Nord-Gironde : dix-neuf hommes mis en examen dans l’affaire des viols « libertins »
Dans le nord de la Gironde, dix-neuf hommes sont mis en examen pour viols en réunion et actes de torture, autour d’un homme et de dizaines de vidéos. Six femmes en sont les victimes. Récit d’une instruction, présomption d’innocence tenue jusqu’au bout.
Il faut poser le cadre avant tout le reste, parce qu’il commande la lecture : ce qui suit relève d’une instruction en cours. Dix-neuf hommes ont été mis en examen. Une mise en examen n’est pas une condamnation, et la présomption d’innocence s’applique à chacun, pleinement, jusqu’au jugement. Ce que l’on peut raconter, ce sont les faits reprochés tels que l’accusation les décrit, et l’ampleur, elle, est difficile à regarder en face.
Le dossier
L’affaire se déroule dans le nord de la Gironde, en particulier à Reignac, autour d’une maison surnommée « L’Eau-Morte », ainsi que dans des clubs libertins de Bordeaux, sur une période qui s’étend, selon l’enquête, de 2011 à 2024. Au centre, un homme, Christophe B., 55 ans, technicien sans antécédents judiciaires. Le parquet décrit une « stratégie d’emprise » : séduction, contrôle progressif, humiliations, recours à l’alcool ou au cannabis. Dans le dossier, il est désigné par un surnom que l’on ne répétera qu’une fois, tant il dit la logique de domination reprochée : « le Dresseur de chiennes ».
Dix-neuf hommes au total sont mis en examen pour viols en réunion et actes de torture ou de barbarie. Des dizaines de vidéos, découvertes au domicile du principal mis en cause, constituent, selon l’accusation, le coeur de la preuve : elles montreraient l’absence de consentement, et l’on y entendrait, écrivent les enquêteurs, des « hurlements de douleur ». Six femmes ont été identifiées comme victimes, âgées de 45 à 67 ans ; cinq se sont constituées partie civile. L’instruction est menée par deux juges à Bordeaux. Aucune date d’audience n’est fixée. Les faits reprochés sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité.
Ce que le dossier oblige à regarder
On a appris, ces dernières années, à reconnaître ce mécanisme : l’emprise, la mise en scène, la caméra qui filme non pour prouver le consentement mais pour le nier, l’entre-soi d’un milieu qui sert de couverture. Ce qui frappe ici, au-delà de l’horreur des faits allégués, c’est le nombre : dix-neuf hommes ordinaires, sans casier, réunis autour d’un seul. La question que pose ce dossier n’est pas seulement celle d’un homme. C’est celle de tous ceux qui, autour, ont regardé, participé, filmé, et jugé cela normal.
Le procès, quand il viendra, dira le droit. Notre rôle, en attendant, est double et il tient en deux exigences simples : ne rien affirmer que l’instruction n’ait établi, et ne jamais quitter des yeux les six femmes autour desquelles tout ceci existe. Elles ne sont pas le décor de l’affaire. Elles en sont le centre.
Sources : Info.fr · France 3 Nouvelle-Aquitaine. Instruction en cours, présomption d’innocence.
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