La carte des jeunes est la carte de l'emploi
Toulouse, Lille, Lyon : les métropoles rajeunissent pendant que le reste du pays vieillit. Derrière la démographie, une seule variable commande, l'emploi. Et une génération quasi absente des lieux où l'on décide.
Regardez une carte de l'âge moyen en France, puis une carte des emplois. Ce sont, à peu de chose près, la même carte. Là où l'on travaille, on est jeune ; là où l'emploi s'est retiré, on vieillit. La démographie n'a rien de mystérieux : elle suit la paie.
Les métropoles rajeunissent, le reste vieillit
Les chiffres de l'Insee et des agences d'urbanisme sont nets. À Toulouse comme à Lille, l'âge moyen tourne autour de 34 ans ; à Bordeaux, 38 ; pour la France entière, 42,5. Dans la métropole lyonnaise, près de 42 % des habitants ont moins de 30 ans, soit sept points de plus que la moyenne nationale. Ce ne sont pas des accidents locaux : c'est une aspiration. Les jeunes vont là où sont les études, puis les postes, et l'Insee confirme que les emplois se concentrent, très progressivement mais sûrement, sur quelques pôles, pendant que les déplacements domicile-travail s'allongent pour ceux qui restent en périphérie.
Le corollaire est brutal pour les territoires qui perdent leurs vingtenaires : moins de jeunes, c'est moins de naissances, moins de commerces, moins de services, et le vieillissement qui s'auto-entretient. On appelle ça la vitalité. Elle se déplace, elle ne se crée pas par décret.
La grande oubliée
Le plus frappant n'est pas la carte, c'est le silence politique qui l'accompagne. La jeunesse est décrite, dans ces mêmes travaux, comme la « grande oubliée des politiques publiques » : la dépense se concentre sur le grand âge, très au-delà de ce qu'on investit dans l'éducation et l'insertion. Et dans les assemblées locales, les moins de 35 ans ne représentent plus que 4,7 % des élus, contre environ 12 % il y a vingt ans. Une génération que l'on somme de faire tourner les métropoles, et que l'on ne voit presque jamais aux tables où l'on décide.
La vraie question n'est donc pas « pourquoi les jeunes partent », mais « pourquoi on a laissé l'emploi se concentrer à ce point ». Tant que la réponse restera la même, la carte des jeunes continuera d'épouser celle des offres d'emploi, et les grandes écoles des métropoles continueront de capter ce que les territoires forment et perdent.
Sources : Millénaire 3 (Grand Lyon) · Insee · AGAM
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