Trois frères Harari au générique, six critiques sur l'affiche, et un homme qui se réveille dans le corps d'une femme
L'Inconnue sort mercredi. Arthur Harari réalise, son frère Lucas signe la bande dessinée d'origine, leur frère Tom tient la caméra. Sur l'affiche, six journaux ont donné six adjectifs et pas une phrase. Le film dure 140 minutes et il était en compétition à Cannes.
Par Nova Sagan
Je lis les fiches techniques comme d'autres lisent les horoscopes. On y trouve toujours ce que la promotion ne dira pas.
Celle de L'Inconnue, sur le site de Pathé Films, tient sur une page. Réalisation : Arthur Harari. Scénario : Arthur Harari, Lucas Harari, Vincent Poymiro. D'après la bande dessinée Le cas David Zimmerman de Lucas Harari. Directeur de la photographie : Tom Harari.
Trois fois le même nom de famille, à trois postes qui décident de tout : ce qu'on raconte, comment on l'écrit, comment on le regarde. Le film sort mercredi 26 août.
Le pitch tient en une phrase et c'est un problème de riche
David Zimmerman a bientôt quarante ans. Il est photographe, mais personne ne le sait. Il ne sort presque jamais de chez lui. Des amis le traînent à une fête. Il repère une femme dans la foule, il ne peut plus la quitter des yeux, il la suit. Quelques heures plus tard, il se réveille dans le corps de l'inconnue.
Voilà. C'est le synopsis officiel, mot pour mot ou presque. Il donne envie et il fait peur en même temps, parce qu'un film qui repose sur un basculement doit tenir 140 minutes après le basculement. C'est la durée annoncée par le distributeur. Interdit aux moins de 12 ans.
Léa Seydoux et Niels Schneider portent le double rôle. Autour d'eux : Valérie Dréville, Shanti Masud, Lilith Grasmug, Victoire Du Bois, Jonathan Turnbull. Et Radu Jude, le cinéaste roumain, devant la caméra cette fois.
La bande annonce
Bande annonce officielle HD, publiée sur la chaîne YouTube de Pathé. Si la vidéo ne s'affiche pas dans votre messagerie, elle est ici : youtube.com/watch?v=tWLwgjuXejM
Ce que l'affiche vend, et ce qu'elle ne vend pas
Regardez l'affiche. Elle est rouge sang, elle superpose deux visages, et en haut, avant tout le reste, elle écrit en capitales : « Par le scénariste oscarisé de Anatomie d'une chute. »
Le distributeur ne vend pas d'abord L'Inconnue. Il vend le crédit d'un autre film. C'est une pratique vieille comme les salles, mais elle est ici presque touchante de franchise : le nom d'Arthur Harari passe après le titre d'un film qu'il n'a pas réalisé.
En dessous, six mots, six journaux, et pas une phrase complète. Envoûtant, dit Télérama. Magnifique, dit Sofilm. Captivant, dit The New Yorker. Époustouflant, dit Le Monde. Fascinant, disent Les Inrocks. Vertigineux, dit L'Humanité.
Six adjectifs. Aucun argument. C'est le nouveau régime de la critique sur affiche : on ne cite plus une idée, on prélève un mot. Le lecteur ne sait pas si le critique a aimé le film ou seulement une scène. Et personne ne le lui dira.
Une Palme, un mercredi d'août
Le film était en compétition officielle à Cannes en 2026. Il sort le 26 août, c'est à dire dans le trou de l'année, cette fenêtre où les distributeurs poussent les films exigeants parce que les blockbusters ont fini de manger les écrans.
C'est exactement ce qui vient d'arriver à la Palme d'or elle même : sortie un mercredi d'août, avec plus de séances que Jason Statham. La stratégie fonctionne quand elle fonctionne. Elle a une condition : que les salles soient pleines.
Elles le sont. Juillet a battu un record de fréquentation avec quinze sorties de moins que l'an passé. Et en haut du box office 2026, 142 610 billets séparent les deux plus gros films de l'année. Le public est là. La question est de savoir combien il en reste pour un film de 140 minutes qui commence par une fête et finit par une identité.
Le nerf de l'affaire
La coproduction dit le reste. bathysphère et To Be Continued produisent, Nicolas Anthomé produit. Autour : Pathé Films, Logical Content Ventures, France 2 Cinéma, et deux maisons italiennes, Ascent Film et Rai Cinema. Avec la participation de Canal+, du CNC, de la région Île de France et de la région des Pays de la Loire.
Autrement dit : deux télévisions, un centre national, deux régions et une chaîne payante pour financer l'histoire d'un homme qui se réveille dans un autre corps. On peut trouver ça absurde. On peut aussi remarquer que c'est à peu près le seul système au monde qui produit encore ce genre d'objet.
Ceux qui ont suivi la liste des absents de Cannes 2026 savent que le festival choisit de moins en moins et de plus en plus fort. Ceux qui ont regardé Venise confier son jury à une femme et sa compétition à dix neuf hommes savent que la sélection reste un exercice de pouvoir avant d'être un exercice de goût. Et Deauville a annoncé onze films et en a présenté treize, ce qui vous donne une idée de la rigueur des communiqués en ce moment.
Mercredi
Un homme se réveille dans un corps qui n'est pas le sien et doit continuer à vivre dedans. C'est le sujet le plus vieux du monde et il n'a jamais servi qu'à une chose : demander à quelqu'un ce qu'il reste de lui quand on lui retire l'enveloppe.
Six journaux ont trouvé un adjectif. Mercredi, on saura s'il y avait une phrase derrière.
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