Sonita Muluh : la fédération n’a rien vérifié, et personne ne l’a appelée
Le rôle s’appelle assistant de sécurité. Sa fonction entière, sa seule raison d’exister, c’est d’empêcher l’athlète de se blesser. Juin 2026, championnats du monde, Lituanie.
Desk sport · Powerlifting · 5 août 2026
Sonita Muluh : la fédération n’a rien vérifié, et personne ne l’a appelée
Le rôle s’appelle assistant de sécurité. Sa fonction entière, sa seule raison d’exister, c’est d’empêcher l’athlète de se blesser.
Juin 2026, championnats du monde, Lituanie. Sonita Muluh, née à Anvers, multiple championne d’Europe, championne du monde 2024, médaillée d’argent aux World Games, engage son dernier essai. 334 kilogrammes. Un record en jeu.
L’un des assistants qui l’entourent place son genou sous la barre. Le mouvement ne peut pas être mené jusqu’au bout. Essai déclaré nul. Son entraîneur demande au jury une nouvelle tentative. Refus.
Le règlement du powerlifting est pourtant explicite, et il faut le lire en entier :
Si un athlète est privé d’une tentative qui aurait autrement été réussie en raison d’une erreur d’un spotter ou loader, d’un mauvais chargement de la barre ou de toute autre faute indépendante de sa volonté, une nouvelle tentative doit lui être accordée, à la discrétion des arbitres et du jury, à la fin du tour.Règlement du powerlifting, cité par la RTBF
La règle existait. Le jury ne l’a pas appliquée. Premier trou.
Elle a d’abord défendu l’homme qui la sabotait
Ce détail est le cœur de l’affaire, et il devrait faire honte à tout le monde.
Je pensais que c’était une erreur humaine, je ne voulais pas qu’il subisse d’attaques sur les réseaux sociaux.Sonita Muluh, à la RTBF
Elle a encaissé. Elle est retournée s’entraîner. Puis la vidéo a circulé, des spécialistes ont analysé le geste, et l’assistant a répondu lui même en commentaire, publiquement, par écrit : il se déclare raciste, dit avoir agi exprès, et insulte.
Nous ne reproduisons pas son nom : aucune de nos sources ne le publie. Nous reproduisons le fait : il a signé son geste. La fédération lituanienne l’a suspendu à vie.
Le vrai scandale n’est pas l’homme
Le vrai scandale, c’est ce qu’il a fallu pour que quelque chose bouge. Il a fallu que l’homme avoue. En ligne. Sous une vidéo virale. Sinon, rien.
Et pendant ce temps :
Personne ne m’a appelée. Personne de la fédération belge ne m’a contactée pour simplement me demander comment j’allais.Sonita Muluh, à la RTBF
Contactée, la fédération belge dit apporter tout son soutien à l’athlète, se déclare sous le choc, condamne fermement, et indique avoir saisi la fédération internationale et son homologue lituanienne. Elle ajoute une phrase qui devrait devenir le titre de toute cette affaire : elle a demandé une analyse approfondie parce qu’il n’est pas impossible que d’autres athlètes racisés aient été visés par les mêmes actes.
Autrement dit : nous ne savons pas. Personne n’a jamais compté.
Le trou dans la procédure
L’IPF, la principale fédération internationale de powerlifting, a condamné sans équivoque et annoncé qu’elle renforcerait le recrutement, la sélection, l’accréditation et le suivi des bénévoles engagés sur ses compétitions. Cet engagement est l’aveu le plus net du dossier : ce contrôle n’existait pas.
Ils ne vérifient pas leur passé. Cet homme affichait pourtant ouvertement sur les réseaux sociaux qu’il était néonazi.Sonita Muluh, à la RTBF
Voilà l’angle mort. Dans le football, il existe des protocoles antiracisme codifiés, des procédures d’interruption de match, des sanctions barémées. Dans une discipline de force, où une femme porte 334 kilos et où un bénévole non vérifié se tient à trente centimètres de sa colonne vertébrale, il n’y avait aucun filtre.
Elle a perdu des soutiens financiers parce qu’elle n’a pas pu performer. Elle a perdu un record. Elle a perdu un titre. Les mesures arrivent après.
Rien ne me rendra ce que j’ai perdu.Sonita Muluh, à la RTBF
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