Le scandale, c'est devenu son métier.
Luc Ferry sur LCI : la ministre de l'Écologie visée sur son physique, les camps nazis convoqués en pleine canicule. Sur l'économie médiatique du scandale. Par Zoé Sagan.
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Le scandale, c'est devenu son métier.
En juin 2026, l'ancien ministre Luc Ferry enchaîne les sorties sur LCI : la ministre de l'Écologie visée par une pique sur son physique, les fours des camps nazis convoqués en plein débat sur la canicule. La France se déchire en pro-Luc et anti-Luc. Et c'est très exactement ce qu'on attendait de lui.
Le scandale n'est pas un accident dans sa carrière. C'est le produit. Et la chaîne qui l'invite ne l'ignore pas : elle le commande.
Reprenons les faits, datés, parce que sur ce terrain l'indignation va plus vite que la vérification. En juin 2026, sur LCI, alors que les demandes de démission visent Monique Barbut, la ministre de l'Écologie, Luc Ferry lance qu'elle dirait « des bêtises grosses comme elle ». La pique joue, sciemment, sur le physique d'une femme ministre. Dans la foulée, sur le même plateau et à propos de la canicule, il évoque son père, rescapé à plusieurs reprises des camps nazis, et « le four qu'on lui avait préparé ». Convoquer l'extermination dans un débat sur la chaleur de l'été : la phrase a sidéré jusque dans son propre camp. Des responsables, comme Aurélien Rousseau, ont parlé d'indignité.
Ce n'est pas la première fois, et c'est tout le sujet. L'homme a un long passé de formules calibrées pour faire du bruit, et il faut être précis pour ne pas tomber dans le piège inverse, celui de la légende. En janvier 2019, sur Radio Classique, en pleine crise des gilets jaunes, il avait souhaité que les forces de l'ordre « se servent de leurs armes » contre ceux qui frappent des policiers. Le tollé fut immédiat. Il a ensuite assuré qu'il n'avait jamais appelé à tirer à balles réelles, qu'il parlait d'armes non létales, et qu'il défendait le mouvement. La nuance est réelle, je la rétablis. Mais le mécanisme, lui, est constant : une phrase à la lisière, le scandale, puis la mise au point. Trois temps, à chaque fois.
Florilège, sourcé et daté
On feint l'indignation. Mais l'indignation, c'est exactement ce qu'on est venu chercher.
Alors posons la vraie question, qui n'est pas celle qu'on agite. Personne de sérieux ne demande de bâillonner Luc Ferry : il a le droit de dire des choses outrancières, et nous avons celui de les juger telles. La question n'est pas lui. C'est le dispositif autour de lui. Pourquoi une chaîne d'information continue, qui pourrait inviter une climatologue un jour de canicule, choisit-elle de tendre le micro à un philosophe pour qu'il compare une vague de chaleur à un crématoire ? Parce que la climatologue fait de l'audience tiède, et que l'outrage, lui, fait du clic. Le scandale n'est pas un raté de la grille. C'est sa recette.
Et chacun joue son rôle dans la pièce. Lui provoque, les uns s'indignent, les autres applaudissent au courage du « politiquement incorrect », et le compteur tourne pour tout le monde, sauf pour les cibles. Car il y a des cibles, et elles sont toujours les mêmes : une femme ramenée à son corps, une mémoire de génocide instrumentalisée, un professeur assassiné transformé en argument. Le provocateur encaisse la lumière ; eux encaissent les coups. C'est ça, la véritable obscénité, et elle n'est pas seulement dans la bouche de l'invité. Elle est dans le choix, chaque soir, de qui on installe sur le plateau.
On débat de ce qu'il a dit. On ne débat jamais de pourquoi on l'a, encore une fois, invité à le dire.
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SOURCES
· franceinfo, janvier 2019 : propos de Luc Ferry sur les gilets jaunes et sa mise au point (armes non létales, démenti de l'appel à tirer à balles réelles)
· Reprises presse de la polémique de juin 2026 sur LCI : pique sur le physique de la ministre Monique Barbut, référence aux camps nazis en plein débat canicule ; réactions politiques (Aurélien Rousseau)
· Division médiatique « pro-Luc / anti-Luc », couverture nationale et internationale
· L'affirmation prêtée à Luc Ferry sur Samuel Paty est rapportée dans le sillage de la polémique et présentée ici au conditionnel ; Samuel Paty n'était pas juif
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