L'Odyssée selon Musk : Grok à la rame, Mel Gibson à la barre
Elon Musk promet une Odyssée « historiquement exacte » produite par IA avant la fin de l'année, et cent millions pour une version Mel Gibson. Comment sauver Homère du cinéma en le confiant à une machine qui ne l'a jamais lu.
Il fallait bien que ça arrive. L'homme le plus riche du monde a décidé de corriger Homère. Le 22 juillet, Elon Musk annonce que d'ici la fin de l'année, son générateur d'images Grok Imagine produira un long métrage de l'Odyssée « historiquement exact et fidèle à l'art d'Homère ». Trois mille ans de tradition orale, réglés par un chatbot avant Noël. On a connu des dieux plus modestes.
Dans la foulée, le patron de X se dit « partant » pour financer, à hauteur de cent millions de dollars, une version signée Mel Gibson : navires, armures, armes et casting « historiquement exacts », dialogues tirés directement du poème et joués en grec homérique, selon Forbes. Le tout pour donner une leçon d'authenticité au cinéma. Financée par de la synthèse d'images. On appelle ça, en langage de plateau, une contradiction dans les termes.
La guerre de Troie aura bien lieu (contre Nolan)
Car il y a un ennemi. Depuis des mois, Musk poursuit d'une vendetta le film de Christopher Nolan, sorti cette année et déjà crédité de plus de deux cent quatre-vingts millions de dollars au box-office mondial. Le milliardaire a jugé que le réalisateur avait « perdu son intégrité », puis carrément qu'il avait « profané » le poème. Le procès en authenticité, chez les puissants, finit toujours par ressembler à une prise de contrôle : on ne critique pas une oeuvre, on annonce la sienne.
La séquence est un pur cas d'école. Un homme qui possède la plateforme, l'algorithme, le modèle d'IA et le portefeuille décrète ce qui est fidèle à Homère, puis se propose de le produire lui-même. Le critique, le studio, le distributeur et le mécène ne font plus qu'un seul actionnaire. C'est la version Silicon Valley du roi qui commande sa propre statue et jure ensuite qu'elle lui ressemble.
L'exactitude selon la machine
Regardez le plan qu'il relaie : deux visages lissés, une lumière de crème solaire, une Pénélope sortie d'un moodboard. C'est joli, c'est propre, c'est parfaitement faux. « Historiquement exact » devient le nom de code d'une esthétique sans grain, sans accident, sans main. L'ironie est totale : pour sauver l'art d'Homère du cinéma, on propose de le confier à une machine qui n'a jamais lu Homère, seulement digéré des images d'autres films.
Reste la vraie question, celle que personne, chez les milliardaires qui rachètent le récit, ne pose jamais : qui a demandé ça ? Homère se transmettait de bouche à oreille, gratuitement, depuis l'âge du bronze. Il aura fallu la fin de cet été 2026 pour qu'on nous vende son « authenticité » sous licence, en abonnement, en grec homérique certifié par API. À ce stade, ce n'est plus une adaptation. C'est une production comme une autre : un décor, un budget, et surtout un homme qui se filme en train de tout sauver.
Sources : Forbes · Elon Musk sur X
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