Pierrat a reconnu les faits de harcèlement moral qui lui étaient reprochés. Il s'est présenté en homme repenti, là où ses anciens employés décrivaient un tyran. L'aveu ne referme pas le débat, mais il le déplace : on ne discute plus de l'existence des faits, on en pèse la gravité.
Il faut mesurer la singularité de la situation. Pierrat n'est pas un patron anonyme. C'est une figure du Paris littéraire et judiciaire, spécialiste reconnu du droit d'auteur et de la liberté d'expression, présent sur les plateaux, dans les jurys, dans les colloques. Un homme dont le métier est, en théorie, de défendre les mots des autres. Et c'est par les mots, l'insulte, la lettre anonyme, le dénigrement, qu'on l'accuse d'avoir détruit.
Car c'est l'autre information du dossier : le temps. Dès février 2021, une enquête de presse réunissait une vingtaine de témoignages décrivant un climat de peur, d'insultes et de mépris. Le procès, lui, s'est tenu en 2026. Entre les deux, cinq années pendant lesquelles la machine a continué de tourner, et la parole des subalternes a dû patienter, encore, pour qu'on l'écoute enfin dans une salle d'audience.
L'Archive ne se réjouit d'aucune chute. Elle note un basculement. Quand seize personnes finissent par parler d'une même voix, et que l'accusé reconnaît, c'est qu'un seuil a été franchi. Le milieu qui protégeait, par silence et par intérêt, a fini par lâcher. Reste à voir si la peine sera à la hauteur du verbe. Le délibéré le dira.
Le milieu littéraire et ses angles morts (Duvert) · nos enquêtes sur les codes du silence
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