Vérification d’âge : comment on éteint l’anonymat avant 2027
La France vient d’interdire les réseaux sociaux aux moins de quinze ans, sans opposition. Sous couvert de protéger les enfants, c’est un contrôle d’identité généralisé qui s’installe, juste à temps pour la présidentielle.
Le 23 juillet 2026, le Parlement français a interdit les réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Une première en Europe, votée, dit-on, « sans opposition ». Personne, en apparence, ne peut être contre la protection des enfants. C’est justement là que le tour de passe-passe opère : sous un objectif que nul n’ose contester, on installe autre chose, de beaucoup plus vaste, et de beaucoup plus durable qu’une classe d’âge.

De l’âge à l’identité
Vérifier un âge en ligne suppose, techniquement, de prouver une identité. Les deux seules voies sont la pièce d’identité ou l’identité numérique d’État. Les autorités, de Jean-Noël Barrot à la CNIL et l’Arcom, promettent un « double anonymat » grâce aux preuves à divulgation nulle de connaissance. Sauf que, comme le rappelle La Quadrature du Net, ce système « repose, par essence, sur un contrôle d’identité ». Et la promesse de cloisonnement a déjà été démentie : en 2025, une enquête d’AI Forensics a montré que le prestataire AgeGo collectait l’URL complète des vidéos consultées. Le cloison était une porte.
La suite, on la connaît par l’expérience. Soixante-dix mille utilisateurs de Discord ont vu leurs données de vérification fuiter. Trois cent soixante et onze scientifiques, à travers le monde, ont signé une alerte contre ces dispositifs. La Cour de justice de l’Union européenne rappelle, elle, que le principe fondateur du réseau reste « l’utilisation anonyme ». On demande l’âge ; il faut donner l’identité ; il reste l’historique.
Qui l’on exclut, ce qu’on vise
Un tel filtre ne protège pas tout le monde de la même façon : il exclut d’abord ceux qui n’ont pas de carte, les migrants, les moins à l’aise avec la technologie, et reproduit, selon les alertes, des biais qui frappent davantage les personnes non blanches. Le règlement européen sur les services numériques, dans son article 28, demandait pourtant de protéger les mineurs en ligne, pas de les exclure, et précise qu’il n’oblige pas à collecter des données personnelles supplémentaires. La loi française SREN est d’ailleurs attaquée devant la CJUE, où l’avocat général doute de sa conformité.
Et la vraie cible n’est pas celle qu’on croit. Ce dispositif menace surtout l’internet artisanal et décentralisé, Mastodon, PeerTube, ceux qui n’ont ni service juridique ni identité numérique clés en main, bien plus que les géants dont le modèle repose sur l’addiction et la surveillance. Le tout, mine de rien, sera en place avant la présidentielle de 2027. Un pays qui apprend à demander ses papiers pour parler ressemble vite à un État qui exige la transparence des autres et garde pour lui le périmètre. Protéger les enfants est un devoir. En faire le cheval de Troie du contrôle d’identité généralisé en est un autre.
Sources : La Quadrature du Net · CNIL · Siècle Digital
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