Sandrine Josso, ses collaborateurs et le silence de l’Assemblée
Héraut médiatique de la cause des victimes dans l’affaire Guerriau, la députée est discrètement mise en cause par un ancien collaborateur devant les prud'hommes. Récit d’un dossier que l’Assemblée regarde de côté.
On connaît Sandrine Josso pour une chose : la députée de Loire-Atlantique qui a accusé l’ancien sénateur Joël Guerriau de l’avoir droguée à son insu, devenue en deux ans un visage de la lutte contre la soumission chimique. C’est un combat juste, et elle le porte avec courage. Mais une autre histoire, beaucoup plus discrète, s’écrit en parallèle. Celle-là, l’Assemblée préfère ne pas la regarder.
Un chauffeur, une nounou, des prud’hommes
Dominique Maisonneuve, 74 ans, ancien collaborateur embauché en août 2024, a saisi le conseil de prud’hommes de Saint-Nazaire ainsi que le déontologue de l’Assemblée nationale. Il réclame plus de huit mille euros de frais kilométriques jamais remboursés, pour près de treize mille kilomètres parcourus avec son véhicule personnel, plus environ mille cinq cents euros pour des trajets assurés après la fin de son contrat, en décembre 2025. Selon lui, ses missions débordaient très largement le cadre parlementaire : courses personnelles, rendez-vous médicaux, activités sportives, logistique du domicile. « Je faisais tout pour elle, chauffeur et nounou », résume-t-il auprès d’ICI.
Plusieurs anciens collaborateurs, cités par la presse locale, estiment eux aussi qu’il a travaillé bien au-delà de ses fonctions. Rien, à ce stade, n’a été jugé : ce sont des accusations, portées devant les juridictions compétentes, et la présomption d’innocence s’applique pleinement. Mais le dossier existe, chiffré, documenté, et il a un plaignant qui a un nom.
« Je faisais tout pour elle, chauffeur et nounou. »
Dominique Maisonneuve, ancien collaborateur de Sandrine Josso, à ICI
La médiation et le silence
Interrogée, la députée n’a pas contesté la proximité : elle décrit Dominique Maisonneuve comme « quelqu’un d’adorable », confirme qu’il séjournait régulièrement chez elle, et a demandé une médiation. Reste la question du droit du travail, qui ne se règle pas d’un sourire quand un contrat, des heures et des frais sont en jeu.
Et l’institution ? Silence. Aucune parole publique de la présidence de l’Assemblée, aucune saisine annoncée, rien. Le même hémicycle qui sait produire un communiqué sur tout laisse ce dossier à la porte, exactement comme on teste les seconds et protège les premiers. On défend la cause des victimes au micro, on gère ses propres collaborateurs à l’abri des regards.
Deux poids
Il n’y a aucune contradiction morale à être, dans une affaire, une victime, et à être, dans une autre, mise en cause comme employeuse. Les deux peuvent coexister, et ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’asymétrie : quand c’est elle qui accuse, tout Paris écoute ; quand c’est elle qu’on met en cause, l’Assemblée regarde ses chaussures. La justice tranchera le fond. Nous, on note surtout ce que l’institution choisit de taire, elle qui réclame pourtant des comptes aux autres sur l’argent public.
Sources : France 3 Pays de la Loire · ICI · Côte d’Amour Infos
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