Avignon, le off qui prie pour survivre
Avignon · Festival off
Scènes · Économie de la culture
Avignon, le off qui prie pour survivre
Chaque été, la ville se couvre d'affiches. Cette année, le fonds qui paie les artistes se réduit. Derrière la fête, une comptabilité décide qui monte sur scène.
« On allume des cierges. » La phrase n'est pas de moi. Elle est dans Libération, ce 23 juin, dans la bouche d'une compagnie qui prépare le Festival off d'Avignon. Une compagnie qui fait du théâtre, donc, et qui en est réduite à compter sur les saints. Tu connais la chanson : quand on en arrive à la métaphore religieuse, c'est que la comptabilité, elle, a déjà répondu.
Voilà le décor. Chaque été, Avignon se couvre d'affiches. Des milliers de spectacles, des troupes qui dorment à six dans un studio, des comédiens qui tractent sous quarante degrés. C'est la plus grande librairie de spectacle vivant d'Europe. C'est aussi le plus grand pari économique que des artistes prennent sur eux mêmes. Le « in » a ses institutions. Le off, lui, vit sur ses nerfs et sur un mot : l'emploi.
Cette année, Libération rapporte une baisse du fonds de soutien à l'emploi. C'est ça, l'information. Pas une polémique de festivaliers, pas une querelle d'ego. Une ligne budgétaire qui rétrécit, et derrière elle, des contrats d'intermittents qui ne se signeront pas.
Le mécanisme, lui, est public. Le fonds est porté par Avignon Festival et Compagnies, l'association du off. Il vit de la vente des cartes d'accréditation aux professionnels, d'une part des frais de billetterie sur la plateforme du festival, et de partenaires engagés pour la professionnalisation des artistes. L'aide se compte par jour et par artiste au plateau. Autrement dit : un filet, fin, tendu à la main, entre la troupe et le vide.
Le festival est une vitrine qu'on paie pour exposer. Quand le filet se déchire, on rentre avec des dettes au lieu d'une tournée.
Il faut comprendre l'économie réelle. Une compagnie du off ne gagne pas d'argent en jouant à Avignon. Au mieux, elle rentre dans ses frais. Le vrai enjeu, c'est l'après : être vue par un programmateur, décrocher des dates pour la saison, faire tourner le spectacle. Si le soutien à l'emploi se réduit au moment où la troupe avance l'argent, ce n'est pas un inconfort. C'est la bascule.
Alors posons la question simplement. Qui décide, en amont, des spectacles que le public croit découvrir librement en juillet ? Pas seulement les artistes. Les lignes budgétaires. Celui qui tient le fonds tient, indirectement, l'affiche.
C'est là que l'histoire dépasse Avignon. Partout, la culture vivante encaisse les coupes pendant que les grands événements gardent leurs partenaires et leur faste. On sanctuarise le décor, on rabote ceux qui montent sur scène. Le off n'est pas un cas particulier. C'est un symptôme, lisible cet été en grand format, collé sur tous les murs de la ville.
▸ À voir · la chaîne officielle du Festival off Avignon, captations et présentations des compagnies : youtube.com/festivaloffavignon
Reste les cierges. Il y a quelque chose de juste, et de cruel, dans cette image. Des gens dont le métier est de fabriquer de la lumière, et qui en sont à en allumer une petite, à la main, en espérant que ça suffise.
Ça ne suffira pas. Mais ils joueront quand même. Ils jouent toujours.
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