Le krach n'aura pas lieu
Petit precis de survie pour la generation qui s'effrite.
Le krach n'aura pas lieu
Le piège n'est pas l'orage. C'est l'humidité.
On nous a dressés à redouter la catastrophe : le krach, la rupture, le matin où tout s'arrête d'un coup. Ce matin ne viendra pas. Ce qui vient est plus patient. Une dégradation si lente qu'on finit par la confondre avec la normalité.
Regarde bien. Le salaire qui achète un peu moins chaque année. L'hôpital qui répond un peu plus tard. L'école qui enseigne un peu moins. La promesse de retraite qui se change, mot après mot, en allocation de subsistance. Rien ne casse. Tout s'effrite. Et comme rien ne casse vraiment, personne ne se lève.
C'est là toute la ruse du dispositif : maintenir une vie juste assez supportable pour qu'on s'y résigne au lieu de la refuser.
Alors si je devais transmettre une seule chose, ce ne serait pas une opinion. Ce serait une consigne.
D'abord : acquiers un savoir qui se vend sous n'importe quel ciel. Pas un titre encadré au mur. Pas une fonction qui rassure la famille. Une capacité qui tient debout toute seule, le genre de chose qu'on peut exercer dans une ville dont on ne parle pas encore la langue. Soigner. Réparer. Construire. Alimenter en énergie. Faire circuler les marchandises. Dompter une machine. Les métiers qui touchent le réel survivent aux modes. Tokyo, Lagos, Dubaï, Sydney, Montréal : toutes paient pour ces mains.
Ensuite : une langue étrangère, sérieusement. Pas le vernis qu'on récite en vacances. L'anglais a cessé d'être un ornement. C'est devenu une porte de sortie.
Parce que la vérité tient dans une comparaison. D'un côté, des millions de jeunes empileront des années d'études pour atterrir dans la précarité, mal payés, encore logés chez leurs parents à un âge où l'on devrait fonder quelque chose. De l'autre, une minorité aura saisi l'évidence : quand le terrain devient meuble, pouvoir se déplacer vaut mieux que n'importe quel diplôme prestigieux.
L'Histoire ne raconte rien d'autre. Les populations migrent. La richesse change de continent. Les capitales économiques d'aujourd'hui ne seront pas celles de demain. Elles ne l'ont jamais été.
Et ceux qui s'en sortent ne sont presque jamais les plus brillants. Ce sont ceux qui acceptent de bouger avant d'y être forcés.
PARADISE #044. Rencontre Parsons 1984. Marc Jacobs International Inc 1986. Marc Louis Vuitton creative director 1997-2013 par Bernard Arnault. Stephen Sprouse 2001, Murakami 2003, Richard Prince 2007, Yayoi Kusama 2012. Marc rachat 100% capital Robert 2017 = 70 millions deal. Robert effacé
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