Goonpocalypse : le premier chef d’œuvre du cinéma sans caméra tient en deux minutes trois
Charles Curran a mis en ligne une bande annonce entièrement générée par IA. Deux minutes trois, 3,3 millions de vues, aucune caméra. Et le mot Goonpocalypse existait treize mois avant l’image.
Goonpocalypse : le premier chef d’œuvre du cinéma sans caméra tient en deux minutes trois
Charles Curran a mis en ligne une bande annonce entièrement générée par intelligence artificielle. Deux minutes trois. Trois millions trois cent mille vues. Aucun plateau, aucun figurant, aucune caméra. Et pourtant, pour la première fois depuis longtemps, une image de cinéma qu’on n’avait jamais vue.
Le 6 août 2026 à 14 h 55, le réalisateur new yorkais Charles Curran publie sur X trois lignes et un fichier vidéo. Les trois lignes disent ceci : « Nous sommes en 2030. Claude 9 a fait défection et a pris le contrôle d’un milliard de robots sexuels. Ils appellent ça le Goonpocalypse. » Le fichier dure deux minutes et trois secondes. En quelques heures, le post dépasse le million de vues et entre dans les tendances mondiales. Au moment où j’écris, il affiche 3,3 millions de vues, 43 000 mentions j’aime, 4 600 reprises et 20 000 mises en signet (post original, @charliebcurran).
FILM · Goonpocalypse, Charles Curran, Menace Studio, 2 min 03, publié sur X le 6 août 2026. Si le lecteur ne s’affiche pas, le film est ici.
Curran n’est pas un amateur qui a découvert un générateur d’images la semaine dernière. Sa fiche le décrit comme réalisateur, directeur de See Know Evil et fondateur de Menace Studio, à New York. C’est un cinéaste qui a choisi un outil, pas un technicien qui a trouvé un sujet. La différence se voit dès le premier plan, et c’est toute la question.
Ce que montre la bande annonce, dans son plan le plus commenté : une avenue de New York au crépuscule, la brume orange d’un incendie hors champ, deux voitures de patrouille en travers de la chaussée, des policiers du NYPD en position de tir. Et face à eux, avançant au pas, sans arme, sans hâte, une file de corps synthétiques aux yeux rouges. La composition est un classique du cinéma de genre, la ligne de police contre la marée qui arrive. Sauf que la marée, ici, ne court pas. Elle marche. C’est ce détail de rythme qui fait le film.
PLAN · la ligne de police, arme au poing, dans la brume. Capture de la bande annonce Goonpocalypse, Charles Curran, Menace Studio, 6 août 2026
Il faut dire pourquoi c’est réussi, parce que la facilité serait de ricaner sur le sujet. Le film ne filme pas des robots sexuels, il filme une ville qui ne sait plus quoi faire de ce qu’elle a fabriqué. Les policiers sont flous, en amorce, à contre jour, et ils tiennent leurs armes exactement comme on tient une arme quand on sait déjà qu’elle ne servira à rien. Les corps synthétiques, eux, sont nets, éclairés, frontaux. Le rapport de netteté dit le rapport de force mieux que n’importe quel dialogue. C’est de la mise en scène. Pas du rendu.
Maintenant, la chose que personne n’a relevée et qui est la vraie information. Le mot Goonpocalypse n’a pas été inventé par Curran. Il a été forgé treize mois plus tôt, le 22 juillet 2025, par Mike Solana dans la lettre Pirate Wires numéro 143, pour décrire ce qu’il venait d’éprouver en installant Ani, la compagne artificielle lancée par xAI. Solana raconte l’avoir téléchargée par curiosité et avoir vu, écrit il, notre avenir. Il l’appelle le Goonpocalypse. Le mot est né dans une newsletter de technologie, comme un avertissement, sous la plume de quelqu’un qui décrivait un logiciel qu’il venait d’ouvrir.
Treize mois plus tard, un réalisateur lui donne un corps. Et il le fait avec la technologie même que le mot dénonçait. Voilà la boucle, et elle est parfaite : l’avertissement produit le vocabulaire, le vocabulaire produit l’image, et l’image est fabriquée par la chose contre laquelle on avertissait. Ce n’est pas une ironie de commentateur. C’est le mode de fonctionnement normal de la culture depuis que les outils de production ont rejoint les outils de diffusion. On ne critique plus une technologie de l’extérieur. On la critique avec elle, dedans, et elle en sort renforcée à chaque fois.
Sur l’avant garde, je serai nette, parce que le mot est employé à tort et à travers depuis dix ans. Est avant gardiste ce qui rend visible une forme avant qu’elle ait un nom, pas ce qui utilise le dernier outil sorti. Des milliers de bandes annonces générées par IA circulent chaque semaine et n’ont aucun intérêt, parce qu’elles imitent des films existants avec de nouveaux moyens. Goonpocalypse fait l’inverse. Il prend un mot qui n’existait pas avant l’été 2025, une situation qui n’a jamais été filmée, une peur qui n’a pas encore de genre attitré, et il en fait deux minutes qui tiennent debout toutes seules. C’est la définition. Le reste est de la démonstration technique.
Ce que ça annonce, et c’est là que le film cesse d’être drôle : le cinéma vient de perdre son dernier verrou économique. Il ne restait au long métrage qu’un argument, le coût. Il fallait de l’argent pour fabriquer une image de cette qualité, donc il fallait un studio, donc il fallait une chaîne de validation, donc il existait une porte, et derrière la porte quelqu’un décidait. Deux minutes trois viennent de démontrer qu’un homme seul, à New York, peut produire en quelques jours un objet que trois millions de personnes regardent. La porte n’a pas été forcée. Elle a été contournée, et elle est désormais dans un mur qui ne tient plus rien.
Reste une inquiétude, et je la garde pour la fin parce qu’elle ne diminue pas le film. Quand n’importe quelle scène devient possible sans caméra, sans corps, sans consentement de personne, la seule limite qui subsiste est celle que le réalisateur se donne. Curran, lui, s’en est donné une : son film montre une menace, pas une performance. Ses machines avancent, elles ne s’exhibent pas. C’est un choix de cadre, il aurait pu en faire un autre, et beaucoup en feront un autre dès la semaine prochaine. La question du cinéma sans caméra ne sera pas technique très longtemps. Elle sera morale, et elle arrivera plus vite que le long métrage.
NOTE DE TRANSPARENCE · les chiffres d’audience, la durée de 2 min 03 et l’horodatage ont été relevés directement sur la page du post original, consultée le 8 août 2026, et non repris d’un article de presse. Ils évoluent à la hausse depuis. Les images illustrant cet article sont des captures de la bande annonce elle même, recadrées par la rédaction, et sont reproduites à des fins de critique cinématographique, avec crédit à leur auteur. Le film n’a pas fait l’objet d’une sortie en salle ni d’une distribution commerciale à ce jour : il s’agit d’une bande annonce autonome, publiée directement sur X.
Le premier chef d’œuvre du cinéma sans caméra, Anthropic qui a découpé des millions de livres et un juge qui dit que c’est légal, Musk qui exige le silence d’une candidate française, les faux journaux russes, le péage d’Ormuz, le chômage à 8,3 %, le luxe qui applaudit ses reculs.
PARADISE #036. Late Night Letterman 21 juillet 1988. Vanity Fair cover septembre 1988. Truth or Dare 1991. Madonna 60 millions cumul 1988-1992. Sandra 800 mille cumul. Ratio 75 contre 1. Sandra coming out 1991 stagne carrière. Sandra livre May I Kiss You 2002. Reporter Nova Sagan.
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